Ne commet-elle pas un crime, si elle ne peut donner tout son coeur,

toute son âme?...]

LA REINE.

Je ne vous ai pas tout dit. Mais je craindrais...

CARMOSINE.

Parlez, de grâce, je vous écoute; je m'intéresse aussi à votre amie.

LA REINE.

Eh bien! supposez que celui qu'elle aime, ou croit aimer, ne puisse

être à elle; supposez qu'il soit marié lui-même.

CARMOSINE.

Que dites-vous?

LA REINE.

Supposez plus encore. Imaginez que c'est un très-grand seigneur, un

prince; que le rang qu'il occupe, que le nom seul qu'il porte, mettent

à jamais entre elle et lui une barrière infranchissable... Imaginez

que c'est le roi.

CARMOSINE.

Ah! madame! qui êtes-vous?

LA REINE.

Imaginez que la soeur de ce prince, ou sa femme, si vous voulez,

soit instruite de cet amour, qui est le secret de ma jeune amie, et

que, loin de ressentir pour elle ni aversion ni jalousie, elle ait

entrepris de la consoler, de la persuader, de lui servir d'appui, de

l'arracher à sa retraite, pour lui donner une place auprès d'elle dans

le palais même de son époux; imaginez qu'elle trouve tout simple que

cet époux victorieux, le plus vaillant chevalier de son royaume,

ait inspiré un sentiment que tout le monde comprendra sans peine;

figurez-vous qu'elle n'a aucune défiance, aucune crainte de sa jeune

rivale, non qu'elle fasse injure à sa beauté, mais parce qu'elle croit

à son honneur; supposez qu'elle veuille enfin que cette enfant, qui

a osé aimer un si grand prince, ose l'avouer, afin que cet amour,

tristement caché dans la solitude, s'épure en se montrant au grand

jour, et s'ennoblisse par sa cause même.

CARMOSINE, _fléchissant le genou_.

Ah! madame, vous êtes la reine!

LA REINE.

Vous voyez donc bien, mon enfant, que je ne vous dis pas d'oublier don

Pèdre.

CARMOSINE.

Je l'oublierai, n'en doutez pas, madame, si la mort peut faire

oublier. Votre bonté est si grande, qu'elle ressemble à Dieu! Elle

me pénètre d'admiration, de respect et de reconnaissance; mais elle

m'accable, elle me confond. Elle me fait trop vivement sentir combien

je suis peu digne d'en être l'objet... Pardonnez-moi, je ne puis

exprimer... Permettez que je me retire, que je me cache à tous les

yeux.

LA REINE.

Remettez-vous, ma belle, calmez-vous. Ai-je rien dit qui vous effraie?

CARMOSINE.

Ce n'est pas de la frayeur que je ressens. O mon Dieu! vous ici!

la reine! Comment avez-vous pu savoir?... Minuccio m'a trahie sans

doute... Comment pouvez-vous jeter les yeux sur moi?... Vous me tendez

la main, madame! Ne me croyez-vous pas insensée?... Moi, la fille de

maître Bernard, avoir osé élever mes regards!... Ne croyez-vous pas

que ma démence est un crime, et que vous devez m'en punir?... Ah! sans

nul doute, vous le voyez; mais vous avez pitié d'une infortunée dont

la raison est égarée, et vous ne voulez pas que cette pauvre folle

soit plongée au fond d'un cachot, ou livrée à la risée publique!

LA REINE.

À quoi songez-vous, juste ciel!

CARMOSINE.

Ah! je mériterais d'être ainsi traitée, si je m'étais abusée un

moment, si mon amour avait été autre chose qu'une souffrance! Dieu

m'est témoin, Dieu qui voit tout, qu'à l'instant même où j'ai aimé,

je me suis souvenue qu'il était le roi. Dieu sait aussi que j'ai tout

essayé pour me sauver de ma faiblesse, et pour chasser de ma mémoire

ce qui m'est plus cher que ma vie. Hélas! madame, vous le savez sans

doute, que personne ici-bas ne répond de son coeur, et qu'on ne

choisit pas ce qu'on aime. [Mais croyez-moi, je vous en supplie;

puisque vous connaissez mon secret, connaissez-le du moins tout

entier. Croyez, madame, et soyez convaincue, je vous le demande les

mains jointes, croyez qu'il n'est entré dans mon âme ni espoir, ni

orgueil, ni la moindre illusion.] C'est malgré mes efforts, malgré

ma raison, malgré mon orgueil même, que j'ai été impitoyablement,

misérablement accablée par une puissance invincible, qui a fait de moi

son jouet et sa victime. Personne n'a compté mes nuits, personne n'a

vu toutes mes larmes, pas même mon père. Ah! je ne croyais pas que

j'en viendrais jamais à en parler moi-même. J'ai souhaité, il est

vrai, quand j'ai senti la mort, de ne point partir sans un adieu;

je n'ai pas eu la force d'emporter dans la tombe ce secret qui

me dévorait. Ce secret! c'était ma vie elle-même, et je la lui ai

envoyée. Voilà mon histoire, madame, je voulais qu'il la sût, et

mourir.

