Quant aux moeurs des deux peuples combattant par leurs chevaliers,
elles sont barbares dans le combat et chrétiennes dans les
négociations, et après la victoire, l'honneur que nous croyons une
fleur de vertu moderne, y dépasse presque les habitudes des armées de
nos temps. D'où cela vient-il? Est-ce des traditions indiennes
transportées des bords du Gange aux bords du Danube et passées dans
les âmes du peuple germain, colonie évidente de l'Inde? est-ce des
principes chrétiens commençant à civiliser ces peuples à peine encore
baptisés? Je penche à croire que l'honneur vient de l'Inde, car il n'a
été connu en Europe qu'à l'époque où les tribus asiatiques ont paru en
Espagne, en Aquitaine, en Turquie, en Arabie, et enfin au Caucase, en
Allemagne, et chez les Slaves. L'honneur est vieux, et il est
évidemment un mélange de la bravoure et de la religion d'où sort la
générosité après la victoire. Ce sentiment vient de l'Orient.
L'élégance du costume, la richesse des étoffes, la magnificence des
armes, or, argent, tissus, soie, à peine encore connue en Europe, la
ponctualité des étiquettes du camp, de cour et d'ambassade, le droit
des gens rigoureusement observé dans les négociations attestent aussi
que cette prétendue barbarie des peuples germaniques était découlée de
l'Inde et du Caucase depuis longtemps quand tout cela était à peine
éclos dans nos contrées. _C'est du Nord aujourd'hui que nous vient la
lumière_, était vrai alors, non pas que le Nord ait rien produit que
l'ignorance et la misère, mais parce que le Nord était devenu, on ne
sait comment, le grand chemin de l'Orient dont toute civilisation
était découlée en Europe. Les _Nibelungen_ sont, sous le rapport
historique, le plus grand témoignage de cette vérité. Les mots
sanscrits dont le dialecte allemand est étymologiquement composé ne
laissent pas de doute à cet égard; ainsi moeurs, langage, histoire
tout concorde pour faire restituer à l'Allemagne féodale et primitive
le caractère oriental qu'elle a conservé jusqu'à nos jours. Rendre à
une race son origine, c'est lui rendre son histoire.