J'avais indirectement contribué à faciliter le mariage de M. de
Genoude. La famille chez laquelle la prétendue fille de la duchesse de
B... avait été élevée répudiait à l'accorder à un homme d'une
naissance inconnue. On voulait des preuves de noblesse, M. de Genoude
ne pouvait pas en fournir. Il vint un matin chez moi et m'avoua
l'embarras où il se trouvait. «N'êtes-vous pas lié, me dit-il, avec
Pastoret, qui est poëte distingué aussi et directeur du sceau des
titres au ministère de la justice?--Oui, lui dis-je, et si vous me
chargez de lui demander quelque chose qui puisse favoriser votre
mariage, je suis certain qu'il se fera un plaisir de vous l'obtenir,
si cela lui est possible.--Eh bien, reprit-il, je regarderais mon
mariage comme assuré, s'il pouvait me faire obtenir du roi des lettres
de noblesse.--À cela ne tienne,» lui répliquai-je; et j'écrivis à
l'instant à Pastoret le désir de Genoude et les circonstances qui le
rendaient intéressant. Avant que la journée fût achevée, Pastoret me
répondit que c'était fait et que le roi Charles X ajoutait à cette
grâce la dispense de payer au sceau des titres les douze ou quinze
mille francs qu'on payait ordinairement pour la noblesse. Genoude
reçut le soir même la lettre qui le faisait noble, et le mariage
n'éprouva plus d'obstacle de ce côté.
Mais, quelque temps après, il voulut encore confirmer dans le passé
féodal la possession de son nom par la possession d'une terre d'un nom
à peu près pareil; il me demanda si je ne connaissais point quelque
terre de ce genre qu'il pût acheter dans un pays voisin du Dauphiné,
sa patrie. Je lui répondis que je connaissais, en effet, auprès de
Mâcon et de Pont-de-Veyle, en Bresse, la terre de Genou possédée par
un gentilhomme de bonne maison et de médiocre fortune qui serait
peut-être heureux de la vendre à l'amiable pour cet usage. J'écrivis,
en effet, à ce gentilhomme; mais il me répondit qu'il ne se déferait
jamais de sa terre paternelle pour donner à une autre famille
l'illustration qui appartenait à la sienne. Tout en resta là, et
Genoude fut obligé de renoncer à la noblesse héréditaire pour se
contenter de la noblesse de convention.