II

Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre était né au Havre en 1737. Son

enfance fut celle de tout le monde. Sa famille était illustre par sa

parenté avec Eustache de Saint-Pierre, maire de Calais, victime

dévouée et volontaire du roi d'Angleterre pour ses concitoyens.

L'enfant avait deux frères et une soeur, Catherine de Saint-Pierre.

Ses frères eurent une vie agitée, mais médiocre. Sa soeur, belle et

fière, refusa de se marier. La brillante imagination de Bernardin de

Saint-Pierre, mêlée d'un peu de vanité, se signala de bonne heure. Les

capucins et les jésuites voulurent plusieurs fois l'attirer à eux. Il

préférait à tout les miracles naturels et les études sur l'organisme

des animaux.

Dès l'âge de huit ans, on lui faisait cultiver un petit jardin où

chaque jour il allait épier le développement de ses plantations,

cherchant à deviner comment une grosse tige, des bouquets de

fleurs, des grappes de fruits savoureux pouvaient sortir d'une

graine frêle et aride. Mais les animaux surtout attiraient son

affection, étonnaient son intelligence. Ayant accompagné son père

dans un petit voyage à Rouen, celui-ci s'arrêta devant les

flèches de la cathédrale, dont il ne pouvait se lasser d'admirer

la hauteur et la légèreté; le jeune Henri levait aussi les yeux

vers la cime des tours, mais c'était pour admirer le vol des

hirondelles qui y faisaient leurs nids. Son père qui le voyait

dans une espèce d'extase, l'attribuant à la majesté du monument,

lui dit: Eh bien, Henri, que penses-tu de cela? L'enfant,

toujours préoccupé de la contemplation des hirondelles, lui

répondit: Bon Dieu! qu'elles volent haut! Tout le monde se mit à

rire, son père le traita d'imbécile; mais toute sa vie il fut cet

imbécile, car il admirait plus le vol d'un moucheron que la

colonnade du Louvre.

Cours familier de Littérature - Volume 24 · 第 28 / 108 题