VI.

Coment le roy de France pardonna au roy de Navarre la mort de

monseigneur Charles d'Espaigne, connestable de France.

Le mardi, quatriesme jour du moys de mars audit an mil trois cens

cinquante trois, vint ledit roy de Navarre en parlement à Paris, pour la

mort dudit connestable, si comme dit est, environ heure de prime; et

descendi au palais, et puis vint en la chambre de parlement en laquelle

estoit le roy en siège, et pluseurs de ses pers de France avec les gens

de parlement et pluseurs autres de son conseil; et si y estoit le

cardinal de Bouloigne. Et, en la présence de tous, parla ledit roy de

Navarre au roy que il luy voulsist pardonner le fait dudit connestable,

car il avoit eue bonne cause et juste de avoir fait ce que il avoit

fait, laquelle il estoit prest de dire au roy, lors ou autre fois, si

comme il disoit. Et oultre dit encore et jura qu'il ne l'avoit point

fait en contempt du roy né de son office, et que il ne seroit de rien si

courroucié comme d'estre en l'indignacion du roy. Et ce fait,

monseigneur Jaques de Bourbon, connestable de France, par le

commandement du roy mist la main au[20] roy de Navarre, et puis si le

fist-l'en traire arrière. Et assez tost après, la royne Jehanne, ante,

et la royne Blanche, suer dudit roy de Navarre, laquelle royne Jehanne

avoit esté femme du roy Charles dernièrement trespassé, vindrent en la

présence du roy et luy firent la réverence en eux inclinant devant luy.

Et à donc, monseigneur Regnault de Trie, dit Patroullart, se agenouilla

devant le roy et luy dist teles parolles en substance: «Mon très

redoubté seigneur, véés-ci mesdames la royne Jehanne et la royne Blanche

qui ont entendu que monseigneur de Navarre est en vostre male grace,

dont elles sont fortement courouciées; et pour ce sont venues devers

vous: et vous supplient que vous luy vueillez pardonner vostre mal

talent; et, sé Dieu plaist, il se portera si bien par devers vous que

vous et tout le peuple de France vous en tendrez bien contens.»

[20] _Mist la main au_. Porta la main sur le.

Les dites paroles dites, lesdis connestable et mareschaus alèrent querre

ledit roy de Navarre et le firent venir devant le roy, lequel se mist

entre les deux roynes, et à donc ledit cardinal dit en substance les

paroles qui s'ensuivent:

«Monseigneur de Navarre, nul ne se doit esmerveiller sé monseigneur le

roy s'est tenu à mal content de vous, pour le fait qui est advenu,

lequel il ne convient jà que je die, car vous l'avez par vos lettres si

publié et autrement que chacun le scet. Et vous estes tant tenu à luy

que vous ne le déussiez jamais avoir fait. Vous estes de son sanc, si

prochain comme chascun scet; vous estes son homme et son per, et si avez

espousée madame sa fille, et de tant avez-vous plus mespris. Toutefois

pour l'amour de mesdames les roynes qui cy sont qui moult

affectueusement l'en ont prié, et aussi pour ce que il tient que vous

l'avez fait par petit conseil, il le vous pardonne de bon cuer et bonne

volenté.»

Et lors lesdites roynes et ledit roy de Navarre qui mist le genoul à

terre en mercièrent le roy. Et encore dist le cardinal que aucun du

lignage du roy ne se avanturast d'ores en avant de faire tels fais comme

le roy de Navarre avoit fait: car vraiement sé il advenoit et fust le

fils du roy qui le féist du plus petit officier que il eust, si en

feroit-il justice. Et ce fait et dit, le roy se leva et la court se

départi.

Item, le vendredi devant la my caresme après ensuivant, vint-et-uniesme

jour du moys de mars, un chevalier baneret des Basses-Marches, appellé

monseigneur Regnaut de Pressigny, seigneur de Marant près de la

Rochelle, fu trainé et puis pendu au gibet de Paris, par le jugement de

parlement et de pluseurs du grant conseil du roy.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 13 / 339 题