Première épreuve de Griselidis

L'enfant fut nourrie au palais par sa mère; mais, dès qu'elle fut

sevrée, Gautier, qui depuis longtemps s'occupait du projet d'éprouver

son épouse, quoique de jour en jour, charmé de ses vertus, il l'aimât

davantage, entra dans sa chambre en affectant l'air d'un homme troublé,

et lui tint ce discours: «Griselidis, tu n'as point oublié sans doute

quelle fut ta première condition avant d'être élevée au rang de mon

épouse. Pour moi, j'en avais presque perdu la mémoire, et ma tendre

amitié dont tu as reçu tant de preuves t'en assurait. Mais depuis

quelque temps mes barons murmurent. Ils se plaignent hautement d'être

destinés à devenir un jour les vassaux de la petite-fille de Janicola;

et moi, dont l'intérêt est de ménager leur amitié, je me vois forcé de

leur faire ce sacrifice douloureux qui coûte tant à mon coeur. Je n'ai

point voulu m'y résoudre cependant sans t'en avoir prévenue, et je viens

demander ton aveu et t'exhorter à cette patience que tu m'as promise

avant d'être mon épouse.

--Cher sire, répondit humblement Griselidis, sans laisser paraître sur

son visage aucun signe de douleur, vous êtes mon seigneur et mon maître;

ma fille et moi nous vous appartenons, et, quelque chose qu'il vous

plaise ordonner de nous, jamais rien ne me fera oublier l'obéissance et

la soumission que je vous ai vouées et que je vous dois.»

Légendes pour les enfants · 第 138 / 156 题