(Voir, sur Santa-Anna, tome 1er, pages 337 et 403.) LE GÉNÉRAL
BUSTAMANTE.
Parmi les étrangers qui fréquentaient la table de l'hôtel des Princes
dans l'automne de l'année dernière, on en remarquait un d'une taille
au-dessus de la moyenne et, droite encore, quoiqu'il eût passé soixante
ans. Un je ne sais quoi dans sa tournure, le ruban de quatre couleurs
différentes qui ornait la boutonnière de sa redingote, et un certain air
de commandement empreint dans toute sa personne, révélaient un officier
supérieur. Ses traits irréguliers étaient assez fortement gravés de
petite vérole, mais son front haut abritait des yeux noirs et perçants;
ses cheveux, que l'âge faisait grisonner sans les éclaircir, frisant
énergiquement sur une tête petite et ronde, indiquaient, ainsi que ses
épaules larges et carrées, une constitution pleine de vigueur; enfin, un
teint hâlé et un accent méridional très-prononcé décelaient son origine
espagnole.
Ce personnage, vêtu avec une extrême simplicité, aux manières affables
et gracieuses, qui prenait modestement ses repas à une table commune,
avait cependant été, à deux reprises différentes et pendant huit ans,
investi d'un pouvoir à peu près souverain; pendant huit ans, le tambour
avait battu aux champs lorsqu'il sortait de son palais, honneur que Dieu
seul partageait avec lui quand le Saint-Sacrement franchissait les
portes de la cathédrale; il avait fait aux Chambres législatives, au
commencement de chaque session, de solennels discours d'ouverture, il
avait eu son conseil de ministres; en un mot, c'était presque un roi
détrôné; c'était, en 1840, l'excellentissime seigneur, et en 1842, à
l'hôtel de la rue de Richelieu, le général Bustamante tout simplement.
Une révolution dirigée par l'ambitieux Santa-Anna, son ennemi personnel
et son antagoniste avoué, l'avait dépossédé de la présidence des
États-Unis mexicains, et le général Bustamante, homme d'une grande
probité politique, d'un patriotisme plus pur et plus désintéressé que
celui de ses rivaux, cherchait à oublier dans l'étude, à Paris, non le
pouvoir et les honneurs dont on l'avait privé et qu'il regrettait peu,
mais les malheurs de son pays, déchiré par toutes les ambitions qui s'y
croisent et s'y choquent incessamment. C'était ces idées qu'il essayait
d'étouffer dans le silence studieux des bibliothèques publiques et des
établissements consacrés à la science qu'il fréquentait avec assiduité.
Lorsqu'au mois de septembre 1810, _Hidalgo_ et _Allende_ poussèrent
contre les Espagnols le premier cri d'indépendance, et que ce cri,
partout répété, mit la Nouvelle-Espagne en conflagration, Bustamante,
alors âgé de trente ans environ, exerçait dans la ville de
_Guadalajara_, à cent cinquante lieues à l'ouest de Mexico, la
profession de médecin. Il y jouissait déjà d'une certaine réputation de
talent, quand il fut forcé d'abandonner cette carrière et l'avenir
qu'elle lui promettait, pour se joindre, les armes à la main, aux
efforts des Espagnols contre ses compatriotes insurgés. A peine quatre
mois s'étaient-ils écoulés depuis l'insurrection, qu'il combattait sous
les ordres du général _Calleja_, contre _Hidalgo, Allende, Aldama_ et
_Abasolo_, ces quatre grandes figures de la guerre de l'indépendance, à
la fameuse bataille du pont _Calderon_.
[Illustration: Le général Bustamante.]
Les voyageurs qui ont fait une fois seulement le trajet de _Mexico_ à
_Guadalajara_, se rappelleront un pont de pierre jeté, à quelques lieues
de cette dernière ville, sur une rivière qui coule au milieu d'une vaste
plaine dont le silence et l'aridité attristent l'âme. C'est le pont et
la rivière Calderon. Dans la saison des sécheresses, à peine entend-on,
au milieu de son lit escarpé, le murmure de ses eaux, tandis qu'à
l'époque des pluies, elle les fait gronder, fangeuses et gonflées comme
un torrent. Mais, dans tous les temps, le vent qui souffle lugubrement
dans les grandes herbes desséchées, les mornes pelés qui dominent le
pont, font naître un sentiment de terreur involontaire, et le voyageur
éperonne son cheval pour fuir ce lieu funeste et les croix de meurtre
dont il est parsemé.
Le 17 janvier 1811, 100,000 insurgés avec 103 bouches à feu occupaient
cette position. Un grand nombre de ces canons avaient été arrachés au
port de San Blas sur _le Pacifique_, et transportés par-dessus la chaîne
inaccessible de la Cordillière, où quelques-uns à moité enfouis
aujourd'hui révèlent au voyageur qui gravit ces pics formidables
l'irrésistible puissance des masses. Cette multitude sans discipline,
presque sans frein, était composée des éléments les plus disparates,
depuis la soutane des prêtres, les manteaux bariolés des _rancheros_
(fermiers), jusqu'aux rares vêtements de cuir qui couvraient les corps
bronzés de 7,000 guerriers indiens armés de leurs flèches et de leurs
_macanas_ (casse-tête).
Le général espagnol _Calleja_, avec un peu plus de 6,000 hommes, dont la
moitié d'une excellente cavalerie et 10 pièces de campagne, n'hésita pas
à attaquer cette foule innombrable; et telle fut la supériorité de la
discipline sur le nombre, que les insurgés furent taillés en pièces et
leurs chefs dispersés.
D. Anastasio Bustamante, alors simple officier, se distingua dans cette
bataille de manière à attirer sur lui l'attention publique, et ce fut là
le commencement de sa carrière militaire. Le résultat de cette affaire
fut un coup presque mortel pour l'insurrection, et la capture des chefs
qui l'avaient excitée. Selon la coutume des Espagnols, qui ont toujours
aimé ces sanglants trophées, leurs têtes séparées du tronc furent
exposées sur la place de Guanajuato, derrière un grillage de fer. Elles
blanchirent là pendant dix ans, fouettées par la pluie, desséchées par
le soleil, alternativement outragées par les ennemis de l'indépendance,
ou honorées par la piété des patriotes, qui venaient brûler de petits
cierges devant elles et prier pour les âmes qui les avaient animées.
Nous ne suivrons pas Bustamante dans les curieux et sanglants épisodes
de cette guerre acharnée dont les détails sont si pleins d'un intérêt
saisissant, et nous dirons seulement une, devenu général après s'être
rangé parmi les indépendants, il fit enlever et ensevelir les têtes des
chefs qu'il avait aidé à vaincre, après avoir fait célébrer en leur
honneur un service funèbre dans l'année 1821.
Ce fut cette même année que le général _Iturbide_, qui devait, à l'issue
de cette lutte, devenir empereur du Mexique, proclama à son tour dans
_Iguala_ l'indépendance de son pays. Bustamante se joignit à lui et lui
fut fidèle jusqu'à sa déchéance, en opposition avec _Santa-Anna_, qui le
premier se souleva contre ce prince, après avoir été comblé de ses
faveurs. Forcé d'abdiquer en 1823, par suite de la défection successive
de toutes les provinces de l'empire, sa déchéance fut proclamée le 8
avril de la même année, et la nouvelle république fut installée. Le
général _Guadalupe Victoria_ en fut le premier président.
