Bataille de Tours.
Avant de commencer la bataille, Charles parla ainsi à ses soldats:
«Compagnons, je vois bien que vous brûlez d'en venir aux mains et qu'il
ne vous faut point faire de longs discours.
«Ne cherchons pas dans les siècles passés des exemples de courage et de
vertu; donnons-en plutôt à la postérité. Et cela nous est facile
aujourd'hui; il faut vaincre, amis, il faut vaincre. Quand nous aurions
résolu de rester insensibles à nos intérêts, à la ruine de nos maisons,
au carnage fait dans nos villes, à la désolation de nos femmes, l'injure
faite à Dieu et à la religion chrétienne[13] suffirait.
[Note 13: Les Arabes voulaient conquérir le monde au nom du dieu de
Mahomet.]
«Compagnons, il s'agit de défendre ce Dieu que nous adorons, ces saints
que nous honorons, cette religion que nous professons. Permettrez-vous à
ces Maures[14] d'outrager chez nous notre Église?
[Note 14: On appelait les Arabes du nom de Maures, parce qu'avant
d'occuper l'Espagne, ils s'étaient d'abord établis, sur les côtes de
l'Afrique, dans l'ancienne province de Mauritanie, qui comprend
aujourd'hui l'Algérie, Tunis, Tripoli et une partie du royaume de
Maroc.]
«Allez, chers compagnons, allez combattre pour la gloire de la France.
Le glorieux saint Martin[15] est avec vous; c'est sous les murs de sa
ville que nous allons vaincre. En avant! Pour notre Dieu et pour notre
patrie qui doit un jour gouverner le monde!»
[Note 15: Patron de Tours.]
Le frémissement des soldats s'était accru à chaque phrase. Ils
s'écrièrent: «En avant!» avec leur chef, et coururent au combat. Comme
des lions ils écrasèrent l'armée des infidèles. Les Sarrasins
s'enfuirent, laissant sur le carreau leur roi et trois cent
soixante-quinze mille morts.