Bernardin de Saint-Pierre avait commencé, peu de temps auparavant, un
poëme en prose, _Constant Licardie_, dont il ne nous reste que des
fragments incomplets, et qu'il abandonna avant de les avoir terminés,
pour les rejeter dans les _Études_. Mais les _Études_ n'étaient pas
seulement sa poésie, c'était sa philosophie, un plaidoyer en faveur de
Dieu dont l'avocat était la Nature. Ce livre, évidemment né de Fénelon
ou de Jean-Jacques-Rousseau, était aussi religieux que la nature
elle-même; il était aussi chimérique en beaucoup de points pratiques,
mais infiniment plus moral; en outre, il était plus savant, malgré ce
qu'en ont dit depuis les savants de profession; la pensée générale
l'éclairait d'un instinct divin; il se trompait peut-être sur quelques
détails, comme la théorie des marées qu'on lui a tant reprochée sans
preuve contraire, mais il ne se trompait certainement pas sur
l'ensemble, qu'il interprétait mieux que les astronomes modernes qui,
en voyant l'oeuvre, ont nié l'ouvrier.
Ce livre, véritablement divin dans son but, plut infiniment aux
esprits pieux et droits, qui l'adoptèrent avec une consciencieuse
ivresse. C'est ce qu'il écrivit de mieux avant le merveilleux poëme de
_Paul et Virginie_. Cependant les _Études de la nature_ avaient été
pour Bernardin de Saint-Pierre ce que le _Génie du Christianisme_ fut,
trente ans plus tard, pour M. de Chateaubriand; on oublia le livre, on
se souvint éternellement de l'épisode, pourquoi? Parce que les livres
sont des systèmes et que les épisodes sont du sentiment.