Pendant ce laps de temps jusqu'en 1828, époque à laquelle la présidence
temporaire cessait de droit, Bustamante prit une part active dans les
affaires de l'État. Le 30 novembre, une insurrection éclata dans la
capitale; elle avait pour but de faire annuler l'élection de _Pedraza_,
qui venait de succédera _Victoria_, et elle se termina par la fuite du
premier, le pillage de Mexico et l'avènement du général _Guerrera_, qui,
nommé vice-président, exerça pendant un an l'autorité du président
lui-même. Une révolution semblable à celle qui l'avait élevé devait le
renverser une année après, mois pour mois, et il était réservé au
général Bustamante d'être l'instrument de sa chute, et plus tard de sa
mort tragique.
(_La fin à un prochain numéro._)
Courrier de Paris.
Tout est dit, l'hiver approche et Paris s'y prépare. Paris change
d'habitudes, en effet, et se transforme périodiquement; il varie de
trimestre en trimestre et de saison en saison: il y a quinze jours
encore, il était leste, dégagé, vêtu à la légère, et voici qu'il
commence à se boutonner, à mettre les mains dans ses poches, et à
regarder du coin de l'oeil sa _tween_ et son paletot. Avant huit jours,
il grelottera et se palissadera contre le rhume et les éternuements. On
voit déjà des joues pâles et des nez transis circuler çà et là en plein
vent, et annoncer les jours maussades..
Les tailleurs taillent le vêtement piqué et ouaté; les bottiers
travaillent, à coups redoublés, la double semelle; la couturière et la
marchande de modes façonnent le velours et la soie pour abriter la
petite poitrine de nos frêles Parisiennes.
Le ramoneur, émondant tuyaux engorgés par la suie, comme dit Voltaire,
commence à chanter sa chanson sur les toits; on replace les tapis; on
met de l'huile dans les lampes; le marchand de bois mesure, équarrit et
scie, et le rôtisseur de marrons allume son fourneau à l'angle des
marchands de vin et au coin des rues.
Aux Tuileries, au Luxembourg, aux Champs-Elysées, la loueuse de chaises
se dispose à prendre ses quartiers d'hiver, et regarde d'un oeil morne
son armée de bâtons empaillés, si peuplée tout à l'heure, maintenant
déserte et tristement entassée. Passez-vous sur le boulevard Italien, la
vive et élégante nation qui le peuplait dans les belles soirées, a battu
en retraite. Les promeneurs acharnés, ceux que ni le froid, ni le vent,
ni la pluie, ne peuvent retenir au logis, s'abritent au passage, de
l'Opéra; et les _lions_ n'étalent plus leurs crinières, au clair de la
lune, sur les dalles du _Café de Paris_, rongeant l'or de leur canne, ou
lançant au nez des passants la blanche fumée du cigare.
Sur les murailles, les affiches disent qu'il sera bientôt temps de
s'envelopper de son manteau, et de crier à sa gouvernante; «Holà!
Françoise, faites-moi un bon feu!» Les Wauxhall d'hiver, les Prado
d'hiver, les Tivoli d'hiver, se font imprimer tout vifs et placarder à
tous les coins de la ville, sollicitant d'avance les frisettes, les
étudiants en droit, les élèves en médecine et les commis marchands. Que
vous dirai-je? M. Musard a sonné un premier coup de son cor à piston,
cette trompette joyeuse qui promet la prochaine résurrection des folles
danses et du débardeur.
On pourrait douter cependant de la réalité de tous ces signes
précurseurs, si le Théâtre-Italien ne venait pas de rouvrir ses portes
et de mettre en ligne son régiment de ténors et de soprani, de contralti
et de barytons; mais puisque le Théâtre-Italien recommence ses chansons,
l'été est bien mort, il n'y a plus à en douter. Grisi, Persiani,
Lablache, Mario, tous les oiseaux mélodieux que l'Italie envoie à Paris,
nous abandonnent en effet au premier soleil printanier, et nous
reviennent invariablement quand la dernière feuille tombe et s'en va;
contre l'habitude des rossignols, ils se montrent à nous et roucoulent
dans la noire saison où les corbeaux s'assemblent par bandes et
croassent. Cette année, la volière italienne a perdu deux de ses hôtes
harmonieux et sans plumes; Tamburini nous manque, et madame Pauline
Viardot avec lui. Regrettons madame Viardot: qui la remplacera? c'est
encore le secret de M. Vatel, l'autocrate du Théâtre-Italien. Jetons
aussi quelques pleurs à cet honnête Tamburini; sa voix, il est vrai,
s'affaiblissait de jour en jour, à force d'avoir usé et abusé de la
roulade; mais quel magnifique instrument dans le temps de ses beaux
succès et de sa fraîche jeunesse? Pleurons donc Tamburini pour le passé,
plutôt que pour le présent, et ne soyons pas ingrats. Rien n'est
éternel, en ce bas monde, ni la beauté, ni la richesse, ni la puissance,
ni les voix de basse.
L'empereur de Russie donnera l'hospitalité au jeune et poétique talent
de madame, Pauline Garcia-Viardot, et recueillera les restes encore
vaillants de la voix de Tamburini. Tous deux vont partir, s'ils ne sont
déjà partis; Rubini, cet autre déserteur, est là-bas, à
Saint-Pétersbourg, qui leur fait signe et leur tend les bras. Ainsi, la
Russie devient dilettante, et nous enlève une bonne partie de, notre
bien. Qui sait? peut-être, est-ce une amélioration qui se prépare dans
la gamme diplomatique, assez mal engagée, depuis la Révolution de
juillet, entre Paris et Saint-Pétersbourg, et un acheminement à une plus
tendre harmonie.
Quant à nous, notre fureur dilettante ne se ralentit point par l'usage;
on a souvent reproché à Paris sa légèreté et son inconstance; mais, à
coup sur, pour ce qui est du Théâtre-Italien, le reproche n'est pas
mérité; il y a longtemps que cette passion dure, et elle devient de plus
en plus fidèle et tenace: ni la déportation, ni l'incendie, n'ont pu la
décourager ni l'abattre; elle a bravé deux années d'exil à l'Odéon, et
s'est tirée vivante de la flamme et des cendres de la salle Favart.
Le ciel, sans doute, est touché de cette persévérance, car il n'a jamais
laissé le dilettante parisien sans pâture; il le nourrit depuis quinze
ans, avec un soin tout particulier, faisant succéder Malibran à Pasta,
Grisi à Malibran, et il continuera certainement de nourrir les petits du
dilettante et les petits de ses petits. Voyez, plutôt! L'empereur
Nicolas nous ôte Tamburini, tout aussitôt le ciel nous envoie Ronconi,
et le ténor Salvi par-dessus le marché. Les i, les o et les a ne nous
manqueront jamais; l'Italie a de quoi renouveler l'alphahet.
