VII

Le Juif errant est jeté dans un cachot.

Il paraîtra sans doute extraordinaire que le Juif errant ait éprouvé

quelque plaisir, après avoir été fouetté si cruellement, à se voir

conduire en prison «Voyons, se disait-il, si la justice des hommes sera

d'accord avec la justice de Dieu.» Puisque Jésus l'avait condamné à ne

se reposer jamais, il était évident que les murailles du cachot devaient

s'ouvrir devant lui et lui livrer passage dès qu'on aurait fermé sur lui

les portes de fer et barricadé les balustrades à triples verrous. Le

geôlier l'ayant conduit dans une basse-fosse humide, l'y laissa à côté

d'un grabat et d'une pierre sur laquelle étaient un pain et une cruche.

Il attendit avec impatience qu'on l'eût enfermé pour voir s'opérer le

miracle sur lequel il comptait pour frapper les gens de terreur. Aucun

bruit ne se fit entendre; il sonda la muraille; elle était épaisse et

solide. Las de regarder les quatre coins de son cachot, il commençait à

croire que la fin de ses maux était arrivée et que son voyage éternel

était remplacé par la perpétuelle prison, et, à cause de cela, il se

réjouissait comme un enfant. Mais la parole de Jésus devait s'accomplir

tout entière. Dans ce cachot étroit il ne put ni s'asseoir ni se

coucher; il lui fallut marcher, marcher, marcher encore, marcher

toujours. Il n'avait pas encore jusque-là trouvé son châtiment aussi

rude; car, entre ces murailles, il ne pouvait que faire deux ou trois

pas, et cette agitation constante, resserrée dans un espace limité par

des murs, lui fit si vivement bouillir le sang dans les veines, qu'un

nuage obscurcit bientôt sa vue et que, pris d'une folie douloureuse, il

marcha en frémissant, en rugissant, en poussant des cris sauvages,

l'écume sur les lèvres, l'oeil en dehors de l'orbite, les cheveux secs

et droits, enveloppé d'un air brûlant, mordu par mille morts sans cesse

renaissantes, à la fois dévoré et nourri par la fièvre.

J'ignore combien de temps il passa dans le cachot. Probablement qu'on

fut effrayé lorsqu'on le vit dans ces tortures et qu'on le fit sortir

pour le jeter dans les déserts qui longent la mer du côté des Syrtes.

Légendes pour les enfants · 第 150 / 156 题