Chapeau _à la vieille!_

Certes, de tous les surnoms que pût choisir une mode, celui-ci nous

parait un des plus bizarres.

La mode, c'est-à-dire les coquetteries de la beauté... les caprices de

la jeunesse... la mode, c'est-à-dire une loi imposée aux femmes jeunes

et jolies.

N'est-il pas plaisant d'entendre: _Modes à la vieille_, ces deux mots

qui hurlent de se trouver ensemble?

Du reste, quand les modes à la vieille nous apparaissent comme celle-ci,

jeunes et gracieuses, nous les recommandons aux visages de vingt ans.

[Illustration.]

Rien n'est charmant comme cette opposition,--c'est l'esprit du

travestissement.

Donc voici tout à la vieille:--mantelets, chapeaux, garnitures de robes,

fichus. On dit aussi à la grand'mère. Puis encore,--autre manière de

prendre date,--bonnet ou fichu Marie-Antoinette. Il faut tout le bon

goût artistique d'Alexandrine pour donner à ces formes l'élégance de la

jeunesse, et elle y réussit à ravir. Ses chapeaux de paille à ruban?

froncés (modèle nº I) sont ce qu'une femme distinguée peut porter de

plus joli.

[Illustration.]

Avec un héron, ou un esprit de deux couleurs, elle met des rubans

également de deux couleurs; ceci n'est pas négligé, et cependant c'est

assez simple pour être porté le matin à la ville.

Courses au Champ-de-Mars.

Dimanche 30 avril, commenceront au Champ-de-Mars les courses de la

Société d'encouragement; elles continueront le dimanche 7, le jeudi 11

et le dimanche 14 mai. Le mérite des courses est aujourd'hui un fait

acquis et presque généralement reconnu: elles ne sont plus seulement un

plaisir, elles représentent un intérêt national. Depuis dix ans elles

ont pris un caractère décidé d'utilité publique; depuis dix ans il s'est

créé des éleveurs, il s'est créé des chevaux; chaque année les produits

ont gagné en beauté et en vitesse, et les améliorations sont dues à

l'heureuse influence des courses. Aux adversaires des courses nous

demanderons s'ils connaissent des épreuves plus décisives et plus

complètes, et quelles garanties de vigueur leur donnerait un cheval qui

n'aurait pas passé par les essais de l'hippodrome. Un fait

incontestable, c'est que les vainqueurs du Champ-de-Mars et de Chantilly

sont plus propres à la reproduction que les chevaux fainéants. On peut

espérer, on doit même compter qu'ils transmettront leurs qualités à

leurs produits. Croisons habilement les différents sangs; marions la

vitesse avec le fond, et avec le temps nous obtiendrons de magnifiques

résultats.

Un grand pas a été déjà fait. Il y a quelques années à peine, deux ou au

plus trois chevaux paraissaient au poteau de départ. Que de courses à un

seul cheval n'avons-nous pas vues! Dimanche, trente chevaux, tous du

plus beau sang, tous en parfaite condition, tous bien faits, disputeront

quatre prix. Puis, après les courses, achetés et emmenés dans les

départements, ils régénéreront les races. Dans le premier prix, _la

bourse de mille francs_, onze chevaux sont inscrits, _Lawton,

Kare-Nickleby, Maid, Prospectus_ (premier favori), _Effié, Prospero_

(deuxième favori), _Remus, Cédar, Mirobolant, Romanesca_, partie pour

Bordeaux, et _Miserere_. Devant cent mille témoins, ils déploieront une

vitesse qui, en 1830, eût fait crier au miracle. N'est-ce donc pas une

immense conquête que d'avoir intéressé cent mille individus à ces

solennités hippiques?

Huit chevaux se disputeront _le prix de l'administration des Haras:

Vesperine, Singleton, Alcindor, Karagleuse, Drummer, Moustique, Péri_ et

_Ursule_. Les paris sont pour _Alcindor_ et _Drummer_.

Six autres sont inscrits pour _le prix du ministère du Commerce_. Puis

enfin viendra la course des haies, spectacle à émotions, où chevaux et

jockeys jouent leurs bras et leur tête. Cette année, la course des haies

sera plus brillante et plus nombreuse qu'elle n'a jamais été. Sept

chevaux: _Pesvet, Turpin, Lansquenet, Muley-Hamet, Pantalon, Paddy_ et

_Leporello_ franchiront des obstacles de quatre pieds et demi. Que

faut-il de plus aux oisifs et aux gens sérieux?

Madame Viardot-Garcia à Vienne.

On nous écrit de Vienne, à la date du 21 avril 1843:

«Le mercredi 19 de ce mois, madame Pauline Viardot-Garcia a débuté sur

le théâtre de la Porte de Carinthie, dans le rôle de Rosine _del

Barbiere_. C'était le jour de la fête de l'empereur. Le théâtre,

illuminé à l'extérieur, avait été envahi, dès l'ouverture des portes,

par l'élite de la société viennoise. A son entrée en scène, madame

Pauline Viardot a d'abord été accueillie avec une certaine réserve; mais

avant la fin de sa cavatine, cette froideur apparente avait cessé; la

cantatrice était sortie complètement victorieuse de cette première

épreuve. Le public enthousiasmé a redemandé successivement la

_cavatine_, le _duo avec Fiqaro_, le _trio du second acte_, puis enfin

le _rondo de Cenerentola_. Après les variations de ce rondo, les

applaudissements ont éclaté avec tant de force que la salle en était

ébranlée. Rappelée plusieurs fois pendant la représentation, madame

Viardot a été rappelée _six fois_ après la chute du rideau; elle est

revenue deux fois avec les autres acteurs et quatre fois seule.

«A la seconde représentation le succès a été encore plus grand. Le

dimanche 30 avril, madame Viardot a dû jouer le _Corradu d'Altamora_ de

Ricci, qui devait être donné l'hiver dernier à Paris.»

Une lettre de Donizetti, adressée à un des collaborateurs de

l'_Illustration_, confirme tous les détails que nous envoie notre

correspondant de Vienne. «Le triomphe de madame Viardot dépasse, dit le

célèbre maestro, les espérances de ses plus ardents admirateurs.»

Rébus.

L'Illustration, No. 0009, 29 Avril 1843 · 第 29 / 31 题