Le monde riche et le monde élégant se sont disputé la location des
stalles et des loges du Théâtre-Italien avec la même ardeur que par le
passé. Dès le mois d'août, on s'en inquiétait, et à peine septembre
eut-il signé sa première heure, que la rage s'y est mise.--La jolie
comtesse de S... retenue dans son château du Berry, a eu de fréquentes
insomnies pendant huit jours, et, s'éveillant en sursaut toutes les
nuits, s'écriait: «Aurai-je ma loge?» Elle n'a recouvré le sommeil que
le lendemain du jour où la nouvelle lui en a été positivement expédiée
de Paris par estafette.--Un ami de la baronne de H... a reçu ces mots
tracés de sa petite main fine et blanche: «Courez, bien vite retenir ma
loge de face pour la saison, et vous irez ensuite savoir des nouvelles
de mon père, qui est à l'extrémité. Adieu, cher.»--Madame C... plaide en
ce moment en séparation contre son mari.--Quoi! des époux si tendres et
si bien assortis, qui promettaient de renouveler Philémon et
Bancis!--Eh! mon Dieu oui.--Que leur est-il donc arrivé? Comment cela se
fait-il? ils s'aimaient tant! ils vivaient dans une intimité si
parfaite!--Le mari n'a pas voulu prendre une loge aux Italiens; la femme
le voulait: on a plaidé d'abord le oui et le non avec douceur, puis avec
vivacité, puis avec entêtement, puis avec emportement, puis avec fureur,
comme cela arrive dans les meilleurs ménages; et hier la demande de
séparation, pour cause d'incompatibilité d'humeur, a été déposée au
greffe du tribunal: Deux époux vivaient en paix depuis dix ans; une loge
survint, et voilà la guerre allumée.
On sait ce qui arriva autrefois à propos du fameux roman de Richardson,
_Clarisse Harlowe_: la vogue était telle qu'on faisait queue à la porte
du libraire. Un jour, un seul exemplaire restait pour deux amateurs qui
s'en saisirent en même temps, chacun par mi-côté.--Je l'aurai!--Tu ne
l'auras pas!--Ils mirent l'épée à la main et l'exemplaire fut adjugé au
vainqueur, le vaincu étant légèrement blessé.
La même bataille vient de se renouveler entre deux forcenés dilettanti
pour la dernière stalle d'orchestre à louer au Théâtre-Italien; mais
l'issue du duel a été plus funeste: les deux adversaires, percés l'un
par l'autre et du part en part, sont morts sur le coup; la stalle est
revenue à un gros monsieur qui l'attendait dans son lit. Le procureur du
roi informe.
Vous êtes prié d'assister au convoi et à l'enterrement.
On s'apprête, on s'inquiète, on se bat, on s'égorge pour avoir place au
Théâtre-Italien; mais le temps n'est pas encore venu de s'y montrer; ça
n'est pas bon genre. Se ruer ainsi dès le premier jour, fi donc! laissez
cela aux femmes d'avoués et aux provinciales. En vérité, ne dirait-on
pas qu'on meurt d'inanition et qu'on a besoin de se précipiter
brutalement sur la première cavatine qu'on vous jette: il n'y a que les
estomacs vulgaires qui montrent de ces gros appétits gloutons. Et puis,
vous croyez, que nous allons laisser là nos châteaux pour entendre M.
Salvi; pas si plébéiens! tout au plus commencerons-nous à y songer quand
décembre viendra; nous prêterons nos loges, en attendant, à quelque ami
ou à quelque petit cousin; pourvu qu'on ne nous y voie pas avant trois
mois, notre honneur est sauf.
Oui, mesdames les duchesses et mesdames les marquises, et vous les
lionnes du barreau et de la Nuance, préparez-vous à l'hiver: illuminez
ses sombres nuits par l'éclat des fêtes; voilez, sa tristesse par le bal
et le plaisir; choisissez au théâtre la place la plus favorable au
succès de votre élégance et de votre coquetterie; l'hiver vous plaît,
vous aimez l'hiver, vous voyez venir l'hiver avec un sourire, car c'est
la saison de vos triomphes les plus charmants et de vos joies les plus
vives.
Hélas! Paris n'est pas compris tout entier dans une loge d'Opéra, et
dans une valse à deux temps; vous êtes le Pans que l'hiver pare, amuse
et fait rire; mais, à côté de vous, il y a le Paris que la venue de la
saison rigide inquiète et épouvante: Ce Paris là, c'est le Paris de
l'ouvrier et de l'indigent l'hiver, à la main glacée, va bientôt devenir
l'hôte sans pitié de la triste mansarde; il ébranlera de son souffle
cruel les portes disjointes et les portes mal closes; et l'enfant nu,
pâle, grelottant, souvent privé de nourriture, se réfugiera vainement
dans le sein de sa mère en haillons, pour y chercher un peu de force et
de chaleur.--Allons, mes belles, appelez les violons, et mettez-vous en
danse! Qui est-ce qui n'est pas joyeux? qui est-ce qui ne danse
pas?--Les cent mille malheureux que Paris cache dans ses rues sombres et
dans ses noirs replis! La statistique l'a dit, et la statistique est
d'une véracité terrible; chaque hiver fait une horrible guerre à près de
cent mille infortunés, femmes, enfants, vieillards, sans feu, sans
vêtements et sans pain.--Que ne travaillent-ils! dit nonchalamment un
jeune blond, qui se fait les ongles et se parfume toute la journée; ce
sont des fainéants, ajoute cet autre, qui passe sa vie étendu sur les
coussins d'un divan, jetant à l'or et au velours de son appartement la
fumée de sa cigarette, et frisant négligemment un coin de sa moustache.
Nous allons entrer dans lu saison des circulaires, des quêtes à domicile
et des comités de bienfaisance: mais, c'est une honte! on ne sait pas
combien. Le Paris voluptueux et riche a l'âme dure et l'oreille fermée à
la charité; le Paris pauvre et mourant de faim frappe incessamment à sa
porte; la porte reste close, ou à peine une main distraite et
dédaigneuse jette-t-elle une misérable aumône à l'insistance du maire ou
du comité de l'arrondissement. J'ai eu entre les mains un relevé total
de l'humanité officielle de mon quartier; c'était à faire rougir! les
noms les plus riches ou étaient absents, ou figuraient pour les sommes
les plus avares.
Un roi de l'antiquité, avait chargé un de ses serviteurs de lui dire
chaque jour, en l'éveillant: «Roi, souviens-toi que tu es homme!» ne
serait-il pas bien de placer au chevet de tous ces heureux à la sourde
oreille, un sergent de ville qui leur crierait tous les matins, à
tue-tête: «Riche, souviens-toi qu'il y a des pauvres; la charité, s'il
vous plaît!»
Passons à la pièce comique, après cette espèce de tragédie. Un de nos
amis, tout frais arrivé de la Haute-Marne, nous a confié, sous le sceau
du secret, une aventure plaisante dont Chaumont, honorable chef-lieu du
département, commence à parler tout bas; Langres s'en mêlera bientôt, et
peu à peu, de discrétion en discrétion, l'aventure aura parcouru la
France et passera à l'étranger.
Le bouts de l'affaire fut longtemps connu à Paris pour un homme de
beaucoup d'esprit et un philosophe remarquable par l'excentricité de ses
fantaisies et de ses bons mots. Son nom seul fait encore tressaillir
d'effroi les épiciers, qu'il avait particulièrement choisis pour
victimes, et les réverbères, dont il cassait volontiers les vitres, la
nuit, après butte.
