VI

Comment Robert le Diable tua le maître d'école d'un coup de couteau.

Ainsi qu'on le sait, le maître voulant un jour corriger Robert de

plusieurs fautes qu'il avait commises, Robert tira son couteau et l'en

frappa tellement qu'il en mourut. Puis Robert dit à son maître en lui

jetant son livre par dépit: «Maître, voilà votre science; jamais prêtre

ni clerc[27] ne sera mon maître; je vous l'ai assez fait connaître.»

[Note 27: Homme de science.]

Et depuis, il n'y eut maître si hardi qui osât entreprendre de

l'instruire et châtier en quelque manière que ce fût; force fut donc au

duc de le laisser vivre à sa fantaisie.

Il ne se plaisait qu'à mal faire; il n'avait aucun respect pour Dieu et

l'Église, et ne gardait en rien ni raison ni mesure. Il était enclin à

tous les vices. Quand il allait à l'église et qu'il voyait que les

prêtres et les clercs voulaient chanter, il avait des poudres et autres

ordures qu'il jetait par grande dérision. S'il voyait des gens prier

Dieu, il les frappait par derrière. Chacun le maudissait donc pour le

mal qu'il faisait; et le duc, voyant son fils si méchant et si mal

morigéné, en était assez peiné pour désirer sa mort. La duchesse en

était si inquiète que c'était merveille. Un jour elle dit au duc:

«L'enfant a beaucoup d'âge et est assez grand; il me semble qu'il serait

bon de le faire chevalier; il changera peut-être de vie.» Le duc

approuva ces paroles de la duchesse. Robert n'avait que dix-sept ans.

Légendes pour les enfants · 第 63 / 156 题