Il y a des hommes en liberté! J'entends que l'on parle. C'est un
monologue, mais un monologue dans un village mort semble une grande
conversation. Je me hâte vers la voix et tombe sur le marché couvert.
Un seul homme parle, mais une douzaine sont étendus et dorment. Ils
doivent avoir perdu le sens de l'odorat, sinon ils coucheraient
ailleurs. Pour mon compte, je préférerais passer la nuit à cheval sur
le coq de l'église qu'au milieu de poissons crevés. Ces misérables
dorment littéralement et au figuré dans un tonneau d'huile de foie de
morue.
L'homme parleur dit et redit:
--Voilà la justice de la République!
Ils sont pieds nus, sans chemise. Ce sont des blancs comme moi, et, sur
leur peau, on voit des plaies.
Comme je continue ma route, l'homme crie plus fort:
--Et voilà la justice de la République!
Ce sont des forçats qui ont fini leur peine.
J'ai enfin trouvé une baraque ouverte. Il y a là-dedans un blanc, deux
noirs et l'une de ces négresses pour qui l'on sent de suite que l'on ne
fera pas de folie. La pièce suinte le tafia. Je demande:
--Où couche-t-on dans ce pays?