Ce charmant original est aujourd'hui préfet; la Révolution de Juillet
l'a pris au milieu des débris des réverbères et des angoisses de
l'épicerie, pour le hisser au pouvoir. Depuis deux ou trois mois, la
Haute Marne a l'honneur de couler sous son administration.
Ce n'est pas seulement aux épiciers et aux réverbères que l'illustre
administrateur en voulait dans ses jours de jeunesse et de gaieté: les
portiers aussi ont passé pas ses mains; il n'y a pas une loge où l'on ne
raconte en frissonnant l'histoire lamentable de cet infortuné portier
que notre jeune homme poursuivit pendant un an, sans trêve ni relâche,
de cette apostrophe diabolique: «Portier, je veux de tes cheveux.» Tous
les soirs, à minuit, le marteau retentissait, l'honnête portier ouvrait
avec confiance, et les terribles paroles: «Portier, je veux de tes
cheveux!» arrivaient invariablement à l'oreille de l'infortuné; il en
conçut, à la longue, un tel ennui et une telle terreur, qu'il en fit une
affreuse maladie et mourut chauve.
La malheureuse, victime a laissé deux fils, ces deux rejetons
nourrissaient, depuis leur plus tendre enfance, la pensée de venger leur
père: les haines, à ce qu'il paraît, sont héréditaires dans les familles
de portiers, comme jadis dans la maison d'Altrée et de Thyeste.
Ils attendirent que la barbe leur eut poussé, car il est difficile de
venger un père tant qu'on tette encore sa nourrice. Enfin, l'heure
fatale leur paraissant venue, l'autre jour, vers la fin de septembre
dernier, ils quittèrent Paris, l'oeil morne et la tête baissée et se
mirent en route pour le département en question.
Arrivés à Chaumont, nos deux Orestes s'inscrivirent à la préfecture,
sous un nom supposé, et demandèrent instamment que M. le préfet voulût
bien les recevoir en audience particulière: ils se donnaient pour
deux hauts fonctionnaires en mission, chargés d'un secret d'État d'où
dépendaient la prospérité et le salut de la Haute-Marne.
M. le préfet n'hésita pas un seul instant à les recevoir, et leur
expédia la lettre d'audience.--Aussitôt tous deux arrivèrent et furent
introduits par un corridor mystérieux jusqu'au cabinet du bourreau des
portiers; là, les plus savantes précautions avaient été prises, par
l'ordre du préfet lui-même, pour que rien ne transpirât au dehors de
cette importante conférence; tout importun, tout valet était éloigné et
la porte close à double tour; de toutes parts, le silence et la
solitude.
«Que me voulez-vous, messieurs?» dit le fonctionnaire de son plus
charmant sourire.--Ceux-ci, sans faire de frais d'éloquence, allèrent
droit à lui et, chacun de son côté, le saisissant par un bras, de
s'écrier d'une voix terrible; «Préfet, je veux de tes cheveux!» En même
temps, l'aîné des frères tirait de sa poche une énorme paire de ciseaux.
«Je veux de tes cheveux, préfet, je veux de tes cheveux!»
La lutte fut longue et mémorable: le préfet eut beau appeler son
secrétaire-général et sa gendarmerie; personne ne l'entendit et il
fallut céder; la chevelure tout entière tomba sous le ciseau fatal,
comme autrefois celle des rois dépossédés par quelque maire du palais.
Le lendemain, il y eut une séance du conseil-général, où le préfet, la
veille, frisé et luxuriant, parut complètement rasé.
Les deux fils satisfaits revinrent à Paris, et, à la manière des
guerriers francs, suspendirent la chevelure de leur ennemi, la chevelure
de M. le préfet, au tombeau du leur père, un elle est visible tous les
jours, depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir.
Les mânes du portier sont satisfaits.
Mais le département de la Haute-Marne ne sait que penser, voyant son
préfet tondu de si près.
Histoire de la Semaine.
Notre gouvernement vient de voir se terminer à sa satisfaction une
négociation dans laquelle notre chargé d'affaires intérimaire à
Constantinople, M. de Bourqueney, a éprouvé de la résistance et
rencontré des difficultés. Nous n'avons pas la fatuité de croire que nos
lecteurs ne savaient rien des événements de ce monde avant que nous ne
prissions à _l'Illustration_, il y a de cela huit jours, le portefeuille
des affaires étrangères et de l'intérieur. Par conséquent nous les
tenons pour précédemment instruits de l'insulte qu'avait reçue à
Jérusalem le consul français. Il a fallu, pour que M. de Bourqueney
arrivât à obtenir la satisfaction devenue indispensable, qu'il menaçât
le divan de demander ses passe-ports. Enfin, le 30 au soir, nos journaux
officiels ont pu publier la dépêche télégraphique suivante: «Le pacha de
Jérusalem est destitué; son successeur fera au consul de France une
visite officielle d'excuse. Le pavillon français sera solennellement
arboré à Beyrouth, chef-lieu du gouvernement général de la province, et
salué de vingt-un coups de canon. Tous les meneurs de l'émeute recevront
un châtiment exemplaire.» Peut-être eussions-nous dû exiger que notre
drapeau fût relevé également à Jérusalem, où l'outrage avait été commis;
mais le canon n'est pas habitué à se faire entendre à Beyrouth en faveur
de la France, et l'on aura vu là une nouveauté qui nous aura rendus
moins exigeants.--Au Sénégal, notre gouverneur, le capitaine Bonet a
également eu à obtenir satisfaction d'une tribu voisine de nos
possessions du midi de l'Afrique, et a su de son côté faire respecter le
nom français par une énergie et une détermination ferme et mesurée que
nos officiers de marine, il faut leur rendre cette justice, possèdent en
général à un degré plus éminent que beaucoup de nos diplomates.--Cette
énergie, notre gouverneur des îles Marquises, le capitaine Bruat, à été
obligé de la déployer contre une partie de l'équipage _l'Uranie_, qui le
transportait de France dans notre nouvelle colonie de l'Océan-Pacifique.
On manque encore de détails sur cette tentative de révolte, presque
inouïe dans les annales de notre marine, et sur les moyens auxquels il a
fallu recourir pour la comprimer et la punir.
La situation de l'Espagne est devenue bien plus compliquée encore depuis
huit jours. Sans nul doute, le gouvernement nouveau peut nourrir
l'espoir de venir prochainement à bout des insurrections de Barcelone et
de Sarragosse; mais l'état des esprits à Madrid, la situation de cette
capitale et les mesures extraconstitutionnelles qu'il y a prises,
compromettent sa force morale et lui aliènent bien des sympathies.
Voyant que le résultat des élections était la condamnation de la marche
suivie par lui, ce gouvernement, qui n'a renversé le régent que parce
que Espartero n'avait pas su respecter la constitution, la viole dès ses
premiers pas, avec bien moins de façons que son prédécesseur, peu
scrupuleux cependant, a toujours cru devoir en mettre pendant ses trois
années de règne. Le général Narvaez s'est présenté devant le conseil des
ministres et lui a dit: «On vient de crier à mes oreilles: Vive
Espartero! Mort à Narvaez! J'attache peu d'importance à ce dernier cri:
un militaire doit toujours être prêt à faire le sacrifice de sa vie.
