LXII.

Des lettres que le prévost des marchans envoia aux bonnes villes pour

les faire alier et prendre chapperons partis de meisme ceux de Paris.

En ce temps furent faites ordenances sur tous officiers. Et l'évesque de

Therouenne, lors chancellier de France, qui nouvellement estoit venu

d'Angleterre, n'avoit point apporté les seaux du roy, mais les avoit

laissiés en Angleterre par l'ordenance du roy et de son conseil. Lequel

chancelier bien apperceut que l'en vouloit user d'autres seaux que de

celuy de Chastellet duquel l'en usoit en l'absence du grant. Et aussi

pour pluseurs autres causes se parti de Paris, et s'en ala en son pays

d'Alvergne[93].

[93] _D'Alvergne_. Ce prélat recommandable étoit en effet de la maison

de Montaigu en Auvergne, et se nommoit Gilles Aycelin.

En ce temps, assez tost après l'occision des trois dessus nommés, le

prévost des marchans et les eschevins envoièrent lettres closes par les

bonnes villes du royaume, par lesquelles il leur faisoient savoir le

fait qu'il avoient fait, et leur requéroient que il se voulsissent tenir

en vraie union avec eux et que il voulsissent prendre de leur chapperons

partis de pers et de rouge, si comme avoient fait le duc de Normendie et

pluseurs autres du sanc de France, si comme ès dites lettres estoit

contenu. Et, en vérité, ledit monseigneur le duc, le roy de Navarre, le

duc d'Orléans frère dudit roy de France, et le conte d'Estampes, qui

tous estoient des fleurs de lis[94], portoient lesdis chapperons. Dont

pluseurs ne renvoièrent oncques responses desdites lettres, et autres

rescriprent sans autre aliance faire et sans prendre desdis chapperons;

et autres prisrent desdis chapperons.

[94] _Des fleurs de lys_. Belle et ancienne manière de désigner les

parens du roi, les princes du sang.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 74 / 339 题