Comment Robert le Diable tua le maître d'école d'un coup de couteau.
Ainsi qu'on le sait, le maître voulant un jour corriger Robert de
plusieurs fautes qu'il avait commises, Robert tira son couteau et l'en
frappa tellement qu'il en mourut. Puis Robert dit à son maître en lui
jetant son livre par dépit: «Maître, voilà votre science; jamais prêtre
ni clerc[27] ne sera mon maître; je vous l'ai assez fait connaître.»
[Note 27: Homme de science.]
Et depuis, il n'y eut maître si hardi qui osât entreprendre de
l'instruire et châtier en quelque manière que ce fût; force fut donc au
duc de le laisser vivre à sa fantaisie.
Il ne se plaisait qu'à mal faire; il n'avait aucun respect pour Dieu et
l'Église, et ne gardait en rien ni raison ni mesure. Il était enclin à
tous les vices. Quand il allait à l'église et qu'il voyait que les
prêtres et les clercs voulaient chanter, il avait des poudres et autres
ordures qu'il jetait par grande dérision. S'il voyait des gens prier
Dieu, il les frappait par derrière. Chacun le maudissait donc pour le
mal qu'il faisait; et le duc, voyant son fils si méchant et si mal
morigéné, en était assez peiné pour désirer sa mort. La duchesse en
était si inquiète que c'était merveille. Un jour elle dit au duc:
«L'enfant a beaucoup d'âge et est assez grand; il me semble qu'il serait
bon de le faire chevalier; il changera peut-être de vie.» Le duc
approuva ces paroles de la duchesse. Robert n'avait que dix-sept ans.