Des lettres que le prévost des marchans envoia aux bonnes villes pour
les faire alier et prendre chapperons partis de meisme ceux de Paris.
En ce temps furent faites ordenances sur tous officiers. Et l'évesque de
Therouenne, lors chancellier de France, qui nouvellement estoit venu
d'Angleterre, n'avoit point apporté les seaux du roy, mais les avoit
laissiés en Angleterre par l'ordenance du roy et de son conseil. Lequel
chancelier bien apperceut que l'en vouloit user d'autres seaux que de
celuy de Chastellet duquel l'en usoit en l'absence du grant. Et aussi
pour pluseurs autres causes se parti de Paris, et s'en ala en son pays
d'Alvergne[93].
[93] _D'Alvergne_. Ce prélat recommandable étoit en effet de la maison
de Montaigu en Auvergne, et se nommoit Gilles Aycelin.
En ce temps, assez tost après l'occision des trois dessus nommés, le
prévost des marchans et les eschevins envoièrent lettres closes par les
bonnes villes du royaume, par lesquelles il leur faisoient savoir le
fait qu'il avoient fait, et leur requéroient que il se voulsissent tenir
en vraie union avec eux et que il voulsissent prendre de leur chapperons
partis de pers et de rouge, si comme avoient fait le duc de Normendie et
pluseurs autres du sanc de France, si comme ès dites lettres estoit
contenu. Et, en vérité, ledit monseigneur le duc, le roy de Navarre, le
duc d'Orléans frère dudit roy de France, et le conte d'Estampes, qui
tous estoient des fleurs de lis[94], portoient lesdis chapperons. Dont
pluseurs ne renvoièrent oncques responses desdites lettres, et autres
rescriprent sans autre aliance faire et sans prendre desdis chapperons;
et autres prisrent desdis chapperons.
[94] _Des fleurs de lys_. Belle et ancienne manière de désigner les
parens du roi, les princes du sang.