IX

Comment le duc de Normandie envoya des gens pour prendre son fils Robert

qui leur creva les yeux.

Un chevalier qui était là, voyant le duc en cette grande douleur, lui

dit: «Monseigneur, je vous conseille de mander Robert et de le faire

venir devant vous, en la présence de toute votre cour. Vous lui

défendrez de faire dorénavant le moindre mal, lui disant que, s'il

désobéit, vous le ferez emprisonner et ordonnerez justice.»

Le duc écouta volontiers ce conseil et dit que le chevalier avait parlé

sagement. Il envoya aussitôt des gens par le pays pour chercher Robert,

et leur commanda de l'amener devant lui.

Robert, qui était dans les champs, apprit que le peuple s'était plaint à

son père et que le duc avait commandé qu'il fût pris et mené devant lui.

Sa colère fut grande; et à tous ceux qu'il rencontrait, même aux

messagers de son père, il creva les yeux. Quand il les eut ainsi

aveuglés, il leur dit par moquerie: «Mes amis, vous en dormirez mieux;

allez dire à mon père que je ne fais guère attention à ses ordres,

puisque, en dépit de lui et de ce qu'il me mande, je vous ai crevé les

yeux, comme vous devez le savoir.»

Les messagers qui avaient été envoyés pour amener Robert retournèrent en

pleurant vers le duc et lui dirent: «Voyez, seigneur, comme votre fils

nous a aveuglés et mal accommodés.» Le duc fut fort fâché des nouvelles

qu'il avait apprises, et il commença à songer à ce qu'il devait faire

pour venir à bout de son fils.

X

Comment le duc de Normandie fit faire commandement par tout son pays que

Robert fût pris et mené en prison, lui et ses compagnons.

Il réunit son conseil et dit: «Seigneurs, ne pensez plus à cela; car je

vous certifie, vu la grande rébellion de Robert et ce qu'il a fait aux

messagers, que jamais il ne reviendra vers nous; mais il est nécessaire

de punir les maux qu'il a faits, comme le veulent la raison, les lois et

la justice.»

Ayant ainsi parlé, il envoya incontinent, par toutes les villes du

duché, crier, publier et commander, de par lui, à tous les sergents,

justiciers et officiers, qu'ils fissent diligence pour prendre Robert et

l'enfermer, et avec lui tous ceux qui étaient de sa bande et qui

l'aidaient à mal faire. Cet édit fait et publié par le duc vint à la

connaissance de Robert le Diable, et peu s'en fallut qu'il ne perdît la

raison. Il grinçait des dents et jurait qu'il ferait la guerre au duc

son père, et qu'il le mettrait à mal: en quoi le diable le conseillait.

Légendes pour les enfants · 第 66 / 156 题