Paris, le 19 ventôse an XII (10 mars 1804)

Vous voudrez bien, citoyen général, donner ordre au général Ordener, que

je mets à cet effet à votre disposition, de se rendre dans la nuit en

poste à Strasbourg. Il voyagera sous un autre nom que le sien; il verra

le général de la division.

Le but de sa mission est de se porter sur Ettenheim, de cerner la ville,

d'y enlever le duc d'Enghien, Dumouriez, un colonel anglais et tout

autre individu qui serait à leur suite. Le général de la division, le

maréchal-des-logis de gendarmerie qui a été reconnaître Ettenheim, ainsi

que le commissaire de police, lui donneront tous les renseignemens

nécessaires.

Vous ordonnerez au général Ordener de faire partir de Schelestadt trois

cents hommes du 26e de dragons, qui se rendront à Rheinau, où ils

arriveront à huit heures du soir.

Le commandant de la division enverra quinze pontonniers à Rheinau, qui

arriveront également à huit heures du soir, et qui, à cet effet,

partiront en poste ou sur les chevaux de l'artillerie légère.

Indépendamment du bac, il se sera déjà assuré qu'il y ait là quatre ou

cinq grands bateaux, de manière à pouvoir faire passer d'un seul voyage

trois cents chevaux.

Les troupes prendront du pain pour quatre jours et se muniront de

cartouches. Le général de la division y joindra un capitaine ou un

officier, et un lieutenant de gendarmerie, et trois ou quatre

(trentaines) brigades de gendarmerie.

Dès que le général Ordener aura passé le Rhin, il se dirigera droit à

Ettenheim, marchera droit à la maison du duc et à celle de Dumouriez;

après cette expédition terminée, il fera son retour sur Strasbourg.

En passant à Lunéville, le général Ordener donnera ordre que l'officier

des carabiniers qui a commandé le dépôt à Ettenheim se rende à

Strasbourg en poste, pour y attendre ses ordres.

Le général Ordener, arrivé à Strasbourg, fera partir bien secrètement

deux agens, soit civils, soit militaires, et s'entendra avec eux pour

qu'ils viennent à sa rencontre.

Vous donnerez ordre pour que, le même jour et à la même heure, deux

cents hommes du 26e de dragons, sous les ordres du général Caulaincourt

(auquel vous donnerez des ordres en conséquence), se rendent à

Offembourg, pour y cerner la ville et arrêter la baronne de Reich, si

elle n'a pas été prise à Strasbourg, et autres agens du gouvernement

anglais, dont le préfet et le citoyen Méhée, actuellement à Strasbourg,

lui donneront les renseignemens.

D'Offembourg, le général Caulaincourt dirigera des patrouilles sur

Ettenheim, jusqu'à ce qu'il ait appris que le général Ordener a réussi.

Ils se prêteront des secours mutuels.

Dans le même temps, le général de la division fera passer trois cents

hommes de cavalerie à Kelh, avec quatre pièces d'artillerie légère, et

enverra un poste de cavalerie légère à Wilstadt, point intermédiaire

entre les deux routes.

Les deux généraux auront soin que la plus grande discipline règne, que

les troupes n'exigent rien des habitans; vous leur ferez donner à cet

effet douze mille francs.

S'il arrivait qu'il ne pussent pas remplir leur mission, et qu'ils

eussent l'espoir, en séjournant trois ou quatre jours et en faisant des

patrouilles, de réussir, ils sont autorisés à le faire.

Ils feront connaître aux baillis des deux villes, que, s'ils continuent

de donner asile aux ennemis de la France, ils s'attireront de grands

malheurs.

Vous ordonnerez que le commandant de Neuf-Brissac fasse passer cent

hommes sur la rive droite avec deux pièces de canon.

Les postes de Kelh, ainsi que ceux de la rive droite, seront évacués dès

l'instant que les deux détachemens auront fait leur retour.

Le général Caulaincourt aura avec lui une trentaine de gendarmes; du

reste, le général Caulaincourt, le général Ordener et le général de la

division tiendront un conseil, et feront les changemens qu'ils croiront

convenables aux présentes dispositions.

S'il arrivait qu'il n'y eût plus à Ettenheim, ni Dumouriez, ni le duc

d'Enghien, on rendrait compte par un courrier extraordinaire de l'état

des choses.

Vous ordonnerez de faire arrêter le maître de poste de Kelh et autres

individus qui pourraient donner des renseignemens sur cela.

_Signé_, BONAPARTE.

§ II.

Ordre du ministre de la guerre au général Ordener[64].

Paris, le 20 ventôse an XII (mars 1804).

En conséquence des dispositions du gouvernement qui met le général

Ordener à celle du ministre de la guerre, il lui est ordonné de partir

de Paris en poste aussitôt après la réception du présent ordre, pour se

rendre le plus rapidement possible, et sans s'arrêter un instant, à

Strasbourg. Il voyagera sous un autre nom que le sien. Arrivé à

Strasbourg, il verra le général de la division. _Le but de la mission

est de se porter sur Ettenheim, de cerner la ville, d'y enlever le duc

d'Enghien, Dumouriez_, un colonel anglais, et tout autre individu qui

serait à leur suite. Le général commandant la 5e division, le

maréchal-des-logis qui a été reconnaître Ettenheim, ainsi que le

commissaire de police, lui donneront tous les renseignemens nécessaires.

