BENEFICES:

Versé aux hospices de la ville de Paris:

1º Bénéfices d'exploitation réalisés par le

Mont-de-Piété sur l'exercice de 1841. 429.979 fr 85 c.

2º Liquidation des bonis de l'exercice

de 1836. 79.364 24

Ensemble 509.344 fr 09 c.

(Extrait du compte administratif de l'exercice

de 1841, clos le 30 juin 1842.)

Bulletin bibliographique.

[Illustration: (Un grenadier Français aux Pyramides.)]

_Panorama d'Égypte et de Nubie_, avec un portrait de Méhémet-Ali et un

texte orné de vignettes, par HECTOR MOREAU, architecte; 12 livraisons

in-folio, paraissant de deux mois en deux mois, et contenant chacune

trois planches gravées sur cuivre et trois feuilles de texte ornées de

dix à douze vignettes sur bois. Prix de chaque livraison: en couleur, 25

fr.; en noir, 15 fr.--A Paris, chez l'auteur, rue

Neuve-des-Petits-Champs, 97.--En vente: 6 livraisons; la 7e paraîtra

prochainement.

M. Hector Moreau avait passé deux années entières en Égypte et en Nubie,

occupé à en dessiner les principaux monuments anciens et modernes. De

retour en France, il s'est décidé à éditer à ses propres frais, et sans

aucun secours étranger, un de ces ouvrages dont jusqu'à ce jour aucun

particulier n'avait osé entreprendre la publication. Heureusement pour

lui, un succès complet a récompensé son courage. Bien que le

gouvernement ne lui ait encore accordé aucune souscription,--à qui sont

donc données les faveurs ministérielles?--ses livraisons ont paru

régulièrement aux époques fixées. La septième sera mise en vente sous

peu de jours. La huitième est sous presse. Encore quelques efforts, et

M. Moreau aura terminé un des livres les plus beaux et les plus

intéressants que la France possède sur l'Égypte.

Ce qui donne aux dessins du _Panorama d'Égypte et de Nubie_ une

supériorité incontestable sur ceux de ses rivaux, c'est la couleur. M.

Moreau ne se contente pas de dessiner, il peint. Ses grandes planches,

coloriées d'après ses modèles par d'habiles ouvriers, représentent

l'Égypte et la Nubie telles que les voient réellement les voyageurs qui

ont le bonheur d'aller les visiter: leur ciel bleu, la végétation si

luxuriante de leurs oasis, les murailles blanches de leurs habitations,

les sables arides et jaunes de leurs déserts, et enfin les étranges et

magnifiques peintures dont sont couverts encore la plupart des grands

monuments de l'Égypte ancienne. M. Moreau a de plus un autre mérite qui

n'appartient qu'à lui: architecte, et architecte distingué, il est

parvenu à restaurer les principaux temples, aujourd'hui ruinés,

construits sur les bords du Nil. Il nous les fait voir d'abord tels

qu'ils sont aujourd'hui, puis tels qu'ils etaient autrefois. La

restauration complète de la Ville de Thèbes, publiée dans la sixième

livraison, est un véritable chef-d'oeuvre.

La première planche de la première livraison avait réalisé avec un grand

bonheur une idée des plus ingénieuses. Elle représentait en rarcourci

toute la vallée du Nil depuis Alexandrie jusqu'à la deuxième cataracte.

D'un seul coup d'oeil on embrasse ainsi les points les plus intéressants

de l'Égypte et de la Nubie, tout l'ensemble des vieux monuments épars

sur les deux rive» du fleuve, et dont les planches suivantes doivent

reproduire en détail les principales merveilles: Alexandrie, le Caire,

les Pyramides, Syout, Abydus, Denderah, les vastes et imposantes ruines

de la Thébaide, celles de Karnac, Luxor, Memnon, la vallée des Tombeaux,

la première cataracte ou s'arrêta l'expédition française, et en avant de

laquelle se détache l'Île sacrée de Philae; puis, enfin, le fameux

temple d'Ypsamboul.

