DIXIÈME PROMENADE.

Le 27 janvier, nous commençâmes par nous rendre au mont Palatin, à la

villa Mils. À la partie méridionale, donnant sur le grand cirque, était

le palais d'Auguste. On reconnaît encore une suite de salles formant ses

appartements. Ces salles, ordinairement rondes, ont presque toujours

trois rentrants, formant trois niches, où étaient placées des statues.

Les entrées étaient masquées par des colosses autour desquels on

tournait. Ce palais avait son entrée par le côté qui regarde le cirque

et l'Aventin. Une suite de gradins en arc de cercle faisait arriver

jusqu'à son niveau. De ces marches qui étaient au pied du palais, on

pouvait voir dans l'intérieur du cirque, et elles se trouvaient ainsi

former un supplément pour recevoir les spectateurs. Ce palais était

beau, mais d'une dimension bornée.

Auguste fit construire à côté un temple à la Victoire regardant le

Forum, en mémoire de la bataille d'Actium. Ce temple était décoré de six

colonnes en marbre. Tibère augmenta l'étendue du palais d'Auguste en

bâtissant entre le temple et lui. Une partie fut occupée par Livie, sa

mère, et femme d'Auguste. Les ornements intérieurs existant encore sont

remarquables par la pureté du goût, l'élégance des dessins, et des

dorures légères.

Caligula ajouta encore à l'étendue de ce palais, et fit construire une

caserne pour une cohorte prétorienne. Elle est placée plus à gauche, et

borde le Palatin de ce côté, en dominant le temple élevé à Romulus,

converti en église de Saint-Théodore.

Le mont Palatin et ses environs dans toutes les directions étaient

occupés par une multitude d'habitations appartenant à des citoyens

romains. Néron, pour agrandir son palais, voulant s'emparer de

l'emplacement sur lequel elles étaient bâties, fit mettre le feu à ce

quartier de Rome, qui fut réduit en cendre. Alors il exécuta ses vastes

projets. D'énormes constructions furent faites au sud-est du mont

Palatin, et par leur grande élévation, se trouvèrent arriver à la même

hauteur que le sommet du mont, de niveau avec lui, et agrandirent ainsi

sa surface. Elles se trouvèrent en liaison avec le palais d'Auguste;

puis, traversant la vallée de l'est, elles atteignirent au mont Cælius,

et formèrent ce qu'on appela la maison de passage: elle était située là

où furent placés plus tard le vivarium et les maisons des gladiateurs.

Continuant au nord, les constructions allèrent gagner le mont Esquilin

où fut construite la maison dorée. L'emplacement du Colisée fut creusé,

et devint un lac autour duquel furent construites des maisons d'esclaves

et d'affranchis. Enfin un hippodrome pour l'usage particulier de

l'empereur fut établi dans le rentrant ou vallon qui se trouve à l'est

du mont Palatin, et dont l'ouverture donnait sur le grand cirque.

Nous finîmes ainsi le tour du mont Palatin, en reconnaissant les

constructions des différentes époques, les développements successifs de

ce palais, le plus vaste qui fut jamais. Les idées avaient tant de

grandeur, et les dimensions étaient si colossales, que, l'empereur Nerva

ayant limité l'emplacement du palais impérial au seul emplacement du

mont Palatin, on considéra cette disposition comme la marque d'une

grande modération. C'est du mot Palatin, où était situé le palais des

Césars, qu'est dérivé le mot palais, consacré pour exprimer les grandes

habitations.

Du mont Palatin nous fûmes voir le théâtre de Marcellus. Ce théâtre,

bâti par Auguste, est consacré au nom de son neveu Marcellus, destiné à

lui succéder à l'empire. Il fut occupé dans le moyen âge par les

Ursins, dont il est devenu la propriété et l'habitation. Auguste fit

bâtir près de ce théâtre un vaste portique, pour mettre à couvert de la

pluie les spectateurs quand elle arrivait d'une manière imprévue. Ce

portique reçut le nom d'Octavie, sa soeur, mère de Marcellus. C'était un

long parallélogramme avec un double rang de colonnes. Celles qui

existent encore aujourd'hui formaient une des entrées principales. Elles

représentent deux façades semblables, une extérieure et l'autre

intérieure. Ce portique renfermait deux temples, l'un à Jupiter et

l'autre à Junon.

Nous terminâmes notre journée en allant voir le Panthéon. Ce monument,

bâti par Agrippa, gendre d'Auguste, était destiné à faire partie des

thermes qu'il voulait faire construire. Les moeurs publiques

réprouvaient alors une pareille magnificence à l'usage des hommes, et il

le convertit en un temple à tous les dieux. Il y avait douze autels

dédiés aux douze dieux principaux. Au-dessus, la voûte était soutenue

par des cariatides-colonnes qui furent enlevées par l'ordre de

Septime-Sévère, et transportées à son palais, l'une d'elles ayant été

frappée par la foudre. Toutes les rosaces de la coupole étaient en

bronze, ainsi que la partie supérieure et extérieure de la coupole et du

fronton. Tout le pourtour de la rotonde était recouvert à l'extérieur

en marbre. Ce monument, dans son état de dégradation actuel, est encore

un des plus beaux monuments de l'antiquité, donnant la plus juste idée

du bon goût et de la grandeur qui régnaient à Rome du temps d'Auguste.

C'est le pape Urbain VIII, Barberini, qui a dépouillé le Panthéon de ses

bronzes, et les a employés à faire construire le baldaquin de

Saint-Pierre et à fondre des canons. Une inscription consacre avec éloge

cette action de barbare sur le lieu même où elle fut commise.

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (9/9) · 第 34 / 105 题