I. Ce problème est de la même nature que celui du lion de bronze que
nous avons donne dans un des numéros précédents; il est aussi tirè de
l'anthologie grecque, d'où il a été traduit en mauvais vers latins que
voici:
Qui jaculamur aquas tres hic, adstamus Amores;
Sed varie liquidas Euripo immittimus undas.
Dexter ego; fummis et quae mihi manat ab alis
Quatuor est horis laevus versa influit urna
Dimidiatque diem medius dum fundit ab area
Die, age, quam paucis Euripum implebimus horis
Ex arca simul atque alis urnaque fluentes?
En supposant le jour divisé en vingt-quatre heures, ou trouvera que les
trois Amours rempliront le bassin en 2/24 ou près de deux heures.
II. La solution de ce problème est contenue dans ces deux diptiques
latins;
It duplex mulier, redit una, vehitque manentem,
Itque una; utuntur tunc duo puppe viri
Par vadit et redeunt bini, mulierque sororem
Advehit; ad propriam fine maritus abit.
Ce qui signifie:
Deux femmes passeront d'abord: puis, l'une ayant ramené le bateau,
repassera avec la troisième femme. Ensuite une des trois femmes ramènera
le bateau, et, se mettant à terre, laissera passer les deux hommes dont
les femmes sont de l'autre côté. Alors un des hommes ramènera sa femme,
et, la mettant à terre, il prendra le troisième homme et repassera avec
lui. Enfin la femme qui se trouve passée entrera dans le bateau et ira
en deux fois chercher les deux autres femmes.
On propose encore ce problème sous le titre des _trois maîtres et des
trois valets_. Les maîtres s'accordent bien ensemble et les valets
aussi; mais chaque maître ne peut, souffrir les valets des deux autres;
de manière que s'il se trouvait avec un des deux valets, en l'absence de
son maître, il le battrait infailliblement.
III. Il faut faire une boîte carrée; car c'est celle qui, à cause des
angles droits, est la plus propre à ce jeu optique. Vous la diviserez en
quatre cloisons perpendiculaires au fond, qui se croiseront au centre,
et contre lesquelles vous appliquerez des miroirs plans. Vous percerez
ensuite chaque face de la boîte d'un trou propre à regarder au dedans,
et qui soit tellement ménagé que l'on ne puisse voir que les miroirs
appliqués contre les cloisons, et non la base. Dans chaque petit
triangle rectangle, enfin, qui est formé par deux cloisons, vous
disposerez un objet qui, se répétant dans les glaces latérales, puisse
former un dessin régulier, comme un dessin de parterre, un plan de
fortification, une place de ville, un pavé de compartiments. Pour
éclairer l'intérieur, vous ne couvrirez la boîte que d'un parchemin
transparent.
Il est évident que si on place l'oeil à chacune des petites ouvertures
pratiquées aux côtés de cette boîte, on apercevra autant d'objets
différents, qui paraîtront néanmoins remplir toute la boîte. L'un sera
un parterre très-régulier; l'autre, un plan de fortification; le
troisième, un pavé de compartiments; le quatrième, une place décorée.
Si plusieurs personnes ont regardé à la fois par ces différentes
ouvertures et qu'elles se questionnent ensuite sur ce qu'elles ont vu,
il en pourra résulter entre elles une contestation assez plaisante pour
celui qui sera au fait du tour: l'une assurant qu'elle a vu un objet,
l'autre un autre, et chacune étant également persuadée qu'elle a raison.
Pour rendre, plus transparent le parchemin dont on se sert dans les
machines optiques telles que la précédente, il faut le laver plusieurs
fois dans une lessive claire qu'on changera à chaque fois, et, à la
dernière, dans de l'eau de fontaine; on le mettra ensuite sécher à
l'air, en le tenant bien étendu.
Si l'on veut lui donner de la couleur, on se servira, pour le vert, de
vert-de-gris délayé dans du vinaigre, avec un peu de vert foncé; pour le
rouge, de l'infusion de bois de Brésil; pour le jaune, de l'infusion de
baies de nerprun, cueillies au mois d'août; l'on passera enfin de temps
en temps un vernis sur ce parchemin.