La polygamie, outre son influence indirecte, en a une directe sur le

dimorphisme, par l'internement des femmes. Soustraite à la vie active,

au monde extérieur, à l'air même et à la lumière, la femelle du mâle

humain polygame devient plus blanche, quelle que soit sa couleur

initiale, plus grasse, plus lourde, plus bête aussi et plus adonnée

à toutes les variétés de l'onanisme. Chez les musulmans de l'Inde,

l'homme et la femme semblent appartenir à deux espèces différentes,

tant l'homme est bronzé, tant la femme est décolorée. Les prostituées

cloîtrées de l'Occident se décolorent aussi, et l'on reconnaîtrait

difficilement les deux sœurs en cette fille molle et blafarde, en cette

vachère dure et rouge. La liberté de la femme augmente également son

dimorphisme, mais par un autre procédé. Livrée sans frein au besoin,

à la nécessité de plaire, la femme échappée au couple exagère son

féminisme, redevient femelle à l'excès, puisque c'est en étant le

plus femelle qu'elle acquiert le plus de chances de séduire le mâle,

insensible à tout autre mérite. Et, à l'inverse, une femme d'éducation

masculine est, à égale beauté, moins que toute autre séductrice.

Donc, en même temps que la désagrégation du couple augmente le

dimorphisme féminin, la diminution du dimorphisme normal rend plus

malaisée ou plus précaire la transformation du couple. Le couple humain

est une harmonie difficile à réaliser, très facile à détruire, mais

à mesure qu'on le détruit on libère les éléments qui le reformeront

nécessairement.

(On reviendra plus loin sur la polygamie humaine et animale; mais il

fallait examiner ses rapports avec le dimorphisme. Toutes les questions

traitées dans ce livre sont d'ailleurs tellement enchevêtrées qu'il

sera difficile d'empêcher que l'une ou l'autre ne surgisse à propos

de n'importe laquelle. Si la méthode est moins nette, elle paraîtra

du moins plus loyale. Loin de vouloir mettre de la logique humaine

dans la nature, on s'applique ici à introduire dans la vieille logique

classique un peu de logique naturelle.)

Le seul but du couple est d'affranchir la femelle de tout souci qui

n'est pas purement sexuel, de lui permettre un accomplissement plus

parfait de sa fonction la plus importante. Le couple favorise donc là

femelle, mais il favorise aussi la race. Il est pleinement bienfaisant

quand la femme a acquis le droit à l'oisiveté maternelle. Il y a un

autre motif de croire à la légitimité d'une telle répartition de la

besogne utile entre les deux membres du couple, c'est que les travaux

masculins diminuent sa féminité, cependant que les travaux féminins

féminisent les mâles. Pour que le dimorphisme moyen et nécessaire

persistât, il faudrait, si la femme s'adonne aux exercices de l'homme,

que l'homme assumât toutes les besognes accessoires de la maternité.

Cela ne serait pas contraire à la souple logique naturelle: il y en a

des exemples chez les batraciens et chez les oiseaux. Mais on ne voit

pas bien ni l'utilité ni la possibilité d'un tel renversement des rôles

dans l'espèce humaine. Le devoir d'un être est de persévérer dans son

être et même d'augmenter les caractères qui le spécialisent. Le devoir

de la femme est de garder et d'accentuer son dimorphisme esthétique et

son dimorphisme psychologique.

Le point de vue esthétique oblige à poser pour la millième fois,

mais non à la résoudre, heureusement, cette question agréable de la

beauté de la femme. On peut juger quand il s'agit de taille, d'énergie

musculaire, d'ampleur respiratoire: cela se mesure et cela s'écrit

avec des chiffres. Quand il s'agit de beauté, il s'agit de sentiment,

c'est-à-dire de ce qu'il y a de plus profond à la fois et de plus

personnel en chacun de nous, et de plus variable d'un homme à un autre.

