Il s’assit sur une vieille pierre écroulée de la chapelle et dit
encore, se parlant à lui-même: «Mais je l’arracherai de ces murs… je ne
peux plus la voir errer ici au bras de son père… comme si je n’existais
pas!…»
Et, pendant qu’il disait ces choses, je revoyais la double et
lamentable silhouette du père et de la fille, passant et repassant, à
l’heure du crépuscule, dans l’ombre colossale de la Tour du Nord,
allongée par les feux du soir, et j’imaginais qu’ils ne devaient pas
être plus écrasés sous les coups du ciel, cet Oedipe et cette Antigone
qu’on nous représente dès notre plus jeune âge traînant, sous les murs
de Colone, le poids d’une surhumaine infortune.
Et puis tout à coup, sans que je pusse en démêler la raison, peut-être
à cause d’un geste de Darzac, l’affreuse pensée me ressaisit… et je
demandai à brûle-pourpoint:
«Comment se fait-il que le sac était vide?»
Je constatai qu’il ne se troubla point. Il me répondit simplement:
«Rouletabille nous le dira peut-être…» Puis il me serra la main et
s’enfonça, pensif, dans les massifs de la baille.