XXVIII.

Coment monseigneur le duc de Normendie, par droit ennuy[57] et pour paix

avoir, acorda au prévost des marchans et ses aliés pluseurs requestes

que il luy firent sans raison injustement.

[57] _Ennuy_. Quelques manuscrits portent _enuy_ qu'on pourroit aussi

bien lire _envy_ et interpréter: «Malgré le droit.»

Le juesdi ensuivant, dix-neuviesme jour du moys de janvier, ledit

monseigneur le duc de Normendie envoia par devers ledit prévost des

marchans aucuns de ses conseilliers, c'est assavoir: monseigneur

Guillaume de Meleun, arcevesque de Sens, le conte de Roussi, le seigneur

de Revel, monseigneur Robert de Lorris et autres, lesquels distrent

audit prévost des marchans que il se voulsist traire à Saint-Germain

l'Aucerrois; car il luy avoient à dire aucunes choses de par monseigneur

le duc de Normendie. Lequel prévost y ala, environ heure de disner, à

compaignie de grant foison de gens de ladite ville de Paris armés à

descouvert. Et là, les conseilliers de monseigneur le duc requistrent

audit prévost des marchans que il voulsist cesser et faire cesser les

gens de ladite ville de l'empeschement que il avoient fait et mis au

cours de la nouvelle monnoie devant dite; lesquels prévost et autres

gens respondirent que riens n'en feroient, et qu'il ne souffriroient

point que ladite monnoie courust. Et outre, furent si esmeus par toute

ladite ville que il fisrent cesser tous menestereux[58] d'ouvrer: et

fist commander ledit prévost par toute la ville que chascun s'armast; et

ot-on grant doubte que aucune chose ne fust faite contre les officiers

du roy ou aucuns d'iceux; et pour celle cause ledit duc ot délibéracion

avec aucuns de son conseil; et l'endemain, jour de vendredi vintiesme

jour dudit moys de janvier, ala monseigneur le duc du Louvre au palais,

bien matin, et aussi y alèrent le prévost des marchans et pluseurs

d'iceulx de ladite ville de Paris.

[58] _D'ouvrer_. De chanter ou jouer des instrumens.

Et en la chambre de parlement parla ledit monseigneur le duc de sa

bouche à eux, et leur dist que il ne se tenoit pas mal content de eux,

et leur pardonnoit tout ce qui avoit esté fait par eux: et oultre leur

accordoit que les gens des trois estas s'assemblassent quant il

vouldroient. Et aussi leur dist que il déboutoit et mettroit hors de son

conseil les officiers du roy que les gens des trois estas luy avoient

autrefois nommés; et outre leur dist que il les feroit prendre sé il les

povoit trouver, et s'en tendroit si saisi que, quant le roy seroit

retourné, il en pourroit faire bonne justice.

Et avec ce leur dist que jà soit ce que le droit de faire monnoie et de

la muer appartenoit au roy pour cause de l'héritage de la couronne de

France, toutesvoies vouloit-il, pour cause de leur faire plaisir, que

ladite nouvelle monnoie ne eust point de cours; mais vouloit que quant

les gens des trois estas seroient assemblés il ordonnassent avec aucuns

des gens dudit monseigneur le duc qu'il ordeneroit à ce, certaine

monnoie telle que seroit agréable et prouffitable au peuple. Desquelles

choses ledit prévost des marchans requist lettres. Lesquelles ledit

monseigneur le duc luy ottroia et furent toutes commandées à un notaire.

Et aussi convenoit que ledit monseigneur le duc, pour refraindre la

fureur dudit prévost des marchans et des autres de Paris, le féist et

accordast contre sa voulenté, constraint de grans parolles, luy sachant

que ce estoit contre raison. Mais pour ladite promesse touchant lesdis

officiers, pluseurs d'iceux se absentèrent. Et ledit chancelier qui

avoit esté fait nouvel cardinal, si comme dessus est dit, ne se monstra

plus par Paris. Et jasoit ce que, par l'ordenance du roy, ledit

chancelier et monseigneur Simon de Bucy deussent aler à Bourdeaux pour

les traictiés de paix qui y devoient estre entre les gens desdis roys de

France et d'Angleterre, néantmoins requisrent ledit prévost des marchans

et autres qui le suivoient audit monseigneur le duc que il ne souffrist

pas que ledit chancelier et monseigneur Simon de Bucy alaissent auxdis

traictiés; et pour ce donna ledit monseigneur le duc lettres par

lesquelles il rappelloit la légacion dudit monseigneur Simon mais non

pas du chancelier, pour ce que il convenoit, si comme l'en disoit, que

il allast rendre au roy ses sceaux.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 39 / 339 题