Cependant, l'élément sexuel qui entre dans l'idée de beauté étant ici

à sa racine même, puisqu'il s'agit de la femme, l'opinion des hommes

est quasi unanime: dans le couple humain, c'est la femme qui représente

la beauté. Toute opinion divergente sera éternellement tenue pour

un paradoxe ou pour le produit de la plus fâcheuse des aberrations

sexuelles. Un sentiment ne donne pas ses raisons; il n'en a pas. Il

faut lui en prêter. La supériorité de la beauté féminine est réelle;

elle a une cause unique: l'unité de ligne. Ce qui rend la femme plus

belle, c'est l'invisibilité de ses organes génitaux. Le sexe, qui est

parfois un profit, est toujours une charge et toujours une tare; il

est fait pour la race, et non pour l'individu. Chez le mâle humain,

et précisément à cause de son attitude droite, le sexe est l'endroit

sensible par excellence et l'endroit visible, point d'attaque dans les

luttes corps à corps, point de mire pour le jet, obstacle pour l'œil,

soit comme rugosité sur une surface, soit comme brisure au milieu d'une

ligne. L'harmonie du corps féminin est donc géométriquement bien plus

parfaite, surtout si l'on considère le mâle et la femelle à l'heure

même du désir, au moment où ils présentent l'expression de vie la plus

intense et la plus naturelle. La femme alors, tous ses mouvements étant

intérieurs, ou visibles seulement par l'ondulation de ses courbes,

garde sa pleine valeur esthétique, tandis que l'homme, semblant tout

à coup régresser vers les états primitifs de l'animalité, apparaît

réduit, dépouillant toute beauté, à l'état simple et nu d'organe

génital. L'homme, il est vrai, prend sa revanche esthétique pendant la

grossesse et ses déformations.

Il faut dire aussi que le corps humain a de graves défauts de

proportion et qu'ils sont plus accentués chez la femelle que chez le

mâle. En général, le tronc est trop long et les jambes, par conséquent,

trop courtes. On dit qu'il y a dans les races aryennes deux types

esthétiques: l'un aux membres longs, l'autre aux membres courts. Ces

deux types sont en effet assez faciles à distinguer, mais ils se

présentent rarement avec des caractères aussi tranchés, et le premier,

d'ailleurs, est assez rare: c'est celui que la statuaire a vulgarisé en

l'améliorant. Il suffit de comparer une série de photographies d'après

l'art avec une série d'après le nu, pour se convaincre que la beauté du

corps humain est une création idéologique. Otés le sentiment égoïste

d'espèce et le délire sexuel, l'homme apparaîtrait très inférieur en

plénitude harmonique à la plupart des mammifères; le singe, son frère,

est franchement inesthétique.

CHAPITRE VII

LE DIMORPHISME SEXUEL ET LE FÉMINISME

Infériorité et supériorité de la femelle selon les espèces

animales.--Influence de l'alimentation sur la production

des sexes.--La femelle aurait suffi.--Féminisme absolu

et féminisme modéré.--Chimères: élimination du mâle et

parthénogenèse humaine.

Ce n'est qu'après avoir étudié sérieusement le dimorphisme sexuel dans

les séries animales que l'on peut hasarder quelques réflexions sur le

féminisme. On a vu, en telles espèces, la femelle plus belle, plus

forte, plus active, plus intelligente; on a vu le contraire. On a vu

le mâle plus grand ou plus petit; on l'a vu, on le verra parasite, ou

pourvoyeur, maître permanent du couple ou de la troupe, fugitif amant,

esclave peureux que la femelle sacrifie, son plaisir accompli. Toutes

les attitudes, et les mêmes, sont attribuées par la nature aux deux

sexes; il n'y a pas, les fonctions spécifiques écartées, un rôle mâle

et un rôle femelle: l'un et l'autre, selon les commandements de leur

espèce, revêtent le même costume, chaussent le même masque, manient

le même épieu, outil ou sabre, sans que l'on puisse savoir, à moins de

remonter aux origines et de compulser les archives de la vie, lequel

joue en travesti, lequel joue au naturel.

