Golo médite ses méchancetés.
Golo, à qui Sifroy avait donné plus d'autorité que Joseph n'en reçut de
Pharaon, avait d'abord traité Geneviève avec le respect qu'il devait à
sa vertu. Mais lorsque Sifroy fut parti depuis quelque temps, il trouva
que sa douleur la rendait plus belle, et il sentit naître en lui une
grande envie du bonheur de Sifroy. Il se permit de désirer la comtesse
pour femme et il ne sut pas contenir sa passion naissante, de sorte
qu'il tomba dans l'iniquité et conçut l'idée du crime le plus cruel.
Son rêve fut d'empêcher le retour du comte, et de persuader à Geneviève
que lui, Golo, était digne de devenir son époux. Toutefois, comme il
fallait du temps pour arriver à l'accomplissement de ce rêve il commença
par sonder le coeur de la comtesse. Un jour qu'elle regardait quelques
tableaux qu'elle avait fait faire, il se rendit vers elle et s'occupa en
apparence de ces peintures. Elle l'interrogea sur l'un des tableaux, qui
était son propre portrait. Golo, qui ne cherchait qu'une occasion
d'exprimer ce qu'il sentait, voyant que les demoiselles et les
domestiques de la comtesse étaient trop éloignés pour l'entendre, lui
dit: «Vraiment, madame, il n'est point de beauté qui approche de cette
figure; pour moi, je m'estime heureux d'y attacher à jamais toutes mes
affections.»
En parlant ainsi, il tenait son regard arrêté sur Geneviève, qui s'en
apercevait bien, mais qui fit semblant de ne rien comprendre aux paroles
équivoques de son intendant. Golo devina la secrète pensée de Geneviève,
et voyant qu'elle entendait, quoiqu'elle s'en cachât, ce qu'il voulait
lui dire, prenant d'ailleurs la sage dissimulation de sa maîtresse pour
un consentement réel, il montra son visage plus à découvert, et ses
soupirs se mêlèrent à ses paroles.
«Madame, dit-il, je ne vois rien d'aimable que vous; j'ose croire que
vous me jugez digne de votre amitié, et, s'il vous plaît, au cas que
Sifroy meure, de m'accepter un jour pour époux, je ne me plaindrai pas.»