--Seigneur, lui dit-il, depuis mon enfance, j'ai été élevé par mon

oncle, qui, sans être arrêté par mon peu de mérite, m'a promis de me

donner sa fille en mariage. L'empereur m'a accordé la faveur de

retourner dans mon pays natal, pour accomplir cette union, qui est

l'objet de tous mes voeux. Au moment où vous êtes entré, je m'inquiétais

de n'avoir personne qui pût se charger de la demander en mariage pour

moi; j'ose espérer que vous voudrez bien me rendre ce précieux service.

--Illustre docteur, lui répondit-il, puisque tel est votre noble désir,

je suis prêt à vous prouver tout mon dévouement.»

Aussitôt il alla trouver Kong-fou, et lui fit connaître l'objet de son

message.

Kong-fou donna avec joie son consentement, et il fixa l'époque du

mariage au quinzième jour de la huitième lune.

Quand le gouverneur vint rendre réponse au docteur, celui-ci le retint,

et lui offrit une collation. Après le repas, le magistrat lui fit ses

adieux.

Aussitôt que le jour du mariage fut arrivé, ses parents, ses amis, et

tous les fonctionnaires publics, vinrent lui offrir leurs félicitations.

Ils remplirent toute sa maison de fleurs d'or, et de riches présents.

Le docteur mit un bonnet de crêpe noir, et se revêtit d'un manteau d'un

rouge éclatant. Il enlaça des fleurs d'or dans ses cheveux et s'avança à

cheval au milieu d'une foule de musiciens, dont les accords bruyants

retentissaient jusqu'au ciel. Le gouverneur de la ville mit ses habits

de cérémonie, et vint se joindre à son cortége.

De son côté Pi-liên se para de ses plus riches atours, où étincelaient

l'or et les pierres précieuses. En voyant l'éclat de sa toilette, et les

agréments répandus sur toute sa personne, on l'eût prise pour une jeune

immortelle. Kong-fou et Hiu-chi mirent aussi leurs vêtements de fête en

attendant le nouvel époux.

Bientôt le docteur arriva. Ils le saluèrent, et le conduisirent dans

leur maison. Après avoir adoré le ciel et la terre, et s'être prosterné

ensuite devant les tablettes de son père et de sa mère, il entra avec

son épouse dans la chambre parfumée.[70]

On avait servi, dans un salon voisin, un repas magnifique pour traiter

le gouverneur, ainsi que les parents et les amis qui étaient venus

assister à cette solennité. Les convives burent jusqu'au milieu de la

nuit, et se retirèrent chacun de leur côté.

Nous ne parlerons pas des marques d'amour que se donnèrent les deux

jeunes époux; nos expressions ne sauraient dépeindre leurs transports

et leur bonheur. Il est inutile de rappeler aussi les visites et les

félicitations qu'ils reçurent encore le lendemain de leurs parents et de

leurs amis.

Au bout d'un mois accompli, le docteur alla saluer son beau-père et sa

belle-mère, et les invita à venir demeurer dans sa maison et partager

ses honneurs et sa fortune. Dès que le congé que lui avait accordé

l'empereur fut expiré, il se disposa à retourner dans la capitale. Il

choisit un jour heureux dans le calendrier, et emmena avec lui son

beau-père et sa belle-mère. Comme il passait par la ville de Sou-tcheou,

il alla seul rendre visite à M. Wou, afin de le remercier de ses

bienfaits. Dès qu'il fut arrivé à la capitale, et qu'il eut salué

l'empereur, il se rendit au collége des Hân-lin pour s'acquitter des

fonctions qui lui avaient été conférées. Dans la suite il fut élevé aux

charges les plus éminentes, et après les avoir honorablement remplies,

il revint comblé de gloire dans la ville de Tsiên-tang.

Pi-liên eut deux fils. Le docteur voulut que son beau-père adoptât le

second, afin qu'il lui donnât des héritiers. Kong-fou et Hiu-chi

parvinrent, sans aucune infirmité, à la vieillesse la plus avancée. Le

docteur et sa femme eurent le même bonheur, et quittèrent doucement la

vie.

Il eut de nombreux descendants, qui s'élevèrent tous aux premières

dignités de l'État, et perpétuèrent sans interruption la gloire qu'il

leur avait léguée. C'est ainsi que le ciel récompensa sa droiture et

sa piété filiale.

FIN.

NOTES:

[49] Cette expression désigne ici l'appartement de l'empereur.

[50] Hân-wen.

[51] Le troisième degré littéraire, qui répond au doctorat.

[52] En chinois _san-tchang_. Ce sont trois dissertations ou

amplifications, faites sur des thèmes donnés par le président du

concours. Le premier est tiré des quatre livres classiques, et le

second, des cinq livres canoniques; le troisième se compose de questions

relatives à l'histoire ou à l'économie politique.

[53] Les inspecteurs, les huissiers, etc.

[54] C'est-à-dire l'examen du palais.

[55] L'empereur examine lui-même les compositions des dix premiers

docteurs, et en choisit trois dont le premier reçoit le titre de

_tchoang-youân_ (c'est-à-dire celui dont la tête est ornée de fleurs),

le second le titre de _pang-yân_, et le troisième le titre de _tân-hoa_,

c'est-à-dire _le chercheur de fleurs_, parce qu'il est obligé de

demander des fleurs aux deux premiers docteurs.

[56] L'empereur permet aux trois premiers docteurs de porter une fleur

d'or à chaque côté de leur bonnet, et de se promener à cheval dans la

ville avec un nombreux cortége, pendant les trois premiers jours qui

suivent leur promotion. Ce sont de véritables jours de fête pour les

nouveaux docteurs, ainsi que pour tous leurs parents et leurs amis.

[57] Du premier des docteurs.

[58] Nom donné à plusieurs membres du collége impérial des Hân-lîn, qui

sont spécialement chargés de composer l'histoire nationale.

[59] C'est-à-dire la table de l'empereur.

[60] Charge littéraire dans le palais de l'empereur.

[61] Ce titre signifie littéralement: dame renommée par sa vertu et sa

justice, et élevée au rang des dieux.

[62] C'est-à-dire, homme célèbre par sa droiture et sa justice.

[63] C'est-à-dire, dame sage et vertueuse, élevée au cinquième degré de

noblesse.

[64] Le premier sur la liste des Licenciés.

[65] Voyez plus haut, pag. 299, note.

[66] La liste des docteurs.

[67] Le premier des docteurs.

[68] Environ 180 francs de notre monnaie.

[69] Nom de leur fille, qui doit épouser Mong-kiao.

[70] La chambre nuptiale.

Correction:

La première ligne indique l'original, la seconde la correction:

Note 12:

Voy. aussi Morrison, _Wiew of China_,

Voy. aussi Morrison, _View of China_,

Page 22:

je je ne leur ai offert aucun sacrifice

je ne leur ai offert aucun sacrifice

Blanche et Bleue ou les deux couleuvres-fées, roman chinois · 第 13 / 13 段