Qui contient quelques détails
vraiment intéressants pour les
habitants du sphéroïde terrestre.
Ainsi, le gouvernement de Washington savait maintenant en quel endroit allait
opérer Barbicane and Co. Douter de l’authenticité de cette dépêche, on ne le
pouvait. Le consul de Zanzibar était un agent trop sûr pour que son information
ne dût être acceptée que sous réserve. Elle fut confirmée d’ailleurs par des
télégrammes subséquents. C’était bien au centre de la région du Kilimandjaro,
dans le Wamasai africain, à une centaine de lieues à l’ouest du littoral, un
peu au-dessous de la ligne équatoriale, que les ingénieurs de la _North Polar
Practical Association_ étaient sur le point d’achever leurs gigantesques
travaux.
Comment avaient-ils pu s’installer secrètement en cette contrée, au pied de la
célèbre montagne, reconnue en 1849 par les docteurs Rebviani et Krapf, puis
ascensionnée par les voyageurs Otto Ehlers et Abbot? Comment avaient-ils pu y
établir leurs ateliers, y créer une fonderie, y réunir un personnel suffisant?
Par quels moyens étaient-ils parvenus à se mettre en rapport avec les
dangereuses tribus du pays et leurs souverains non moins astucieux que cruels?
Cela, on ne le savait pas. Et peut-être ne le saurait-on jamais, puisqu’il ne
restait que quelques jours à courir avant cette date du 22 septembre.
Aussi, lorsque J.-T. Maston eut appris de Mrs Evangélina Scorbitt que le
mystère du Kilimandjaro venait d’être dévoilé par une dépêche expédiée de
Zanzibar :
« Pchutt!… fit-il, en traçant dans l’espace un mirifique zigzag avec son
crochet de fer. On ne voyage encore ni par le télégraphe ni par le téléphone,
et dans six jours… patarapatanboumboum!… l’affaire sera dans le sac! »
Et quiconque eût entendu le secrétaire du Gun-Club lancer cette onomatopée
retentissante, qui éclata comme un coup de Columbiad, se serait vraiment
émerveillé de ce qui reste parfois d’énergie vitale dans ces vieux artilleurs.
Évidemment J.-T. Maston avait raison. Le temps nécessaire manquait pour que
l’on pût envoyer des agents jusqu’au Wamasai, avec mission d’arrêter le
président Barbicane. En admettant que ces agents, partis de l’Algérie ou de
l’Égypte, même d’Aden, de Massouah, de Madagascar ou de Zanzibar, eussent pu
rapidement se transporter sur la côte, il aurait fallu compter avec les
difficultés inhérentes au pays, les retards occasionnés par les obstacles d’un
cheminement à travers cette région montagneuse, et aussi peut-être la
résistance d’un personnel soutenu, sans doute, par les volontés intéressées
d’un sultan aussi autoritaire que nègre.
Il fallait donc renoncer à tout espoir d’empêcher l’opération en arrêtant
l’opérateur.
Mais, si cela était impossible, rien n’était plus aisé, maintenant, que d’en
déduire les rigoureuses conséquences, puisque l’on connaissait la situation
exacte du point de tir.
Pure affaire de calcul, calcul assez compliqué évidemment, mais qui n’était
point au-dessus des capacités des algébristes en particulier et des
mathématiciens en général.
Comme la dépêche du consul de Zanzibar était arrivée directement à l’adresse du
ministre d’État à Washington, le gouvernement fédéral la tint d’abord secrète.
Il voulait en même temps qu’il la répandrait pouvoir indiquer quels
seraient les résultats du déplacement de l’axe au point de vue de la
dénivellation des mers. Les habitants du globe apprendraient en même temps quel
sort leur était réservé, suivant qu’ils occupaient tel ou tel segment du
sphéroïde terrestre.
Et que l’on juge s’ils attendaient avec impatience de savoir à quoi s’en tenir
sur cette éventualité!
Dès le 14 septembre, la dépêche fut expédiée au bureau des Longitudes de
Washington, avec mission d’en déduire les conséquences finales, au point de vue
balistique et géographique. Dès le surlendemain, la situation était nettement
établie. Ce travail fut aussitôt porté, par les fils sous-marins, à la
connaissance des Puissances du Nouveau et de l’Ancien Continent. Après avoir
été reproduit par des milliers de journaux, il fut hurlé dans les grandes cités
sous les titres les plus à effet par tous les camelots des deux Mondes.
« Que va-t-il arriver? »
C’était la question qui se posait en toutes langues en n’importe quel point du
globe.
Et voici ce qui fut répondu sous la garantie du bureau des Longitudes.