Départ de Joseph Rouletabille pour la Russie

et, au-dessous:

Le tsar le réclame!

Je passai le journal à Rouletabille qui haussa les épaules, et fit:

«Bah!… Sans me demander mon avis!… Qu’est-ce que monsieur mon directeur

veut que j’aille faire là-bas?… Il ne m’intéresse pas, moi, le tsar…

avec les révolutionnaires… c’est son affaire!… ce n’est pas la mienne!…

En Russie?… je vais demander un congé, oui!… j’ai besoin de me reposer,

moi!… Sainclair, mon ami, voulez-vous?… Nous irons nous reposer

ensemble quelque part!…

— Non! Non! m’écriai-je avec une certaine précipitation, je vous

remercie!… j’en ai assez de me reposer avec vous!… j’ai une envie folle

de travailler…

— Comme vous voudrez, mon ami! Moi, je ne force pas les gens…»

Et, comme nous approchions de Paris, il fit un brin de toilette, vida

ses poches et fut surpris tout à coup de trouver dans l’une d’elles une

enveloppe toute rouge qui était venue là sans qu’il pût s’expliquer

comment.

«Ah! bah!» fit-il, et il la décacheta.

Et il partit d’un vaste éclat de rire. Je retrouvais mon gai

Rouletabille, je voulus connaître la cause de cette merveilleuse

hilarité.

«Mais je pars! mon vieux! me fit-il. Mais je pars!… Ah! du moment que

c’est comme ça!… Je pars!… Je prends le train, ce soir…

— Pour où?…

— Pour Saint-Pétersbourg!…»

Et il me tendit la lettre où je lus:

«Nous savons, monsieur, que votre journal a décidé de vous envoyer en

Russie, à la suite des incidents qui bouleversent en ce moment la cour

de Tsarkoïé-Selo… Nous sommes obligés de vous avertir que vous

n’arriverez pas à Pétersbourg vivant.

«Signé: LE COMITÉ CENTRAL RÉVOLUTIONNAIRE.»

Je regardais Rouletabille dont la joie débordait de plus en plus: «Le

prince Galitch était à la gare,» fis-je simplement.

Il me comprit, haussa les épaules avec indifférence, et repartit:

«Ah! bien, mon vieux! on va s’amuser!»

Et c’est tout ce que je pus en tirer malgré mes protestations. Le soir,

quand, à la gare du Nord, je le serrai dans mes bras en le suppliant de

ne point nous quitter et en pleurant mes larmes désespérées d’ami… Il

riait encore, il répétait encore: «Ah! bien, on va s’amuser!…»

Et ce fut son dernier salut.

Le lendemain, je repris le cours de mes affaires au Palais. Les

premiers confrères que je rencontrai furent maîtres Henri Robert et

André Hesse.

«Tu as pris de bonnes vacances? me demandèrent-ils.

— Ah! excellentes!» répondis-je.

Mais j’avais si mauvaise mine qu’ils m’entraînèrent tous deux à la

buvette.

Le parfum de la dame en noir · 第 29 / 30 题