Mais, après moi, ce sera votre tour; et pour empêcher qu'un état de
choses aussi menaçant se prolonge, il faut prendre une mesure
indispensable aujourd'hui: il faut mettre Madrid en état de siège.»
C'est, on le voit, le vieux moyen classique; il eût dû seulement, pour
compléter l'effet, s'être fait donner quelques coups de poignard dans
son manteau, dont il eût pu montrer les trous à Lopez et à ses
collègues. Mais il paraissait être sûr que cela était surabondant; et en
effet, on marchanda sur les termes, mais on lui accorda sans hésiter que
le gouverneur de Madrid, le général Mazaredo, réunirait à ses
attributions militaires tous les pouvoirs civils. La distinction de
cette situation, de cette concentration, avec l'état de siège nous
échappe. Ce qui n'est pas le moins affligeant dans tout ceci, c'est que
le seul ministère dans lequel l'Espagne eût, depuis longtemps, cru
pouvoir placer quelque confiance, n'a pas tardé à cesser de la
justifier, et que ce malheureux pays semble de nouveau livré aux plus
mauvaises chances de l'instabilité.--L'Angleterre paraît aussi vouloir
recourir aux mesures exceptionnelles pour le pays de Galles.
L'application de la loi martiale à ces contrées, ou Rébecca et ses
filles régnent par la destruction et l'effroi, passe pour résolue. Cette
détermination et cet état de choses sont graves. Si le constable arrive
en Angleterre à perdre son autorité, si son bâton blanc se voit destitué
de sa vertu et de sa puissance, s'il faut, pour le gouvernement,
recourir à l'armée de terre et l'élever au contingent qu'exigeront un
pareil changement et les éventualités de l'Irlande, c'est une surcharge
énorme, une dépense extraordinaire qui nécessitera de nouveaux impôts
dont le vote, si on propose de l'asseoir sur la propriété, ou la
perception, si on veut encore en surcharger les objets de consommation,
peut amener une crise profonde.--Dans le Bolonais l'agitation continue.
On a annoncé l'arrivée à Paris de deux des premiers instigateurs de ce
mouvement. Il paraît que les combattants ne sont pas déterminés à imiter
cette retraite. La cour de Rome presse l'instruction de l'affaire des
trente-cinq prisonniers détenus au fort de Saint-Leo; mais l'Autriche,
qui ne paraît pas croire qu'un exemple judiciaire puisse suffire pour
faire cesser le soulèvement, a renforcé sa garnison de Ferrare, et se
montre prête à donner un secours armé. On comprend les complications
qu'une pareille démarche amènerait nécessairement; aussi notre
ambassadeur, M. de La Tour-Maubourg, a-t-il repris précipitamment la
route de la capitale du saint-siège.
On avait tiré beaucoup de conjectures de la rencontre annoncée de
l'empereur de Russie et de M. le duc de Bordeaux à Berlin. Ce prince
n'est arrivé dans la capitale de Prusse qu'après le départ du czar.--Un
autre prétendant au trône de France, le soi-disant Charles de Bourbon,
duc de Normandie, arrêté pour dettes à Londres, a profité d'un secours
de 91 st., à lui accordé par la cour des débiteurs insolvables, à
l'effet de subvenir aux premiers frais de procédure et à déposé au
greffe sa requête pour obtenir le bénéfice de cession de biens. Voici la
traduction littérale des trois principaux articles de sa requête,
contenant l'actif qu'il abandonne à ses créanciers comme libération d'un
passif de 125,000 fr.; «1° tous mes droits et intérêts dans le château
de Saint-Cloud et dans le château de Rambouillet, situés près de Paris,
royaume de France; ensemble les divers domaines qui ont été achetés par
feu ma mère, Marie-Antoinette, reine de France, à titre de propriété
privée; 2° tous mes droits en répétition contre le gouvernement anglais
pour obtenir le remboursement de la valeur de certains vaisseaux de
guerre déposés en 1794, par les autorités de Toulon, entre les mains de
l'amiral Hood, comme fidéicommis, au profit de Louis XVII, dauphin de
France; 3° enfin _tous mes droits et intérêts au trône de France_, comme
fils légitime et héritier de Louis XVI, décédé roi de France.» Un délai
légal a été intimé aux créanciers pour déclarer s'ils refusent ces
propositions, et s'ils s'opposent à la cession de biens. On voit que si
le bottier et le tailleur du prince ne sont pas assez, mal conseillés
pour refuser une semblable proposition, ils peuvent, un de ces beaux
matins, devenir rois de la France, qui n'aura rien à dire si la cession
est en règle, si l'acte a été dûment enregistré.--Un autre prince vient
également de céder sa seigneurie. Le prince de Puckler-Muskau, qui a
publié, il y a quelques années, des _Mémoires_, des _Voyages_ et un
livre intitulé _De tout un peu_, tous traduits en français, et d'un
esprit fort peu allemand, vient de vendre à l'intendant-général de la
musique du roi de Prusse, moyennant 3 millions de thalers (environ 7
millions et demi de francs), la seigneurie de Muskau, située dans le
cercle de Rothembourg, contenant sept villages et une population
d'environ 1,800 âmes. Le prince se prépare à s'aller installer en
Italie, où il veut passer le reste de ses jours. Nous apprendrons aux
nombreux lecteurs de ses amusants ouvrages que l'étourdi a
cinquante-huit ans.
Des délires affreux et malheureusement plus authentiques que celui de la
ville de Bahia, dont nous donnons aujourd'hui une vue pour bien constater
qu'il n'y a rien de changé en elle, des inondations épouvantables ont
porté la ruine et la mort dans de riches contrées des départements de
l'Aude, de l'Hérault et des Pyrénées-Orientales. Des vignobles entiers,
des champs d'oliviers, des fermes, des habitations, des troupeaux nombreux,
des routes, des ponts, des voitures publiques, ont été emportés et
détruits. Des cimetières ont été labourés et retournés par les eaux; les
tombeaux ont été ouverts, les ossements dispersés. Le nombre des victimes
a été considérable; car dans un seul village, à la Cesse, quinze personnes
ont péri et quinze maisons ont été renversées. Les moindres ruisseaux
étaient devenus des torrents et roulaient des cadavres. Dans le nombre,
on a remarqué celui d'une jeune femme serrant encore entre ses bras le
corps inanimé de son enfant, étouffé sans doute dans une étreinte
convulsive. De Cuxac à Coursan, la rivière s'est frayé un passage sur les
deux bords par cinq brèches énormes et a changé en un lac immense la plaine
de Coursan. Du haut du pont de ce village on voyait passer au milieu des
flots des meubles, des charrettes, des bestiaux, et, chose épouvantable!
des hommes, des femmes, des enfants, entraînés sans espoir vers la mer.