LA REINE.

Eh bien! mon enfant, il la sait, car c'est lui qui me l'a racontée;

Minuccio ne vous a point trahie.

CARMOSINE.

Quoi! madame, c'est le roi lui-même...

LA REINE.

Qui m'a tout dit. [Votre reconnaissance allait beaucoup trop loin

pour moi.] C'est le roi qui veut que vous repreniez courage, que vous

guérissiez, que vous soyez heureuse. Je ne vous demandais, moi, qu'un

peu d'amitié.

CARMOSINE, _d'une voix faible_.

C'est lui qui veut que je reprenne courage?

LA REINE.

Oui; je vous répète ses propres paroles.

CARMOSINE.

Ses propres paroles? Et que je guérisse?

LA REINE.

Il le désire.

CARMOSINE.

Il le désire? Et que je sois heureuse, n'est-ce pas?

LA REINE.

Oui, si nous y pouvons quelque chose.

CARMOSINE.

Et que j'épouse Perillo? Vous me le proposiez tout à l'heure;... car

je comprends tout à présent,... votre jeune amie, c'était moi.

LA REINE.

Oui, c'était vous, c'est à ce titre que je vous ai envoyé cette bague.

Minuccio ne vous l'a-t-il pas dit?

CARMOSINE.

C'était vous?... Je vous remercie,... et je suis prête à obéir.

_Elle tombe sur le banc._

LA REINE.

Qu'avez-vous, mon enfant? Grand Dieu! quelle pâleur Vous ne me

répondez pas? je vais appeler.

CARMOSINE.

Non, je vous en prie! ce n'est rien; pardonnez-moi.

[LA REINE.

Je vous ai affligée? Vous me feriez croire que j'ai eu tort de venir

ici, et de vous parler comme je l'ai fait.

CARMOSINE, _se levant_.

Tort de venir! ai-je dit cela, lorsque j'en suis encore à comprendre

que la bonté humaine puisse inspirer une générosité pareille à la

vôtre! Tort de venir, vous, ma souveraine, quand je devrais vous

parler à genoux! lorsqu'en vous voyant devant moi, je me demande si ce

n'est point un rêve! Ah! madame, je serais plus qu'ingrate en manquant

de reconnaissance. Que puis-je faire pour vous remercier dignement?

je n'ai que la ressource d'obéir. Il veut que je l'oublie, n'est-ce

pas?... Dites-lui que je l'oublierai.

LA REINE.

Vous m'avez donc bien mal comprise, ou je me suis bien mal exprimée.

Je suis votre reine, il est vrai, mais si je ne voulais qu'être obéie,

enfant que vous êtes, je ne serais pas venue. Voulez-vous m'écouter

une dernière fois?

CARMOSINE.

Oui, madame;] je vois maintenant que ce secret qui était ma

souffrance, et qui était aussi mon seul bien, tout le monde le

connaît. Le roi me méprise, [et je pensais bien qu'il en devait être

ainsi, mais je n'en étais pas certaine.] Ma triste histoire, il l'a

racontée; ma romance, on la chante à table, devant ses chevaliers et

ses barons. Cette bague, elle ne vient pas de lui; Minuccio me l'avait

laissé croire. À présent, il ne me reste rien; ma douleur même ne

m'appartient plus. Parlez, madame, tout ce que je puis dire, c'est que

vous me voyez résignée à obéir, ou à mourir.

LA REINE.

