XII

Le Juif errant marche toujours.

Et depuis ce temps il marche, accompagné du désespoir et du repentir.

C'est la nuit surtout que de grandes et effroyables images se lèvent

devant lui. Dans les plaines désertes des continents inconnus, lorsque

la lune fait glisser sur les nuages les rayons de sa douce lumière,

cette lumière, si douce ici-bas sous les bosquets fleuris de mai dessine

dans l'espace des tableaux pleins de terreur. C'est le Christ traînant

sa croix et suivi de ses bourreaux qui maudit Laquedem; c'est l'enfer et

ses flammes au milieu desquelles sont englouties les générations des

pécheurs; enfin, c'est la scène du dernier jugement, resplendissant de

nuage en nuage; et au-dessus de ces peintures miraculeuses plane la

croix éclatante.

D'autres fois le vent mugit, les forêts se courbent. Laquedem traverse

alors les végétations épaisses de l'Inde et de l'Amérique. Il voit, dans

ces nuits obscures, les arbres se diviser, s'animer, se grouper; c'est

encore la même scène, le Christ qui plie sous la croix et veut se

reposer. Les sapins du Nord se tordent et prennent des figures de

damnés; les lianes du Brésil, les feuillages gigantesques des îles

Australiennes sont les couleurs qui servent à ces mobiles peintures.

C'est aussi sur les crêtes des montagnes, c'est sur les crêtes des

vagues que les profils terribles de ces drames silencieux se marquent,

s'effacent et reparaissent. Il marche entre ces images, il entend sans

cesse la voix vengeresse; il marche, il marche encore.

Pas de crime plus grand qu'un manque de pitié.

Ne repoussez jamais l'affligé qui vous prie.

La voix de la nature à toute heure vous crie:

«Miséricorde, amour, assistance, amitié!»

Et aussi nous dirons:

Que le Juif errant existe

Ou bien qu'il n'existe pas,

Dans le voyage si triste

Qu'il accomplit ici-bas,

Voyez une austère image

Du sort de l'humanité:

L'homme sans cesse voyage

Du moins bien vers le mieux: voilà la vérité.

[Illustration]

Légendes pour les enfants · 第 154 / 156 题