Il est rare qu'au récit de ces terribles catastrophes on ne puisse ajouter
celui de quelque noble dévouement, qui soulage un peu le coeur de l'aspect
de tant de misères. A Peyriac, ce sont des gendarmes qui exposent
courageusement leur vie, au milieu de la nuit, pour sauver celle des
habitants. A Cuxac, c'est un digne curé qui, debout sur la digue, aux
endroits les plus menacés, les plus périlleux, a eu la jambe cassée en
donnant à ses paroissiens l'exemple du travail et du courage. Cette
inondation, de beaucoup plus violente que celle de 1772, la seule dont
ces populations eussent conservé un souvenir d'effroi, a également
étendu ses désastres dans la Catalogne. A Girone, qui a été
principalement maltraitée, cinquante-sept maisons ont croulé, dit
_l'Émancipation_, et deux cent cinquante cadavres ont été ensevelis sous
les décombres. Notre port le plus voisin, Port-Vendres, a également
beaucoup souffert. Tout ce qui se trouvait sur les quais de l'ancien
port a été entraîné, dans la mer, et le nouveau bassin a été comblé par
les ruines des murs renversés. Un beau trois-mâts américain s'est brisé
contre le rocher sous le fanal: l'équipage a été sauvé.--Même sort est
advenu dans la Mer Rouge au bâtiment à vapeur anglais qui apportait de
l'Inde la malle attendue au commencement de septembre. Aucun des
passagers n'a péri. Ou attend d'autant plus impatiemment la malle
d'octobre.
Les habitants de Mézières viennent de célébrer, suivant l'usage,
l'anniversaire de la levée du siège de cette ville, soutenu par le
chevalier Bayard. Cette cérémonie a toujours quelque chose de touchant.
Une petite ville conserve, après trois siècles, le souvenir d'un héros
de la vieille France, d'une des plus nobles figures de notre histoire.
Lors de notre invasion, ce souvenir, qu'elle se montra digne de
perpétuer, lui traça sa conduite, et dans ce temps, attristé par de
coupables faiblesses et de lâches trahisons, Mézières fit héroïquement
son devoir, sans faste, avec simplicité. Une armée nombreuse entourait
ses murs; il ne vint à l'idée, de personne que Mézières pût se rendre
sans résister jusqu'au bout: la garde nationale, aidée de quelques
braves douaniers, était nuit et jour sur les remparts. Les bombes
pleuvaient dans les rues étroites de cette cité; les habitants de
Saint-Julien voyaient leurs maisons brûler par ordre du gouverneur, et
personne ne songeait à capituler. Cette belle résistance donne droit aux
habitants de Mézières de fêter chaque année, religieusement et avec un
noble orgueil, le chevalier Bayard.
La société Cuviérienne, société zoologique et purement scientifique,
compte plusieurs membres dans l'Italie autrichienne. Le gouvernement de
Vienne, alarmé de voir des sociétés parisiennes étendre leurs
ramifications jusque dans les États soumis à sa domination, fit prendre
des renseignements par voie diplomatique. On s'adressa à notre ministre
des affaires étrangères, et celui-ci fit passer les interrogations au
ministre de l'intérieur, qui aussitôt envoya au siège de la société
prendre copie de ses statuts et de son programme. Sans doute ces
documents tout scientifiques transmis à Vienne auront rassuré le
gouvernement autrichien, et il laissera désormais à ses sujets la
liberté de faire partie d'une société zoologique de Paris.--Le ministre
de l'intérieur, non pas par frayeur politique, mais par curiosité
statistique fait faire en ce moment des recherches analogues et
complètes pour connaître le nombre des sociétés scientifiques et autres
qui existent à Paris. Il y a déjà constaté l'existence de cent
quarante-neuf; et il lui reste à classer un certain nombre d'autres
sociétés qui, par leur nature, se placent entre les sociétés proprement
dites et les réunions ou associations industrielles ou commerciales dont
le but n'est pas précis, et qui ne se rassemblent pas à des époques
fixes.--Un congrès agricole s'est réuni à Vannes. Il a émis, dans
l'intérêt de l'agriculture, quelques voeux plus pratiques et ayant plus
de chances de se voir accueillir que les voeux de l'union vinicole.
Toutefois, comme le congrès scientifique d'Angers, il a demandé que
l'agriculture constituât à elle seule un département ministériel. Sans
doute il faut que les affaires et les intérêts de l'agriculture soient
dirigés par des hommes qui en comprennent l'importance et qui sentent
combien il y a à faire pour réparer le mal qu'a produit le peu de
sollicitude qu'on y a apporté jusqu'ici. Mais qu'attend-on de bon de ces
subdivisions intimes? Depuis 1830 on a distrait du ministère de
l'intérieur quelques bureaux dont on a fait un ministère du commerce et
de l'agriculture; puis quelques autres qui ont constitué un ministère
des travaux publies; on voudrait aujourd'hui que le commerce formât un
département, que l'agriculture en composât un autre. Nous voyons bien
comment tous ces fractionnements surchargent le budget, multiplient la
correspondance des préfets, et retardent par conséquent l'expédition des
affaires; ce que nous concevons moins ce sont les bons résultats qu'ils
pourraient produire et que s'en promettent ceux qui en provoquent de
nouveaux.--L'Académie des Beaux-Arts a, le 30 septembre, proclamé les
prix pour le concours de peinture. Le premier grand-prix a été décerné à
M. Dannery, de Paris, âgé de vingt ans, élève de M. Delaroche; le
premier second grand-prix à M. Benonville, de Paris, âgé de vingt-deux
ans et demi, élève, de M. Picot; et le deuxième second grand-prix à M.
Gambard, de Sceaux, âgé de vingt-quatre ans, élève de M. Signol.
[Illustration: Médaille de l'École Normale, par M. Bovy.]
Nous avons dit un mot la semaine dernière des médailles frappées à
l'occasion de la loi sur les chemins de fer et des travaux de l'École
Normale. Nous dirons aujourd'hui que leur auteur, M. Bovy, vient d'être
nommé membre de la Légion-d'Honneur, distinction à laquelle tous les
artistes applaudiront. Nous avons déjà donné la gravure du premier de
ces beaux ouvrages (t. I, p. 150); nous avons également fait graver le
second, et nous pouvons le mettre aujourd'hui sous les yeux de nos
lecteurs.--Par suite de souscriptions et des derniers votes des
conseils-généraux, les statues de plusieurs hommes illustres vont
s'élever sur la place principale de la ville qui a vu naître chacun
d'eux: à Miramont (Lot-et-Garonne) sera érigée la statue de M. de
Martignac, confiée au ciseau de M. Foyatier; à Aurillac, celle de
Gerbert, archevêque de Reims, devenu pape sous le nom de Sylvestre II; à
Montdidier (Somme), celle de Parmentier, propagateur zélé de la culture
de la pomme de terre; à Avignon va être inaugurée celle du Persan auquel
le département de Vaucluse a dû l'introduction de la garance et sa
richesse; celle-ci, dont on fait particulièrement l'éloge, est l'oeuvre
de M. Brian aîné, qui vient de terminer également le modèle de la statue
de Descartes pour la ville de La Haie (Indre-et-Loire), où l'immortel
philosophe est né, et qui a pris son nom. La ville de Tours réclamait ce
monument; mais cette jolie cité n'y avait aucun droit, et d'ailleurs
elle est peu conservatrice, car elle a laissé démolir et enfouir, depuis
longtemps, dans un caveau, un monument qu'elle avait élevé, au
commencement de ce siècle, à une de ses illustrations, pour, disait
l'inscription, porter son souvenir à la postérité la plus reculée. La
ville de La Haie-Descartes fait donc sagement de ne rien lui donner à
garder.