L'abondance de la nourriture, et surtout azotée, produirait un plus

grand nombre de femelles. Chez certains animaux à transformation, on

peut agir directement sur les individus: des têtards repus d'aliments

mixtes, végétaux, larves et viandes hachées, ont donné un excès de

femelles approchant de la totalité (95 f.-5 m.). D'autre part, la

suralimentation tend à abolir dans les plantes les étamines, qui se

transforment en pétales, et même à muer les pétales en feuilles, les

boutons en bourgeons. La richesse vitale, le bien-être, la nutrition

intensive, abolissent le sexe; mais le dernier touché est le sexe

féminin, et c'est lui, en somme, qui persévérera obscurément dans la

plante asexuée, revenue aux moyens primitifs de la reproduction, au

bouturage. Si l'alimentation excessive tend à supprimer le mâle, c'est

donc que la séparation en deux sexes n'est qu'un moyen de diminuer les

charges de l'être total. Le type monoïque est une étape vers cette

simplification du travail; la femelle, à un moment, élimine son organe

mâle, refuse de le nourrir, se libère d'un fardeau dont l'utilité n'est

que momentanée. Et par la suite, pourvue elle-même avec surabondance

de tout ce qui entretient la vie, elle se dépouille elle-même de

l'appareil sexuel spécialisé, se rend asexuée, c'est-à-dire, car ici

l'identité des contraires est évidente, sexuée en toutes ses parties:

_tota femina sexus_.

Le mâle est un accident; la femelle aurait suffi. Si brillantes que

soient, en certaines espèces animales, les destinées du mâle, c'est

la femelle qui est primordiale. Dans l'humanité civilisée, elle naît

d'autant plus nombreuse que la civilisation atteint une plus grande

plénitude; et cette plénitude diminue également la fécondité générale:

qu'il s'agisse de l'homme ou d'un pommier, l'élément mâle croît

ou décroît selon la disette ou l'abondance de la nourriture. Mais

l'espèce humaine n'est plus assez plastique pour que les variations

de naissances soient jamais très grandes entre les deux sexes; et nul

animal à sang chaud ne l'est assez pour que cette cause, si active sur

les végétaux, soit assez forte pour amener la dissolution du mâle. Il

n'y a pas de lois naturelles, mais il y a des tendances, et il y a des

limites: les champs d'oscillation sont déterminés par le passé des

espèces, un fossé qui se courbe en clôture et ferme, presque de toutes

parts, les allées de l'avenir.

C'est un fait, désormais héréditaire, que le mâle de l'espèce humaine

a centralisé en lui la plupart des activités indépendantes du moteur

sexuel. Il est seul capable d'accomplir le travail désintéressé,

celui qui assure des buts étrangers à la conservation physique de

l'espèce, mais sans lesquels la civilisation serait impossible ou

très différente de ce qu'elle est et de l'idée que nous avons de son

avenir. Sans doute, dans l'humanité comme dans le reste de la nature,

c'est la femelle qui représente le sexe important. A la rigueur, comme

l'abeille maçonne, elle peut suffire aux indispensables besognes, bâtir

l'abri, assembler la nourriture, et le mâle pourrait, sans dommage

essentiel, en être réduit au rôle strict d'appareil fécondateur. Le

nombre des mâles, dans ce cas, pourrait et même devrait diminuer

assez rapidement, mais alors les sociétés humaines inclineraient vers

le type que représentent les abeilles sociales: le travail continu

étant incompatible avec les périodes de maternité, le sexe féminin

s'atrophierait, une femelle unique serait élevée à la dignité de

reine et de mère, et le reste du peuple travaillerait bêtement pour

un idéal extérieur â sa propre sensibilité. Des transformations plus

radicales ne seraient pas encore antinaturelles. La parthénogenèse

pourrait s'établir: quelques mâles naîtraient de siècle en siècle,

comme cela a lieu dans l'ordre intellectuel, qui féconderaient la

génération des reins, comme le génie féconde la génération des

cerveaux. Mais l'humanité, par la richesse de son intelligence, est

moins que les autres espèces animales soumise à la nécessité causale;

à force de remuer dans ses rets, elle déplace quelque corde et fait un

mouvement inattendu. La venue séculaire des mâles serait inutile si

quelque procédé mécanique était trouvé pour exciter à la vie les œufs

de la femme comme on excite les œufs des oursins. Les mâles, s'il en

naissait encore quelques-uns, de temps en temps, par un jeu atavique

de la nature, on les montrerait ainsi que des curiosités, tels nos

hermaphrodites.

