XVII

Lettre de Golo à Sifroy.

Sifroy ignorait toutes ces choses. Golo, voyant qu'un fils était né à

Geneviève et appréhendant le retour prochain de son maître, résolut de

ne plus retarder l'achèvement du malheur de la comtesse. Deux mois

environ après la naissance de Bénoni, il appela un des serviteurs qu'il

avait trompés, et le chargea, après lui avoir donné ses instructions, de

porter au comte palatin une lettre ainsi conçue:

«Mon noble seigneur, si je ne craignais de publier une infamie que je

veux cacher, je confierais un grand secret à ce papier. Mais tous vos

domestiques, et particulièrement celui-ci, ayant vu le zèle dont j'ai

usé et les artifices qui ont trompé ma prudence, je n'ai besoin que de

leur témoignage pour mettre ma fidélité en lumière et mon service en

estime. Croyez tout ce que vous dira Herman le jardinier, et mandez-moi

votre volonté pour que j'y obéisse.»

Nous avons dit que le comte était au siége d'Avignon quand il reçut les

premières nouvelles de sa femme. Jamais on ne vit étonnement pareil à

celui que montra le palatin en lisant la lettre de Golo et en entendant

le discours du messager. Il ne méditait que de hautes et cruelles

vengeances. De la stupéfaction il tombait dans la colère, de la colère

dans la fureur, de la fureur dans la rage.

«Ah! maudite femme! fallait-il si malheureusement attrister la joie de

mes triomphes, si honteusement souiller la gloire que j'ai tâché

d'acquérir pour toi? Devais-tu employer tant d'artifices pour couvrir ta

perfidie, et devais-tu feindre une âme si pieuse lorsqu'elle était si

criminelle? Eh bien! puisque tu n'as tenu compte de moi, de toi je ne

tiendrai compte. Je n'épargnerai ni ton sang ni celui de ton enfant.»

Après avoir bien pensé à la vengeance qu'il devait tirer du crime de sa

femme (et sans songer à douter des assertions de Golo), il appela le

messager, et lui ordonna de dire à son intendant qu'il fallait que

Geneviève fût étroitement enfermée et que personne ne pût la voir. Quant

à Raymond le pourvoyeur, on n'avait qu'à inventer le plus atroce des

supplices pour punir le plus hideux des crimes. Golo reçut avec plaisir

les ordres de son maître. Il commença par se débarrasser de Raymond, et,

sans chercher un supplice public dont il craignait l'éclat, il le fit

empoisonner. Ce fut le premier acte de la tragédie.

Légendes pour les enfants · 第 37 / 156 题