[Illustration: (Façade restaurée du temple de Denderah)]

Dans la sixième livraison, M. Moreau est arrivé jusqu'il Thèbes, dont il

a donné la restauration. Il a successivement représenté dans ses grandes

planches coloriées: _l'Aiguille et les bains de Cléopâtre, la Colonne de

Pompée, un marché d'Esclaves, le Panorama du Caire, la grande Rue du

Caire, la Cour d'une Mosquée, Méhémet-Ali et sa suite, le Colosse de

Memphis, les Pyramides et le Sphinx de Giseh, Beni-Hassan, Syout,

Melaivel-Aricli, Denderah, la salle hypostyle de Karnac, Luxor et

Thèbes._ Le texte qui accompagne ces beaux dessins est orné de

charmantes gravures sur bois, dont nous donnons ci-dessous quelques

échantillons. Nous avons choisi à dessein, outre quelques figures, deux

monuments arabes extérieur et intérieur, un monument ancien ruiné et un

monument ancien restauré.

La magnifique _mosquée Kaloum_ ou _grand moristan_, hôpital, fut

construite l'an 684 de l'hégire (1319)', par Kaloum, qui, ayant recouvré

la santé au moristan de Damas, en Syrie, fit voeu de construire un

semblable moristan au Caire; ce superbe monument contient à la fois un

hôpital pour les deux sexes, une mosquée et le tombeau de Kaloum, qui

est sous le dôme.

Le _minaret_ que représente la planche ci-jointe est un des plus beaux

minarets d'Alexandrie. La nuit, quand les étoiles brillent d'une

splendeur sans égale, on entend au milieu du silence les _muezzins_

desservants, qui, du haut des minarets, chantent ces paroles

solennelles: «Vrais croyants, qui pensez au salut, la prière est

préférable au sommeil; réveillez-vous, louez Dieu; il n'y a qu'un Dieu,

et Mahomet est son prophète.»

D'Alexandrie, transportons-nous à Thèbes.

Malgré les ravages du temps et des hommes, les ruines de Thèbes sont

encore tellement majestueuses qu'elles suffisent pour faire concevoir au

voyageur stupéfait la réalité des fabuleuses descriptions de cette

métropole extraordinaire qu'Homère a si bien définie par ces mots: _la

Thèbes aux cent portes._

Les premières ruines que l'on trouve au nord, sur la rive droite, sont

celles de. Karnac, ruines des plus remarquables à la fois par leur

grandeur et leur vaste étendue: «Qu'on se figure, en effet, dit M.

Moreau, un espace de 130 hectares environ, couvert de pylônes, de portes

triomphales, d'avenues, de sphinx, de temples, de galeries, de bassins,

d'obélisques, de statues, tout cela énorme, gigantesque, riche par la

matière et couvert de magnifiques sculptures peintes; qu'on se figure,

dans cet étonnant chaos de monuments abattus, des vues toujours

majestueuses, grandes de quelque côté qu'on les envisage.»

[Illustration: Ruines de Karnac.]

Au centre de la grande cour, qui a une seconde entrée latérale au sud,

il y avait une avenue de douze colonnes aujourd'hui renversées; une

seule, encore debout, a échappé au bouleversement général; il semble que

les dévastateurs et le temps ne l'aient épargnée que pour témoigner de

sa magnificence passée, et rendre plus pénible encore le désordre qui

l'entoure. A droite de cette culmine, surgit, des décombres, un reste de

figure colossale en granit, qui représentait Rhamsès III (Sesostris).

Cette figure et son pendant, aujourd'hui détruits ou enlevés,

précédaient un vestibule entre deux pylônes tout bouleversés, dans les

ruines desquels on trouve des hiéroglyphes de grande dimension avec des

cartouches, prénom de Binothris (Skhan), et d'Amon Touonkh ou

d'Amon-Tough, auteurs de grands monuments antérieurs à ces pylônes et à

l'invasion des pasteurs, c'est-à-dire à 2300 ans environ avant

Jésus-Christ.