L'idée féministe conduit à ces chimères. Mais s'il s'agit de détruire

le couple et de ne pas le reformer, s'il s'agit d'établir une vaste

promiscuité sociale, si le féminisme se résout dans cette formule: la

femme libre dans l'amour libre, il est bien plus chimérique encore que

toutes les chimères, qui ont au moins leur analogue dans la diversité

des mœurs animales. Oui, la parthénogenèse humaine est moins absurde:

elle représente un ordre, et la promiscuité est un désordre; l'ordre

est toujours plus probable que le désordre. Mais la promiscuité sociale

est encore impossible à cause de ceci, que la femme plus faible y

serait écrasée. Elle ne lutte avec l'homme que grâce aux privilèges

que lui concède l'homme, troublé par l'ivresse sexuelle, intoxiqué et

endormi par les fumées du désir. L'égalité factice qu'elle réclame

rétablirait son ancien esclavage, le jour où trop de femmes, où toutes

les femmes voudraient en jouir: et c'est encore une des solutions

possibles de la crise féministe. De quelque côté qu'on regarde cette

question, on voit le couple humain se reformer inévitablement.

Il est très difficile, du point de vue de la logique naturelle,

de sympathiser avec le féminisme modéré; on accepterait plutôt le

féminisme excessif. C'est que, s'il y a de très nombreux exemples de

féminisme dans la nature, il y en a très peu de l'égalité sexuelle.

CHAPITRE VIII

LES ORGANES DE L'AMOUR

Le dimorphisme et le parallélisme sexuels.--Les organes sexuels

de l'homme et de la femme.--Constance du parallélisme sexuel

dans la série animale.--Les organes sexuels externes des

mammifères placentaires.--Forme et position du pénis.--L'os

pénial.--Le clitoris.--Le vagin.--Les mamelles.--La verge

bifide des marsupiaux.--Organes sexuels des reptiles.--Les

poissons et les oiseaux à organe pénial.--Organes génitaux des

arthropodes.--Essai de classification animale d'après la forme,

la disposition, la présence, l'absence des organes extérieurs

de la reproduction.

Le dimorphisme sexuel, tant physique que psychique, a évidemment une

cause unique, le sexe; et cependant les organes par lesquels diffèrent

le moins les espèces qui diffèrent le plus, de femelle à mâle, sont

précisément les organes sexuels. C'est qu'ils sont rigoureusement faits

l'un pour l'autre, et que l'accord, ici, ne doit pas seulement être

harmonique, mais mécanique et mathématique. Ce sont des engrenages

qui doivent mordre l'un sur l'autre avec exactitude, soit que, comme

chez les oiseaux, il ne se produise qu'un abouchement précis de

deux orifices, soit que, comme chez les mammifères, la clef doive

pénétrer dans la serrure. Il y a dimorphisme, mais c'est celui du

moule et de la statue, du fourreau et de l'épée; pour les parties

dont le contact est moins étroit, le parallélisme n'en est pas moins

très sensible et très apparent. Cette similitude dans la différence a

frappé de tout temps les philosophes, aussi bien que les anatomistes,

depuis les insinuations logiques d'Aristote jusqu'à la théorie des

analogues de Geoffroy-Saint-Hilaire. Galien avait déjà perçu quelques

analogies, plus ou moins exactes: grandes lèvres et prépuce, ovaires

et testicules, scrotum et matrice. Il dit textuellement: «Toutes les

parties de l'homme se trouvent chez la femme; il n'y a de différence

qu'en un point, c'est que les parties de la femme sont internes

et celles de l'homme externes, à partir de la région du périnée.

Figurez-vous celles qui s'offrent les premières à votre imagination,

n'importe lesquelles, retournez en dehors celles de la femme, tournez

et repliez en dedans celles de l'homme, et vous les trouverez toutes

semblables. Supposez d'abord celles de l'homme rentrées et s'étendant

intérieurement entre le rectum et la vessie; dans cette supposition, le

scrotum occuperait la place des matrices avec les testicules situés

de chaque côté à l'orifice externe. La verge du mâle deviendrait le

col de la cavité qui se produit, et la peau de l'extrémité de la verge

qu'on nomme prépuce formerait le vagin. Supposez à l'inverse que la

matrice se retourne et tombe en dehors, ses testicules (ovaires) ne

se trouveraient-ils pas nécessairement en dedans de sa cavité, et

celle-ci ne les envelopperait-elle pas comme un scrotum? Le col, caché

jusque-là dans le périnée, ne deviendrait-il pas le membre viril, et

le vagin, qui n'est qu'un appendice cutané du col, ne deviendrait-il

pas le prépuce?» C'est ce passage que Diderot a transposé et rais

au courant de la science dans son Rêve de d'Alembert. Cette page de

littérature anatomique garde sa valeur d'expression: «La Femme a toutes

les parties de l'Homme, et la seule différence qu'il y art est celle

d'une bourse pendante au dehors ou d'une bourse retournée en dedans;