Le général Ordener donnera ordre de faire partir de Schelestadt trois

cents hommes du 26e de dragons, qui se rendront à Rheinau, où ils

arriveront à huit heures du soir. Le commandant de la 5e division

enverra quinze pontonniers à Rheinau, qui y arriveront également à huit

heures du soir, et qui, à cet effet, partiront en poste sur les chevaux

d'artillerie légère. Indépendamment du bac, il se sera assuré qu'il y

ait là quatre ou cinq grands bateaux, de manière à pouvoir passer d'un

seul voyage trois cents chevaux. Les troupes prendront du pain pour

quatre jours, et se muniront d'une quantité de cartouches suffisante. Le

général de la division y joindra un capitaine, un lieutenant de

gendarmerie et une trentaine de gendarmes. Dès que le général Ordener

aura passé le Rhin, _il se dirigera droit à Ettenheim, marchera droit à

la maison du duc d'Enghien_ et à celle de _Dumouriez_. Après cette

expédition terminée, il fera son retour sur Strasbourg. En passant à

Lunéville, le général Ordener donnera ordre que l'officier de

carabiniers qui aura commandé le dépôt à Ettenheim se rende à Strasbourg

en poste pour y attendre ses ordres. Le général Ordener, arrivé à

Strasbourg, fera partir bien secrètement deux agens, soit civils, soit

militaires, et s'entendra avec eux pour qu'ils viennent à sa rencontre.

Le général Ordener est prévenu que le général Caulaincourt doit partir

avec lui pour agir de son côté. Le général Ordener aura soin que la plus

grande discipline règne, que les troupes n'exigent rien des habitans.

S'il arrivait que le général Ordener ne pût pas remplir sa mission, et

qu'il eût l'espoir, en séjournant trois ou quatre jours, et en faisant

faire des patrouilles, de réussir, il est autorisé à le faire. Il fera

connaître au bailli de la ville que, s'il continue à donner asile aux

ennemis de la France, il s'attirera de grands malheurs. Il donnera

l'ordre au commandant de Neuf-Brissac de faire passer cent hommes sur la

rive droite du Rhin avec deux pièces de canon. Les postes de Kelh, ainsi

que ceux de la rive droite, seront évacués aussitôt que les deux

détachemens auront fait leur retour.

Le général Ordener, le général Caulaincourt, le général commandant la 5e

division, tiendront conseil, et feront les changemens qu'ils croiront

convenables aux présentes dispositions. S'il arrivait qu'il n'y eût plus

à Ettenheim, ni Dumouriez, ni le duc d'Enghien, le général Ordener me

rendra compte par un courrier extraordinaire de l'état des choses, et il

attendra de nouveaux ordres. Le général Ordener requerra le commandant

de la 5e division de faire arrêter le maître de poste de Kelh, et les

autres individus qui pourraient donner des renseignemens.

Je remets au général Ordener une somme de douze mille francs pour lui et

le général Caulaincourt. Vous demanderez au général commandant la 5e

division militaire, que, dans le temps où vous et le général

Caulaincourt ferez votre expédition, il fasse passer trois cents hommes

de cavalerie à Kelh avec quatre pièces d'artillerie légère. Il enverra

aussi un poste de cavalerie légère à Wilstadt, point intermédiaire entre

les deux routes.

_Signé_, Alex. BERTHIER.

§ III.

Liberté.--Égalité.

Extrait des registres des délibérations des consuls de la

république.

Paris, le 29 ventôse l'an XII de la république une et indivisible.

Le gouvernement de la république arrête ce qui suit:

ARTICLE Ier. Le ci-devant duc d'Enghien, prévenu d'avoir porté les armes

contre la république, d'avoir été et d'être encore à la solde de

l'Angleterre, de faire partie des complots tramés par cette dernière

puissance contre la sûreté intérieure et extérieure de la république,

sera traduit à une commission militaire, composée de sept membres nommés

par le général gouverneur de Paris, et qui se réunira à Vincennes.

ART. II. Le grand-juge, le ministre de la guerre et le général

gouverneur de Paris sont chargés de l'exécution du présent arrêté.

Le premier consul, _signé_, BONAPARTE.

Par le premier consul, _signé_, HUGUES MARET.

Pour copie conforme,

Le général en chef, gouverneur de Paris.

_Signé_, MURAT.

§ IV.

Nomination des membres de la commission militaire.

_Au gouvernement de Paris, le 29 ventôse an XII de la république._

Le général en chef, gouverneur de Paris,

En exécution de l'arrêté du gouvernement, en date de ce jour, portant

que le ci-devant duc d'Enghien sera traduit devant une commission

militaire composée de sept membres, nommés par le général gouverneur de

Paris, a nommé et nomme, pour former ladite commission, les sept

militaires dont les noms suivent:

Le général Hullin, commandant les grenadiers à pied de la garde des

consuls, président;

Le colonel Guitton, commandant le premier régiment de cuirassiers;

Le colonel Bazancourt, commandant le quatrième régiment d'infanterie

légère;

Le colonel Ravier, commandant le dix-huitième régiment d'infanterie de

ligne;

Le colonel Barrois, commandant le quatre-vingt-seizième de ligne;

Le colonel Rabbe, commandant le deuxième régiment de la garde municipale

de Paris;

Le citoyen Dautancourt, major de la gendarmerie d'élite, qui remplira

les fonctions de capitaine-rapporteur.

Cette commission se réunira sur-le-champ au château de Vincennes, pour y

juger, sans désemparer, le prévenu, sur les charges énoncées dans

l'arrêté du gouvernement, dont copie sera remise au président.

Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon, Tome 2 · 第 38 / 47 题