Le Juif errant commence son voyage.
Ceux qui étaient autour du Christ se mirent à rire aux éclats, et il y
eut un de ses persécuteurs qui vint le tirer par les cheveux pour le
forcer à hâter sa marche; mais Isaac, condamné dès ce moment à son
voyage lamentable, se sentit atteint au coeur par la parole divine et
resta sans voix, épouvanté, plein d'horreur.
Son père et sa mère vivaient encore; mais il ne s'était pas marié
jusqu'alors, et il était seulement sur le point de se donner une épouse,
suivant les préceptes de Jéhovah.
Il se passa un temps pendant lequel il ne vit rien et n'entendit rien.
Lorsqu'il sortit de cet éblouissement et de cette épouvante, sa main
chercha d'elle-même un bâton, ses yeux se portèrent sur la route, et ses
jambes, malgré lui, marchèrent. Il essaya de résister à la force qui
l'entraînait et au moins voulut fermer sa boutique; mais aucun effort de
sa volonté ne put contraindre son corps à lui obéir: il lui fallut
marcher en avant sans se détourner et abandonner le lieu où il avait
vécu, où il avait espéré devenir riche, où il voulait mourir. Au bout de
quelques moments, il rencontra son père et sa mère qui, instruits par la
rumeur publique de l'aventure qui lui était arrivée, accouraient auprès
de lui. Ils le virent l'oeil morne, les cheveux hérissés, le front
couvert de sueur, n'essayant plus de lutter contre la malédiction du
Christ et emporté dans une course qui ne devait plus s'interrompre. Ils
s'approchèrent et l'embrassèrent en pleurant; il ne les a pas revus
depuis.
[Illustration]
Saisis de crainte, ils restèrent quelques jours dans un état voisin de
la mort; l'appareil du supplice de Jésus les convertit à la doctrine
prêchée par le Rédempteur; ils sont morts chrétiens.