XIV

Comment Robert quitta sa mère, qui en eut grande douleur.

Robert monta à cheval et retourna vers ses gens, qu'il avait laissés

dans la forêt, et la duchesse demeura en son hôtel, s'affligeant et se

tourmentant pour l'amour de son fils qui avait pris congé d'elle.

Souvent elle s'écriait à haute voix: «Hélas! que j'ai de douleur! Que

ferai-je? mon fils Robert n'a pas tort s'il n'accuse que moi; car il me

hait; et je me veux du mal, moi qui suis cause de tant de maux qu'il a

faits.»

Tandis que la duchesse se désolait ainsi, le duc arriva, et, quand il

fut auprès d'elle, elle lui répéta tristement ce que Robert avait dit;

le duc lui demanda si son fils se repentait du mal qu'il avait fait. «Ce

que Robert veut entreprendre ne saurait jamais réparer les grands

dommages qu'il a faits par le pays; et toutefois je prie Dieu de le

vouloir conduire de telle façon qu'il arrive à bonne fin: car je ne

crois pas que jamais il puisse revenir, s'il ne se met en chemin pour

aller à Rome, et il mourra si Dieu n'a pitié de lui.»

Lorsque Robert fut parti d'Arques, il chemina si longtemps qu'il arriva

dans le bois où il avait laissé ses compagnons, qui étaient à table et

dînaient. Quand ils virent Robert, ils se levèrent tous pour lui faire

honneur; mais Robert commença à leur remontrer leur vie perverse et

mauvaise, en les voulant corriger, et il leur dit: «Pour l'honneur de

Dieu, compagnons, entendez bien ce que je veux vous dire: vous savez et

connaissez la détestable vie que nous avons menée le temps passé,

très-dangereuse pour nos corps et nos âmes; vous savez combien d'églises

nous avons détruites et ruinées, combien de marchands nous avons volés

et tués. On aurait peine à compter les gens d'Église et les vaillants

hommes qui ont été mis à mort par nous: aussi sommes-nous tous en danger

d'être damnés, si Dieu n'a pitié de nous. Je vous supplie, pour l'amour

de Dieu, de renoncer à cette dangereuse vie, et de faire avec moi

pénitence des péchés que nous avons commis. Quant à moi, je suis décidé

à me rendre à Rome, où présentement est le pape avec l'empereur, pour

confesser mes péchés, espérant obtenir mon pardon; et je ferai pénitence

de tous les crimes que j'ai commis.»

Alors un des larrons se leva comme un fou et dit à ses compagnons:

«Avisez le renard; il deviendra ermite. Robert se moque bien de nous; il

est notre capitaine et notre maître; c'est lui qui fait la pire besogne

de nous tous et qui nous montre le chemin. Que vous semble de ceci?

durera-t-il en cette résolution?

--Seigneurs, dit Robert, je vous supplie de bon coeur, ne dites pas ces

choses; mais pensez au salut de vos âmes et de vos corps; demandez

pardon à Dieu tout-puissant; il aura pitié de vous. Ce serait une grande

erreur que de demeurer en cet état. Employez vos oeuvres à honorer et à

servir Dieu.»

Quand Robert eut dit cela, un des larrons lui dit: «Notre maître,

laissez ces choses, car vous parlez pour rien: quoi que vous puissiez

dire ou faire, nous ne vivrons jamais autrement, et soyez assuré que

telle est notre intention. A cela nous sommes obstinés; nous ne

demeurerons jamais en paix ni ne cesserons de mal faire; car nous ne

changerons jamais.»

Tous les autres qui étaient là dirent d'un commun accord: «Il est vrai;

car ni pour vie ni pour mort, nous ne changerons point; nous l'avons

ainsi conclu entre nous: c'est notre volonté.»

Légendes pour les enfants · 第 70 / 156 题