un fœtus femelle ressemble, à s'y tromper, à un fœtus mâle; la partie

qui occasionne l'erreur s'affaisse dans le fœtus femelle à mesure que

la bourse intérieure s'étend; elle ne s'oblitère jamais au point de

perdre sa première forme; elle est aussi le mobile de la volupté; elle

a soit gland, son prépuce, et on remarque à son extrémité un point qui

paraîtrait avoir été l'orifice d'un canal urinaire qui s'est fermé;

il y a dans l'Homme, depuis l'anus jusqu'au scrotum, intervalle qu'on

appelle le périnée, et du scrotum jusqu'à l'extrémité de la verge, une

couture qui semble être la reprise d'une vulve faufilée; les femmes qui

ont le clitoris excessif ont de la barbe; les eunuques n'en ont point,

leurs cuisses se fortifient, leurs hanches s'évasent, leurs genoux

s'arrondissent, et, en perdant l'organisation caractéristique d'un

sexe, ils semblent s'en retourner à la conformation caractéristique

de l'autre....» En termes moins littéraires, on considère comme

homologues, chez l'homme et la femme, l'ovaire et le testicule; les

petites lèvres, le capuchon clitoridien et le fourreau, le prépuce

péniens; les grandes lèvres et l'enveloppe du scrotum; le clitoris

et le pénis; le vagin et l'utricule prostatique. On trouvera dans

les traités spéciaux le détail de ces analogies, qui ne peuvent être

expliquées ici avec une précision scientifique. Le seul point à

retenir, c'est que les deux sexes, et non pas seulement chez l'homme,

bien entendu, et chez les mammifères, mais dans presque toutes les

séries animales et végétales, ne sont que la répétition du même être

avec spécialisation de fonction. Cette spécialisation peut s'étendre

à d'autres fonctions que la fonction sexuelle, au travail (abeilles,

fourmis), à la guerre (termites). Le soldat termite est extraordinaire;

il ne l'est pas plus que le mâle.

Le parallélisme sexuel est constant à peu près chez tous les vertébrés

et les arthropodes; il va jusqu'à l'identité chez les mollusques

hermaphrodites, si l'on compare alors non les deux sexes, mais deux

individus. Il s'étend, pour chaque sexe considéré séparément, tout le

long de la chaîne zoologique. A partir du chaînon où l'être se sépare

en deux, on voit s'esquisser les organes sexuels tels qu'ils arrivent

dans les animaux supérieurs à un haut degré de complexité, tels que,

tout en acquérant des différences de forme ou de position, ils gardent

une remarquable stabilité de structure; on dirait presque identité dans

les marsupiaux, les reptiles, les poissons, les oiseaux. Pour être

clair, il faut procéder du connu à l'inconnu: l'homme est la figure

de comparaison à laquelle on rapporte nécessairement les observations

faites sur les autres animaux.

Il n'est pas indifférent de connaître le mécanisme normal de l'amour,

puisqu'une des prétentions des moralistes est d'en régler les

mouvements. L'ignorance est tyrannique; ceux qui ont inventé la

morale naturelle connaissaient fort peu la nature: cela leur permit

d'être sévères, aucune notion précise n'embarrassant la certitude de

leurs gestes. On devient plus discret, quand on a contemplé le tableau

prodigieux des habitudes érotiques de l'animalité, et même tout à fait

inhabile à décider si, oui ou non, un fait est, ou n'est pas naturel.

En vérité, tout est naturel.

