SUR L'AIR: _Pour passer doucement la vie_

Ah! que Rosette est adorable

Et que sa gaîté l'embellit.

On doute en la voyant à table

Qu'elle puisse être mieux au lit.

Cette fréquentation de la cour et des aimables dames qui en font

l'ornement, en particulier de Mme de Boufflers, ne paraît pas avoir

particulièrement réussi à la charmante Rosette. Il lui arriva un petit

désagrément qui dut être fort pénible au sévère Alliot.

Rosette rencontrait sans cesse chez la marquise le chevalier de

Beauvau. Ce dernier se laissa prendre aux attraits de la jeune fille

et elle-même ne sut pas résister aux douces paroles du brillant

officier.

Ce petit roman fut mené fort loin, aussi loin même qu'il était

possible, si bien qu'un jour arriva où il fallut à tout prix en

cacher les conséquences. Il ne pouvait être question de réparation, un

mariage entre un Beauvau et une Alliot étant une pure monstruosité; on

eut alors recours à l'expédient ordinaire: un certain M. de Pont,

conseiller à la Cour Souveraine, cherchait à se marier; on lui

persuada que Mlle Alliot était la femme de ses rêves; il n'y contredit

pas, et le mariage fut célébré dans la chapelle du château, en

présence du Roi et de toute la Cour. Par malchance, l'heureux époux

fut plus perspicace qu'on ne s'y était attendu, ou la situation de la

jeune fille plus apparente qu'il ne fallait; toujours est-il que le

mariage à peine célébré, M. de Pont en demanda la cassation et intenta

un procès à l'officialité de Nancy. Pendant que le procès

s'instruisait, la jeune femme accouchait paisiblement à Paris d'un

fils qui fut ouvertement baptisé «en la paroisse de la Madeleine sous

le nom de Basile-Amable, fils naturel de Marie-Louise Alliot et de

Ferdinand-Jérôme de Beauvau!» M. de Beauveau était si loin de

contester sa paternité qu'il signa tout simplement l'acte de

baptême[74].

[74] Anecdotes touloises, Bib. Nat. Mss. n. acq. franç. 4502.

Dernières Années de la Cour de Lunéville Mme de Boufflers, ses enfants et ses amis · 第 30 / 95 题