Et c'est précisément ce que nous ne voulons pas, et je vais vous dire

ce que nous voulons. Écoutez donc: oui, c'est le roi qui veut d'abord

que vous guérissiez, et que vous reveniez à la vie; c'est lui qui

trouve que ce serait grand dommage qu'une si belle créature vînt

à mourir d'un si vaillant amour;--ce sont là ses propres

paroles.--Appelez-vous cela du mépris?--Et c'est moi qui veux vous

emmener, que vous restiez près de moi, que vous ayez une place parmi

mes filles d'honneur, qui, elles aussi, sont mes bonnes amies; c'est

moi qui veux que, loin d'oublier don Pèdre, vous puissiez le voir tous

les jours; qu'au lieu de combattre un penchant dont vous n'avez pas à

vous défendre, vous cédiez à cette franche impulsion de votre âme vers

ce qui est beau, noble et généreux, car on devient meilleur avec un

tel amour; c'est moi, Carmosine, qui veux vous apprendre que l'on peut

aimer sans souffrir, lorsque l'on aime sans rougir, qu'il n'y a que la

honte ou le remords qui doivent donner de la tristesse, car elle est

faite pour le coupable, et, à coup sûr, votre pensée ne l'est pas.

CARMOSINE.

Bonté du ciel!

LA REINE.

C'est encore moi qui veux qu'un époux digne de vous, qu'un homme

loyal, honnête et brave, vous donne la main pour entrer chez moi;

qu'il sache comme moi, comme tout le monde, le secret de votre

souffrance passée; qu'il vous croie fidèle sur ma parole, que je

vous croie heureuse sur la sienne, et que votre coeur puisse guérir

ainsi, par l'amitié de votre reine, et par l'estime de votre époux...

Prêtez l'oreille, n'est-ce pas le bruit du clairon?

CARMOSINE.

C'est le roi qui sort du palais.

LA REINE.

Vous savez cela, jeune fille?

CARMOSINE.

Oui, madame; nous demeurons si près! nous sommes habitués à entendre

ce bruit.

LA REINE.

C'est le roi qui vient, en effet, et il vient ici.

CARMOSINE.

Est-ce possible?

LA REINE.

Il vient nous chercher toutes deux. Entendez-vous aussi ces cloches?

CARMOSINE.

Oui, et j'aperçois derrière la grille une foule immense qui se rend à

l'église. Aujourd'hui,... je me rappelle,... n'est-ce pas un jour de

fête? Comme ils accourent de tous côtés! Ah! mon rêve! je vois mon

rêve!

LA REINE.

C'est l'heure de la bénédiction.

CARMOSINE.

Oui, en ce moment le prêtre est à l'autel, et tous s'inclinent devant

lui. Il se retourne vers la foule, il tient entre ses mains l'image du

Sauveur, il l'élève... Pardonnez-moi!

_Elle s'agenouille._

LA REINE.

Prions ensemble, mon enfant; demandons à Dieu quelle réponse vous

allez faire à votre roi.

_On entend de nouveau le son des clairons. Des écuyers et des hommes

d'armes s'arrêtent à la grille, le roi paraît bientôt après._

SCÈNE IX

LES PRÉCÉDENTS, LE ROI, PERILLO, _près de lui_, MAITRE BERNARD, DAME

PAQUE, SER VESPASIANO, MINUCCIO.

[LE ROI.

Vous avez là un grand jardin, cela est commode et agréable.

MAITRE BERNARD.

Oui, Sire, cela est commode, et, en effet...]

LE ROI.

Où est votre fille?

MAITRE BERNARD.

La voilà, Sire, devant Votre Majesté...

[LE ROI.

Est-elle mariée?

MAITRE BERNARD.

Non, Sire, pas encore,... c'est-à-dire,... si Votre Majesté...]

LE ROI, _à Carmosine_.

C'est donc vous, gentille demoiselle, qui êtes souffrante et en

danger, dit-on? [Vous n'avez pas le visage à cela.

MAITRE BERNARD.

Elle a été, Sire, et elle est encore gravement malade. Il est vrai

que, depuis ce matin à peu près, l'amélioration est notable.

LE ROI.

Je m'en réjouis. En bonne foi, il serait fâcheux que le monde fût

sitôt privé d'une si belle enfant.]

_À Carmosine._

Approchez un peu, je vous prie.

[SER VESPASIANO, _à Minuccio_.

Voyez-vous ce que je vous ai dit? Il va arranger toute l'affaire.

Calatabellotte est à moi.

MINUCCIO.

Point, c'est une simple consultation, qu'ils vont faire en

particulier. Les Espagnols tiennent cela des Arabes. Le roi est un

grand médecin; c'est la méthode d'Albucassis.]

LE ROI, _à Carmosine_.

Vous tremblez, je crois. Vous défiez-vous de moi?

CARMOSINE.

Non, Sire.

LE ROI.

Eh bien! donc, donnez-moi la main. Que veut dire ceci, la belle fille?

