Comment le roi d'Angleterre s'en fut à son logis, et comment Jean de
Paris lui envoya à souper.
Quand Jean de Paris fut entré dans son logis, il fut fort joyeux. Le
souper était prêt, et il y avait quantité de venaison et de volailles de
toutes sortes; car il y avait sur la route des gens qui ne faisaient
autre chose que d'aller par le pays et d'acheter ce qui était
nécessaire. Les gens du roi anglais firent tuer boeufs, moutons et
volailles telles qu'ils les purent trouver.
Quand il fut temps de souper, Jean de Paris fit porter au roi
d'Angleterre, dans des plats d'or et d'argent, des viandes de toutes
sortes et du vin à foison, ce dont le roi et tous ses gens furent fort
ébahis.
Le roi remercia les envoyés et s'assit à la table pour souper tandis que
cette viande était chaude, car son souper n'était pas prêt. On
s'entretint longuement de Jean de Paris, et le roi anglais disait:
«Vraiment, c'est là une chose bien difficile à croire pour qui ne la
verrait; toutefois c'est un beau passe-temps que sa compagnie. Plût à
Dieu qu'il voulût suivre notre chemin!
--Ainsi fait-il jusqu'à Bordeaux,» dit un Anglais.
Le roi reprit: «J'en suis fort joyeux, mais nous ne sommes pas en état
de le récompenser; je veux du moins que vous soyez six pour le remercier
des présents qu'il nous a envoyés, et vous lui demanderez s'il veut
venir coucher en notre logis. Je crois que nous avons le meilleur
quartier.
--Volontiers, répondirent-ils, et nous saurons vous en rapporter des
nouvelles, s'il leur plaît de nous laisser entrer. Nous aurons grand
soin, selon vos ordres, de saluer Jean de votre part.»