La ville de Paris entreprend un assez grand nombre de travaux d'art et
de voirie, et va prochainement se mettre à l'oeuvre pour plusieurs
autres.--On est sur le point de démolir l'ancienne bibliothèque
Sainte-Geneviève, et d'en construire une nouvelle sur l'emplacement de
la prison Montaigu. A cet effet, ou doit élargir la place Saint-Étienne
et niveler II rue des Grès. Cet édifice coûtera deux millions. L'État
abandonne à la ville le terrain nécessaire, et celle-ci se charge
d'acquérir un emplacement sur la place du Panthéon pour y faire
construire, parallèlement à l'École de Droit, la mairie du douzième
arrondissement.--Les immenses terrains qui sont à l'entour des
Petits-Pères, et qui font partie du domaine de l'État, vont être vendus.
On se propose de percer et de construire sur ces terrains une rue qui
continuera la partie du passage des Petits-Pères donnant rue
Neuve-des-Petits-Champs, et qui ira aboutir à la place de la Bourse. La
rue Saint-Pierre-Montmartre sera élargie et continuée jusqu'à la rue
Vivienne, en face de la rue de l'Arcade-Colbert. Le passage Vivienne
viendra déboucher sur ces nouvelles rues. La mairie du troisième
arrondissement sera transférée place des Victoires, dans l'ancien hôtel
Ternaux.--On termine la sculpture des deux colonnes de la barrière du
Trône, demeurées si longtemps inachevées. Au sommet de ces deux colonnes
on a construit deux dômes qui seront couronnés des statues du Commerce
et de l'Agriculture.--On vient de commencer dans les grandes
contre-allées de l'avenue principale des Champs-Elysées, et au milieu de
ces voies, l'établissement de trottoirs en asphalte qui régneront depuis
la barrière de l'Étoile jusqu'à la _Place de la Concorde_,--Oui, cette
place, qui a successivement porté les noms de Place Louis XV, Place de
la Révolte, Place de la Concorde, Place de la Révolution, Place Louis
XVI, vient de voir placer à ses angles des plaques de lave couleur azur,
à lettres blanches, qui lui donnent définitivement ce nom de _Place de
la Concorde_. Ce n'est sans doute pas pour l'harmonie monumentale qui y
règne; car jamais emplacement n'a été le théâtre d'une plus éclatante
discorde architecturale que cette place avec son Garde-Meuble et ses
fossés Louis XV, ses lampes romaines, son obélisque égyptien, ayant pour
terminer l'horizon, au nord et au sud, des monuments grecs, la
Madelaine, la Chambre des Députés; à l'ouest, un arc romain, et à l'est
un monument de la Renaissance, le pavillon de Philibert Delorme. Mais
enfin, on a eu beau faire, l'ensemble est si vaste, et plus d'une des
parties est si belle, que la _Place de la Concorde_ pourra toujours être
montrée avec orgueil aux étrangers.--La restauration de
Saint-Germain-l'Auxerrois tire à sa fin. On vient de poser quatorze
statues dans les niches du portail et du porche intérieur. Les chapelles
de l'hémicycle du choeur, au nombre de cinq, seront bientôt ouvertes; on
vient d'ouvrir celles de Saint-Germain et des Morts. Nous reviendrons
sur l'ensemble de ce travail.--On répare en ce moment la flèche de
Saint-Germain-des-Prés, dont la charpente était vermoulue. C'est
toujours en tremblant qu'un voit les ouvriers se mettre à cette
malheureuse église. Sous la Restauration, des craintes d'écroulement ou
bien plutôt le vandalisme d'un architecte l'a fait mutiler en lui
enlevant deux de ses tours. En 1838, le comité historique des arts et
monuments déclara, dans un rapport: «qu'on cachait sous le stuc deux
chapelles de Saint-Germain-des-Prés, en attendant qu'on eût assez
d'argent pour habiller ainsi l'église entière.» Que va-t-on faire
maintenant? Du reste, les antiquaires ont l'oeil à ce travail.
[Illustration: Messager parisien.]
Paris va voir s'opérer une révolution au coin de ses rues. Ces
emplacements étaient occupés de temps immémorial par des
commissionnaires, pour la plupart originaires de Savoie, auxquels la
préfecture de police accordait des médailles. Une société vient de
s'organiser pour les remplacer par des messagers offrant au public la
garantie de l'administration qui les embrigade. Déjà le service est
organisé depuis le 1er de ce mois dans le deuxième arrondissement, et
l'on voit circuler ces nouveaux commissionnaires, revêtus d'un uniforme
se composant d'une veste et d'un pantalon couleur _fumée de Londres_,
avec passe-poils rouges, et d'une casquette ayant sur le devant un
numéro d'ordre. Leurs brancards portent cette inscription: _Messagers
parisiens_. Ils stationnent, comme leurs rivaux, aux coins des rues, aux
portes des marchands de vins et sous les portes cochères: on les
trouvera bientôt dans des bureaux désignés et rapprochés. Leur tarif est
fixe et modéré. La chronique criminelle et judiciaire est aussi pauvre
cette semaine que la précédente. Les journaux spéciaux ne nous ont
entretenus que des révélations d'un détenu qui a mis la justice à même
d'arrêter une bande de criminels, ses complices, qui s'étaient, depuis
plusieurs années, rendus coupables avec lui de meurtres commis à Paris,
dont les auteurs étaient demeurés inconnus. Cet homme, nous apprend-on,
a fait des aveux par affection pour sa nièce, qui les a exigés de lui.
Il y a quinze jours, on nous citait un domestique qui, ayant disparu
depuis six mois, de chez son maître, négociant de la rue du Sentier,
avec une somme de 500 francs qu'il lui avait soustraite, était venu
lui-même remettre l'argent dérobé et se dénoncer au commissaire de
police, déclarant que depuis sa mauvaise action le sommeil l'avait fui
et la vie lui était devenue insupportable. Pauvre nature humaine!
inexplicable mélange!--Pendant que ceux-ci entraient en prison, un
forçat trouvait moyen de sortir du bagne de Rochefort. Un monsieur et
une dame, paraissant de bonne condition, avaient été admis à visiter
l'arsenal. Ils ont été de nouveau, le lendemain, autorisés à y entrer;
mais cette fois ils n'en sont pas sortis seuls: une troisième personne
les accompagnait, en habit de ville, avec des lunettes et une
décoration. Les gardiens conviennent bien aujourd'hui que la décoration
ne leur inspirait pas grande confiance, mais les lunettes les auront
complètement rassurés. Quoi qu'il en soit, c'était le forçat, qui est
monté en chaise de poste avec ses libérateurs et qu'on n'a pas encore
repris, que nous sachions.--La poste a également été prise par des
antiquaires d'une nouvelle espèce, qui se sont rendus de divers côtés au
Glandier pour y assister à la vente des meubles et effets ayant
appartenu à madame Lafarge. Sa robe de noces a, dit-on, été adjugée
moyennant 800 francs, et une jeune Anglaise, encore à marier, a payé 50
francs le verre dans lequel l'héroïne de ces lieux donnait à boire à son
mari.