Vous qui êtes jeune et qui êtes faite pour réjouir le coeur des

autres, vous vous laissez avoir du chagrin? Nous vous prions, pour

l'amour de nous, qu'il vous plaise de prendre courage, et que vous

soyez bientôt guérie.

CARMOSINE.

Sire, c'est mon trop peu de force à supporter une trop grande peine

qui est la cause de ma souffrance. Puisque vous avez pu m'en plaindre,

j'espère que Dieu m'en délivrera.

LE ROI.

Voilà qui est bien, mais ce n'est pas tout. Il faut m'obéir sur un

autre point. Quelqu'un vous en a-t-il parlé?

CARMOSINE.

Sire, on m'a dit toute la bonté, toute la pitié qu'on daignait

avoir...

LE ROI.

Pas autre chose?

_À la reine._

Est-ce vrai, Constance?

LA REINE.

Pas tout à fait.

LE ROI.

Belle Carmosine, je parlerai en roi et en ami. Le grand amour que vous

nous avez porté vous a, près de nous, mise en grand honneur; et celui

qu'en retour nous voulons vous rendre, c'est de vous donner de notre

main, en vous priant de l'accepter, l'époux que nous vous avons

choisi.

_Il fait signe à Perillo, qui s'avance et s'incline._

Après quoi, nous voulons toujours nous appeler votre chevalier, et

porter dans nos passes d'armes votre devise et vos couleurs, sans

demander autre chose de vous, pour cette promesse, qu'un seul baiser.

LA REINE, _à Carmosine_.

Donne-le, mon enfant, je ne suis pas jalouse.

CARMOSINE, _donnant son front à baiser au roi_.

Sire, la reine a répondu pour moi.

FIN DE CARMOSINE.

ADDITIONS ET VARIANTES EXÉCUTÉES POUR LA REPRÉSENTATION

1.--PAGE 369.

_La première cause de_ ta fortune _aura été_, etc.

2.--PAGE 377.

TROISIÈME DEMOISELLE.

_Et nous n'en aurons jamais d'autres._

TOUTES LES DEMOISELLES, _ensemble_.

Et nous n'en aurons jamais d'autres.

3.--PAGE 384.

_Je crains que votre présence._

LE ROI.

J'irai, te dis-je. Je la verrai, je lui parlerai. Je ne veux pas que

cette jeune fille meure; je ne le veux pas.

MINUCCIO.

Il ne sera pas facile de l'en empêcher, car elle l'a résolu, et

la besogne est à moitié faite. Sire, prenez garde de l'achever en

cherchant à la sauver.

LE ROI.

_Ne disais-tu pas tout à l'heure_, etc.

4.--PAGE 398.

_Il se fait tard._ Va, mon ami, fais ce que je t'ai dit.

PERILLO, _en sortant_.

Ah! cela est horrible!

FIN DES ADDITIONS ET VARIANTES.

Le sujet de _Carmosine_ se trouve dans une nouvelle du _Décaméron_ (la

septième de la dixième journée). En voici le sommaire:

«Le roi Pierre, ayant appris le fervent amour que lui portait Lise,

et dont elle était malade, va la consoler et la marie avec un jeune

gentilhomme; après quoi il lui donne un baiser sur le front et se

déclare pour toujours son chevalier.»

Cette anecdote, que Boccace raconte avec beaucoup de grandeur et de

simplicité, n'a que huit pages, et les caractères n'y sont pas même

indiqués, hormis pourtant celui du roi, dont la conduite fait assez

connaître la générosité chevaleresque. Le jeune gentilhomme qui, dans

la nouvelle, n'arrive qu'à la fin pour épouser Lise, devient dans la

comédie un ami d'enfance et un fiancé de la jeune fille, ce qui

ajoute beaucoup à l'intérêt du sujet en compliquant les situations. Le

personnage de ser Vespasiano est aussi une création nouvelle qui vient

jeter de temps à autre, au milieu de cette mélopée amoureuse, une note

comique, indispensable au théâtre bien plus qu'à la lecture.

