Le 30 décembre, nous fûmes visiter les Thermes. Nous commençâmes par
ceux de Caracalla; mais une disposition nouvelle nous empêcha d'y
entrer. Nous fûmes voir ceux de Trajan, situés sur le mont Esquilin.
Les réservoirs des eaux sont restés intacts. Ils sont très-vastes, au
nombre de douze, et communiquaient ensemble. Leur réunion renfermait une
masse d'eau immense. Des ruines éparses sont encore debout et montrent
la grande étendue de terrain qu'occupaient ces thermes. C'était une
suite de salles rondes renfermant des niches où étaient placées des
statues. Les parois intérieures de ces salles étaient revêtues en
marbre. Les ruines des thermes de Trajan donnent l'idée de la
disposition des citernes et un premier aperçu du développement de ces
lieux de plaisir.
Nous visitâmes ensuite l'église de Saint-Pierre-aux-Liens, église
charmante, d'élégante proportion, ayant des colonnes antiques d'un seul
morceau, de marbre d'Égine et cannelées. Ce marbre a la propriété, quand
il est échauffé par le frottement, de dégager une odeur sulfureuse.
Toutes les colonnes sont pareilles, ce qui est rare dans ces monuments
modernes, construits avec des débris d'anciens monuments. Dans cette
circonstance, toutes ces colonnes faisaient partie d'un même édifice,
aux thermes de Trajan. Cette église appartient à un couvent de chanoines
réguliers. Elle renferme le _Moïse_ de Michel-Ange, faisant partie du
mausolée de Jules II. Cette statue colossale, d'un style de convention,
est d'une beauté extraordinaire. Elle a une expression admirable, et on
voit que l'artiste a eu en vue de représenter la puissance et la force,
et de donner l'idée d'une nature supérieure. La statue du pape s'y
trouve et domine toute la composition. C'est le pape Jules II, la
Rovère, qui a eu la pensée de la basilique de Saint-Pierre. Il en
commença l'exécution sur les dessins et les plans du célèbre Bramante.
De Saint-Pierre-aux-Liens, nous allâmes voir les thermes de Dioclétien,
dont une partie, la principale salle, a une conservation parfaite et a
été convertie en église sous le nom de Madone des Anges. Michel-Ange fut
chargé d'approprier ce local à son usage actuel. On entre par une
rotonde placée au milieu de la longueur de l'édifice et sur la partie
latérale. Michel-Ange a construit en face une rotonde pareille pour
compléter la croix. Huit colonnes de granit égyptien, dont le fût est
d'un seul morceau, le diamètre de cinq pieds et la hauteur de quarante
environ, sont placées au-dessous de la coupole principale, située au
centre de l'église. Le terrain ayant été exhaussé pour empêcher
l'humidité, ces colonnes sont enterrées de plusieurs pieds, et à leur
base on a placé des soubassements en bois peint, figurant ceux en granit
qui sont cachés par le sol. En entrant, à droite, il y a une belle
statue colossale de saint Bruno. Du côté opposé, correspondant et au
delà, on voit une superbe fresque du Dominiquin, représentant le martyre
de saint Sébastien. Je n'en ai jamais vu dont le coloris fût aussi vif
et aussi beau. Elle a été tirée d'ailleurs et transportée avec le mur
qu'elle revêtissait. Une ligne méridienne est tracée sur le sol de cette
église.
Nous entrâmes dans le cloître des Chartreux. Il est très-vaste et a cent
colonnes en pierre. Un vaste jardin est au milieu et une belle fontaine
au centre. Trois magnifiques cyprès, plantés, dit-on, par Michel-Ange,
l'ombragent. L'un d'eux a été frappé plusieurs fois par la foudre. Tout
cet espace et un autre, extérieur au jardin, toute la place en avant de
l'église, faisaient partie des thermes de Dioclétien et appartenaient à
leur enceinte.
On aurait une fausse idée de ces établissements si l'on renfermait
l'acception du mot de bains dans les limites qu'on lui donne aujourd'hui
chez nous. Les bains n'étaient qu'un accessoire, un moyen spécial et un
prétexte de jouissance. Ces lieux étaient consacrés aux plaisirs, à la
volupté et à toutes les choses que le paganisme et la corruption d'alors
autorisaient. Il y avait, dit-on, un espace convenable pour que
plusieurs milliers de personnes pussent se réunir dans leur enceinte.
Trois mille pouvaient s'y baigner à la fois. Il y avait des promenades,
des salles d'improvisation, des lieux de prostitution de tous les
genres; des jouissances accumulées offertes au peuple dans des
dimensions tellement extraordinaires, que nous avons peine à les
comprendre aujourd'hui. Ces choses cependant étaient familières aux
Romains.
Sous la république, il n'y avait aucun de ces établissements. C'étaient
le forum, les affaires publiques, la gloire et la puissance de Rome qui
occupaient les esprits et absorbaient toutes les facultés. Quand la
liberté croula, que les empereurs eurent intérêt à distraire le peuple
romain des affaires publiques, ils créèrent ces lieux de plaisirs, qui
devaient les occuper, les amollir et les corrompre. Le premier fut élevé
sous Auguste, et Agrippa, son gendre, s'en chargea. Le Panthéon fut
destiné à en faire partie. L'opinion s'étant révoltée sur l'emploi
destiné à un pareil monument, il fut converti en un temple à tous les
dieux. Trajan construisit les premiers thermes dans ces vastes
dimensions. Puis vinrent ceux de Caracalla, ensuite ceux de Dioclétien,
qui furent les plus grands, et enfin ceux de Constantin, les derniers.
On dit que les thermes découverts à Ostie présentent encore un spectacle
plus extraordinaire par l'indication officielle de la corruption dont
ils consacraient l'existence.
Nous fûmes visiter ensuite les jardins de Salluste, situés entre le
Quirinal et le Pincio. Le palais de Salluste était placé dans le même
lieu qu'occupe encore aujourd'hui une villa bâtie sur ses ruines. Un
cirque était construit dans le vallon, et un temple à Vénus Ericina se
trouvait à son extrémité. Ce temple est encore d'une belle conservation,
et, sauf les ornements dont il était revêtu et les marbres qui le
décoraient, il est presque intact.
En rentrant, nous visitâmes l'église de la Victoire. Elle a été bâtie à
l'occasion de la victoire de Lépante, par Paul V, qui l'a mise sous
l'invocation de saint Paul. Elle est d'une grande richesse en matériaux,
revêtue entièrement en marbre, et ressemble à une des plus belles
églises de Venise. En face du palais du Quirinal, nous nous arrêtâmes
pour voir l'église de Saint-Isidore. L'architecture en est élégante. Ses
dimensions sont égales à celles du plan horizontal d'un des piliers
principaux de l'église de Saint-Pierre. On a peine à comprendre leur
dimension en voyant ce rapprochement.
NOTE SUR LE SYSTÈME DE MONNAIE EN USAGE DANS LA RÉPUBLIQUE ROMAINE ET
AVANT LES EMPEREURS.
_Monnaie de cuivre._--Pièces de douze onces, appelées _assi_; de six
onces, appelées _senes_; de quatre onces, appelées _trientes_; de trois
onces, _quadrantes_; de deux, _sixantes_; d'une, _oussia_.
_Monnaies d'argent._--_Denarium_, dix assis; _quinarium_, cinq assis;
_sexcutarium_, deux assis et demi. Il n'y avait pas de pièces d'or.