Nº XXII.--L'EMPEREUR AU PRINCE EUGÈNE.

Nangis, le 18 février 1814.

Mon fils,

J'ai reçu votre lettre du 9 février, j'ai vu avec plaisir les avantages

que vous avez obtenus; s'ils avaient été un peu plus décisifs et que

l'ennemi se fût plus compromit, nous aurions pu garder l'Italie. Tascher

vous fera connaître l'état des choses ici; j'ai détruit l'armée de

Silésie, composée de Russes et de Prussiens; j'ai commencé hier à battre

Schwarzenberg; j'ai, dans ces quatre jours, fait trente à quarante mille

prisonniers, pris une vingtaine de généraux, cinq à six cents officiers,

cent cinquante à deux cents pièces de canon et une immense quantité de

bagages; je n'ai perdu presque personne; la cavalerie ennemie est à bas,

leurs chevaux sont morts de fatigue; ils sont beaucoup diminués;

d'ailleurs ils se sont trop étendus.

Il est donc possible, si la fortune continue à nous sourire, que

l'ennemi soit rejeté en grand désordre hors de nos frontières et que

nous puissions alors conserver l'Italie. Dans cette supposition, le roi

de Naples changerait probablement de parti.

Votre père affectionné,

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (9/9) · 第 81 / 105 题