C'est en traversant les montants d'une énorme porte qui domine

aujourd'hui les pylônes qui la dépassaient autrefois, et en franchissant

de colossaux blocs de pierre, que l'on entre dans la magnifique salle

hypostyle de Karnac. Cette salle fut commencée 1380 ans avant

Jésus-Christ, par Menephtah Ier (Ousirei), et continuée par ses fils,

Rhamsès II et III. Elle ne contient pas moins de cent trente-six

colonies de proportion gigantesque, couvertes, ainsi que les murs au

pourtour, de colossales figures qui donnent une si grande idée des

Égyptiens, qu'on serait tenté de croire à l'existence d'une race de

géants.

[Illustration: (Nubienne des environs de Philae.)]

[Illustration: (Minaret d'Alexandrie.)]

Revenons maintenant à Denderah _(Tentyra)_, dont l'imposante façade est

tournée vers le fleuve. Ce célèbre temple, construit en grès, est

remarquable par sa belle conservation.--Il fut commencé par Cléopâtre et

Ptolemée Césarion, son fils, et continué par tous les empereurs jusqu'à

Adrien et Antonin le Pieux. Il est malheureusement enterré dans les

décombres. La gravure ci-dessus le montre tel qu'il devait être à

l'époque de sa plus grande splendeur. Les vingt-quatre colonnes, en

partie enterrées, de ce magnifique portique ou pronaos, sont couvertes,

ainsi que les murs qui les entourent, de sculptures peintes représentant

des souverains faisant des offrandes aux divinités; le plafond est orné

du fameux zodiaque rectangulaire; sur les quatre faces du chapiteau sont

les têtes d'Isis au gracieux sourire et aux oreilles de vache; ces

têtes, qui toutes ont été martelées probablement par les chrétiens lors

du christianisme, ou par les musulmans iconoclastes, soutiennent des

petits temples supportant les solives et les plafonds, dans lesquels

sont sculptés ses épervier» déployant leurs ailes et portant des

harpies, haches d'armes des Pharaons, et où l'on retrouve des femmes

nues et allongées, qui, chez les anciens, étaient l'emblème de la voûte

céleste.

Après de vaste portique, on entre dans une salle décorée de dix colonnes

à tête d'Isis, et des sculptures peintes; cette salle communique dans

les chambres et sanctuaires sacrés, et, par une rampe à des chambres à

mi-étage dans lesquelles était le zodiaque circulaire, aujourd'hui à la

Bibliothèque Royale de Paris.

[Illustration: Femme de la Basse-Egypte.]

[Illustration: Intérieur de la Mosquée de Moristan au Caire.]

[Illustration: Femmes égyptiennes offrant des rafraîchissements à un

Idiot.]

_Jérôme Paturot à la recherche d'une position sociale et politique,_ par

M. ***; tomes II et III, contenant huit chapitres entièrement

inédits.--Paris, 1843. _Paulin_, 15 fr.

Jérôme Paturot est le Gil Blas du dix-neuvième siècle. Ces deux victimes

de l'organisation sociale de leur époque se ressemblent, du moins sous

tant de rapports, qu'il n'est pas permis de nier leur parenté; leur

esprit seul le prouverait au besoin; ils appartiennent à la même

famille, ils descendent du même père... Le bon sens français, ayant

pour organe Le Sage, au siècle dernier, et, de nos jours, un écrivain

célèbre, dont nous respecterons provisoirement l'anonyme, mais que les

contrefacteurs belges persistent, malgré de justes réclamations, à

désigner sous le nom de Rolle.

