Comment Robert allait par le pays de Normandie, désolant et prenant
tout, et blessant chacun.
Quand Robert vit qu'il n'y avait plus personne aux joutes, il s'en fut
par le pays, où il fit des maux bien plus grands que ceux qu'il avait
faits jusqu'alors. Il tua tant de gens que ce fut pitié. Et il n'y avait
nul homme en Normandie qui ne fût outragé par lui; mêmement il pillait
les églises et leur faisait guère incessamment. Il n'y avait abbaye
qu'il ne fît dépouiller et détruire.
Tous ceux qu'il avait battus, blessés et volés, venaient se plaindre au
duc et lui racontaient le désordre que faisait Robert par tout le pays
de Normandie. L'un disait: «Monseigneur, votre fils m'a pris ma femme;»
l'autre disait: «Il a enlevé ma fille;» l'autre disait: «Il m'a volé;»
l'autre disait: «Il m'a battu et blessé.»
Le duc, qui entendait dire ces choses de son fils, se prit à pleurer et
dit: «J'ai eu une grande joie en voyant qu'il me naissait un fils; mais
j'en ai un qui me fait tant de peine que je ne sais ce que je dois
faire.»