L'homme est un mammifère placentaire: à ce titre, ses organes génitaux

et la manière de s'en servir lui sont communs avec tous les animaux à

poil, mamelles et ombilic. Il n'est pas d'ordinaire entièrement couvert

de poils, mais il n'est guère une région du corps où ils ne puissent

pousser et les deux sexes en sont également pourvus, avec une abondance

souvent extrême, au pubis et aux aisselles. L'organe mâle et actif du

mammifère est le pénis, complété, le plus souvent à l'extérieur, par

les testicules. Le pénis est, à la fois, conduit excréteur de l'urine

et du sperme; une relation analogue existe chez la femelle, et c'est

très exactement que l'ensemble de ces organes emmêlés ont été appelés

génito-urinaires ou, selon un terme plus récent, uro-génitaux, car il

en est de même dans toute la série animale, que l'urètre débouche

à l'extérieur, ou qu'il aboutisse, comme chez les oiseaux, dans un

cloaque, vestibule commun à toutes les excrétions.

Le pénis des bimanes descend librement; il pend en avant du pubis chez

les quadrumanes et les chéiroptères (chauves-souris). La chauve-souris

se rapproche étrangement de l'homme ou, en général, des primates:

cinq doigts aux mains, dont un pouce, cinq doigts aux pieds, mamelles

pectorales, flux mensuel, pénis libre; c'est une petite caricature

humaine dont le vol effaré et brusque enveloppe le soir nos maisons.

Chez les carnassiers, les ruminants, les pachydermes, les solipèdes et

plusieurs autres familles de mammifères, le pénis est engainé dans un

fourreau qui s'applique le long du ventre. Il est ainsi mieux préservé

contre les accidents, les piqûres d'insectes, en même temps que sa

sensibilité se conserve intacte. Des voyageurs, au dire de Buffon, ont

vu les Patagons chercher un résultat analogue en se nouant le prépuce

au-dessus du gland, comme un sac avec une cordelette: ainsi la main

de l'homme lui permet de perfectionner son corps ou de le mutiler.

Les mutilations et les déformations sexuelles, circoncision des

Sémites et des sauvages, excision des illuminés russes, perforation

transversale du gland, aplatissement chirurgical de la verge, sont

extrêmement fréquentes. La main des chéiroptères est entravée; celle

des quadrumanes n'a qu'un rôle sexuel, la masturbation. Elle peut

cependant servir de bouclier contre les dangers extérieurs; beaucoup

de quadrupèdes, pourtant mieux abrités, se servent dans le même but de

leur queue: quand ils la ramènent entre leurs jambes, c'est tantôt un

geste psychologique, pudeur ou refus des femelles, tantôt un geste de

préservation. Le mouvement de la Vénus pudique, celui de l'homme qui

sort nu d'un bain n'ont pas d'autre origine. Les singes, dès qu'ils

cessent de remuer, portent leurs mains à leurs parties sexuelles. Des

Polynésiens, avant le christianisme, avaient l'habitude, quand ils

restaient debout, de tenir à pleines mains leur scrotum, la verge

pendante entre deux doigts, attitude de dandy sauvage. Le scrotum

manque à quelques espèces, comme Pline l'avait déjà remarqué: _Testes

elephanto occulti_. Chez le chameau, les testicules roulent sous la

peau de la région inguinale; les testicules des rats sont également

internes, mais ils sortent à la saison du rut et prennent alors un

développement énorme. Les singes ont souvent la peau des bourses

bleue, rouge ou verte, comme aussi d'autres parties dénudées de leur

corps.

Le chameau, le dromadaire, les chats ont l'extrémité du pénis repliée

en arrière (cette position explique la manière dont les matous

projettent l'urine); elle ne se redresse et ne se porte en avant que

dans l'érection. Le fourreau des rongeurs, et non plus seulement la

verge, se dirige en arrière et aboutit tout près de l'anus, et devant.

Le pénis est grêle chez les ruminants, le sanglier; gras et rond

chez les solipèdes, l'éléphant, le lamentin; gras et conique chez le

dauphin; cylindrique chez les rongeurs et les primates. Le gland, qui

affecte toutes les formes intermédiaires entre la boule et la pointe,

prend, chez le rhinocéros, celle d'une grossière fleur de lys. Il se

hérisse chez le chat de petites épines inclinées vers la base et, chez

l'agouti, la gerboise, il est muni de crochets rétenteurs qui agrippent

les organes de la femelle.

Physique de l'Amour: Essai sur l'instinct sexuel · 第 3 / 14 段