En examinant les débris du manuscrit autographe, j'y remarque que

l'héroïne s'appelle Lise, pendant tout le premier acte, comme dans le

récit de Boccace. Probablement, lorsqu'il eut imaginé la belle scène

du second acte où Perillo entend le nom de sa maîtresse mêlé aux

forfanteries de ser Vespasiano, Alfred de Musset aura pensé que ce nom

n'avait pas assez d'originalité pour frapper l'oreille du spectateur

et éveiller son attention, comme celle de Perillo. De même, lorsque

Minuccio, seul avec le roi, lui confie le secret de la jeune malade,

l'auteur aura senti qu'il fallait à cette jeune fille un nom plus

pittoresque et moins vulgaire que celui de Lise. Peut-être aussi

a-t-il compris, à mesure qu'il avançait dans son oeuvre, que

l'esquisse légère de Boccace allait devenir entre ses mains un type

complet. Le nom un peu bizarre, mais sicilien, de Carmosine, qu'il

substitua sur le manuscrit au nom de Lise, à partir du second acte,

fut en quelque sorte une prise de possession.

Pour peu qu'on sache ce que c'est qu'une pièce de théâtre, on

reconnaît que celle-ci a été écrite avec la pensée qu'elle serait

représentée tôt ou tard. On ne voit point dans _Carmosine_ de brusques

changements de lieu; les scènes s'enchaînent sans interruption.

L'auteur a soin de prolonger le mystère qui règne sur tout le premier

acte jusqu'au moment où cet acte va finir. Le procédé employé pour

faire entendre à Perillo, de la bouche même de Carmosine, le mot cruel

qui lui apprend qu'elle ne l'aime plus; la scène du second acte où

la sottise de ser Vespasiano donne le coup de grâce à ce pauvre

amant déjà si malheureux; l'habileté avec laquelle l'auteur rapproche

Perillo de Carmosine au début du troisième acte; ses précautions pour

dissimuler jusqu'au dernier moment le dénoûment heureux, en montrant

la mort de l'héroïne comme inévitable, tandis qu'au contraire il

prépare sa guérison et son mariage; enfin la grande scène entre

Carmosine et la reine, qui semble conduire tout droit vers un but

opposé à celui qu'on voudrait atteindre, tout cela est conçu et

traité dramatiquement, selon les règles de l'art et même du métier.

Il faudrait être aveugle pour ne point le voir. Cependant on s'est si

bien accoutumé à dire que les comédies d'Alfred de Musset n'étaient

pas destinées au théâtre qu'on l'a répété de celle-ci, comme des

précédentes, sans y regarder et contrairement à l'évidence.

_Carmosine_ parut pour la première fois, en 1850, dans le

_Constitutionnel_. Une erreur de ponctuation, commise par les

compositeurs de ce journal et qui changeait le sens d'un vers dans la

romance de Minuccio, fut pour l'auteur un sujet de grand chagrin. Il

écrivit à M. Véron, sur ce vers estropié, une lettre curieuse qu'on

trouvera dans la Correspondance.

La mise en scène de cette comédie n'a présenté aucune difficulté

sérieuse. On n'y a éprouvé d'autre embarras que celui des richesses.

La trop grande abondance des idées, qui ajoute au charme de la

lecture, a rendu nécessaires quelques coupures à la représentation.

Cette pièce a été jouée sur le théâtre de l'Odéon, le 7 novembre 1865,

et le public de Paris a témoigné ce jour-là qu'il n'avait point

perdu le goût des sentiments élevés ni du beau langage. Mademoiselle

Thuillier a donné au personnage de Carmosine un caractère de douce

passion et de mélancolie poétique dont ses auditeurs garderont

longtemps le souvenir.

FIN DU TOME CINQUIÈME.

* * * * *

TABLE GÉNÉRALE DES COMÉDIES ET PROVERBES

TOME PREMIER

AVANT-PROPOS 1

LA NUIT VÉNITIENNE 9

ANDRÉ DEL SARTO 49

Additions et Variantes exécutées par l'auteur pour

la représentation 128

LES CAPRICES DE MARIANNE 141

Additions et Variantes 201

FANTASIO 213

ON NE BADINE PAS AVEC L'AMOUR 279

Additions et Variantes 367

BARBERINE 375

TOME DEUXIÈME

LORENZACCIO 1

Traduction du fragment du livre XV des _Chroniques

florentines_ 214

LE CHANDELIER 223

Additions et Variantes 314

IL NE FAUT JURER DE RIEN 321

Additions et Variantes 406

TOME TROISIÈME

UN CAPRICE 1

IL FAUT QU'UNE PORTE SOIT OUVERTE OU FERMÉE 61

LOUISON 97

ON NE SAURAIT PENSER À TOUT 163

BETTINE 227

CARMOSINE 311

Additions et Variantes 420

Œuvres complètes de Alfred de Musset — Tome 5 · 第 15 / 15 段