[Illustration: Vue de Bahia.]
La mort, par qui tout doit finir, même l'_histoire de la semaine_, a
enlevé madame Sirey, nièce de Mirabeau, femme du jurisconsulte, et mère
de M. Aimé Sirey, dont _l'Illustration_ a raconté la fin tragique à
Bruxelles, et madame Guadet veuve du conventionnel girondin, décédée à
Saint-Émilion dans un âge très-avancé.
Simulacre d'un Combat Naval dans la Rade de Brest.
[Illustration: Simulacre d'un combat naval dans la rade de Brest, en
présence du duc et de la duchesse de Nemours, le 30 août 1843.]
La nature a créé à Brest une admirable position maritime, l'art en a
fait un des premiers ports de la terre. Les anciens habitants de
l'Armorique, Kimris on Celtes, appelaient ce lieu _Occismor_; les
Romains lui donnèrent le nom de _Brivatis-Portus_. Ce n'était alors
qu'une pauvre bourgade de pêcheurs. Les ducs de Bretagne y
construisirent un château-fort au neuvième siècle, et dès lors elle prit
de l'importance. Le cardinal de Richelieu comprit toute la valeur
militaire de ce point avancé et s'empressa d'y élever des magasins, des
fortifications et d'y faire creuser un porté Louis XIV termina, en les
développant encore, tous les plans de Richelieu. Depuis, de nombreux
travaux sont venus s'ajouter aux travaux précédents, et qui fait de
Brest la métropole de la marine française.
La magnifique rade de Brest a quinze lieues carrées; elle offre
d'excellents mouillages et pourrait contenir tous les navires de guerre
du globe; des collines granitiques l'entourent et l'abritent
complètement; son entrée, nommée le Goulet, n'a que 1,650 mètres de
largeur; le port est formé par une baie qui s'enfonce entre deux
collines et qui a près de 4 kilomètres de longueur sur une largeur
moyenne de 60 mètres. C'est autour de ce port qu'ont été creusés les
bassins, les cales de construction et de radoub, et que sont situés les
magasins de la marine, l'arsenal et enfin la ville. De formidables
batteries défendent la rade, le port et la ville.
Le 29 août, à quatre heures de l'après-midi, le duc et la duchesse de
Nemours arrivèrent à Brest. Depuis leur entrée en Bretagne ils avaient
été escortés, de ville en ville et de village en village, par un grand
nombre d'habitants, dans leurs costumes nationaux si caractéristiques,
si bizarres, les uns à pied, d'autres montés sur les petits chevaux vifs
et ardents du pays.
Le 30, à dix heures du matin, le duc de Nemours s'embarqua sur le bateau
à vapeur _le Fulton_ et sortit du port. Les batteries de terre saluèrent
le prince, tous les navires de la rade se pavoisèrent aussitôt; les
vergues et les haubans se chargèrent de matelots; _le Fulton_ passa au
milieu d'eux, recevant les saluts de l'artillerie, les _vivat_ des
équipages, et se dirigea vers le Goulet. Après une bordée de plusieurs
heures en dehors de la rade, vers l'île d'Ouessant, _le Fulton_ rentra
et le prince monta sur _le Suffren_, où la duchesse de Nemours venait
d'arriver. Le contre-amiral Casy avait son pavillon à bord de ce
vaisseau; son escadre était composée du _Friedland_, vaisseau à trois
ponts; du _Scipion_, de 80; du brick de guerre _le Voltigeur_ et de
plusieurs bateaux à vapeur; il y avait de plus, en rade, le
vaisseau-école et plusieurs corvettes destinées à l'instruction des
élèves de marine et des mousses.
Peu après l'arrivée du prince, à un signal fait à bord du _Suffren_, les
embarcations des trois vaisseaux de ligne se détachent et se dirigent
sur le brick _le Voltigeur_, à l'ancre sur un autre point de la rade.
Ces onze chaloupes se divisent en deux flottilles; l'une d'elles,
conduite par la grande chaloupe du _Friedland_, armée d'une caronade et
montée par quarante-cinq hommes, se porte sur l'arrière du brick pour
éviter le feu de sa batterie; l'autre flottille, guidée par la chaloupe
du _Scipion_, s'avance vers l'avant du _Voltigeur_. A l'approche de ces
embarcations, le brick fait branle-bas de combat, hisse ses filets
d'abordage et ouvre le feu avec ses pièces de l'avant et de l'arriére.
Les chaloupes approchent toujours et répondent au feu du brick. A une
portée de fusil, le feu de la mousqueterie se mêle à celui du canon; les
gabiers des hunes lancent du brick des grenades sur les assaillants; le
combat redouble de vivacité, la fumée cache _le Voltigeur_ aux autres
navires de la rade. On devait aller jusqu'à l'abordage, mais l'animation
des hommes, qui commençaient à prendre ce jeu au sérieux, fit juger
prudent de s'abstenir du combat corps à corps; les chaloupes reçurent
l'ordre de virer de bord et de regagner leurs vaisseaux.
Après quelques instants de repos, la fumée s'étant dissipée et les
chaloupes ayant rejoint leurs navires respectifs, l'équipage du
_Suffren_ exécuta rapidement le branle-bas de combat. Ce mouvement
terminé, tous les officiers et marins étant à leur poste, dans les
batteries et dans les hunes, le porte-voix du commandant fit entendre
l'ordre du combat; le sifflet aigu du maître d'équipage répéta le
signal, et les batteries de tribord et de bâbord commencèrent leur feu.
Après plusieurs décharges, la cloche se fit entendre et l'équipage se
prépara à repousser l'abordage d'un vaisseau ennemi; les marins
s'élancèrent dans les haubans, sur les bastingages, sur la dunette, et
exécutèrent un feu nourri de mousqueterie; la corvette des élèves de
deuxième année passait alors sous toutes voiles à portée de pistolet du
_Suffren_.
Après ces divers exercices, à trois heures de l'après-midi, le duc et la
duchesse de Nemours débarquèrent, visitèrent le château et sa salle
d'armes si riche et si belle; ils se rendirent ensuite au cours d'Ajot,
d'où ils eurent la vue d'une joute entre les chaloupes des navires de
guerre. La beauté du temps, le calme de la mer ajoutèrent encore à
l'intérêt qu'offrait cette scène.
Le 31, le duc de Nemours visita le port et les établissements de la
marine, il visita _le Valmy_, vaisseau de trois ponts en construction.
Le soir, un bal de 3,000 personnes eut lieu dans une salle immense. Les
villages voisins y avaient envoyé des danseurs et des danseuses en
costumes du pays, avec leurs bannières et leurs musiciens; cette variété
d'habillements et l'exécution de danses nationales donnèrent à cette
réunion une physionomie particulière.
Le 1er septembre, après la visite des fortifications et la revue des
troupes, le prince assista, du cours d'Ajot à un simulacre de
débarquement; le soir, il eut, du même lieu, le spectacle curieux d'un
combat naval de nuit. Cette scène termina la série de ces exercices
militaires, qui ont donné à tous les spectateurs une haute idée de ce
qui pourrait faire notre marine en cas de guerre.