Jérôme Paturot n'avait d'abord publié que la première moitié de sa vie

le récit de sa lutte contre la destinée pendant qu'il cherchait' avec

tant d'ardeur et de simplicité une position sociale. Il complète

aujourd'hui ses confidences et nous raconte les instructives

vicissitudes d'une autre phase de son existence aventureuse. Qui n'a lu

le premier volume de ses curieux mémoires? Qui ne connaît l'histoire

touchante de sa jeunesse? son mépris pour le commerce des bonnets de

coton, sa suite de la maison de son oncle, dont il ne veut pas être le

successeur, sa passion pour la gloire, ses amours avec Malvina, ce

représentant si fidèle de la grisette française? Comme tant d'autres de

ses semblables, Jérôme manquait de réputation et d'argent..... Il

voulait devenir célèbre et riche. Quels moyens n'employa-t-il pas pour

conquérir la fortune et la gloire! Il fut tour à tour poète chevelu,

rédacteur en chef d'un journal qui paraissait quelquefois,

feuilletoniste, administrateur-fondateur de la société des bitumes du

Maroc, écrivain ministériel, philosophe (et quel philosophe!) etc., etc.

Enfin, ayant échoué dans toutes ses entreprises, ne pouvant pas se créer

la position sociale qu'il avait rêvée, il se décide à s'asphyxier, en

faisant des adieux poétiques à ce monde qui ne l'a pas compris... Mais

Malvina l'arrache à la mort, son oncle lui pardonne, et l'heureux

Jérôme, guéri de sa folie, revient de ses illusions, épouse sa maîtresse

et devient marchand de bonnets de coton dans la rue saint-Denis.

Après tant d'orages, le pauvre Jérôme avait trouvé un port.

Malheureusement pour lui, il n'y resta pas long-temps à l'ancre. Dès

qu'il se fut suffisamment reposé, il déploya de nouveau ses voiles et

s'élança une fois encore sur l'océan du monde. Comme il l'avoue lui-même

avec une candeur charmante, son exemple eût été incomplet et son

expérience insuffisante, s'il n'eût pas frayé tous les Capitoles et

gravi tous les Calvaires.

Jérôme Paturot est homme, c'est tout dire. Il a de la fortune, il lui

faut des honneurs; des flatteurs trouvent qu'il ressemble, sous le

rapport physique, à Napoléon: il se fait nommer successivement capitaine

d'une compagnie modèle, commandant, député; il aspire même à devenir

ministre, quand il apprend qu'il est ruiné... Ses créanciers l'enferment

à Clichy; mais le dévouement de sa femme lui ouvre les portes de la

prison pour dettes. Rapprochés par le malheur, Jérôme et Malvina se

pardonnent leurs fautes mutuelles, car ils sont tous deux coupables, et,

réunissant les débris de leur fortune détruite, ils vont s'établir au

fond d'une province, dans une petite et charmante maisonnette, où ils

vivent en paix en élevant leurs enfants, où tous leurs jours, qui se

ressemblent, s'écoulent sans surprise comme sans douleur.

Ce cadre ingénieux a permis à l'auteur de _Jérôme Paturot_ de fustiger

tous les vices, de fronder tous les ridicules de notre époque, si

féconde en vices et en ridicules. Ainsi, madame Paturot devient dame

patronnesse, elle donne des festivals, elle va se faire voir le samedi à

l'Exposition des tableaux, elle a l'honneur de recevoir les trois

dixièmes Muses; elle place chez un instituteur chevelu un de ses fils,

qui a la bosse du thème grec. Quant à son mari, ses diverses

transformations politiques l'élèvent jusqu'aux plus hautes régions. Il

défend devant la commission d'enquête industrielle la cause du bonnet de

coton national. Veut il faire construire une maison moyen âge, il

apprend à connaître le prix d'un alignement. Tantôt, se rappelant ses

aucuns triomphes littéraires, il aide à faire un succès chevelu; tantôt

il nous révèle les mystères des sociétés philanthropiques et savantes,

de la haute science et de la haute politique. Nous assistons d'abord à

une élection dans les montagnes; puis, revenant de lu province à Paris,

nous pénétrons avec le nouveau _représentant 'du peuple_ dans

l'intérieur de la Chambre des Députés, Paturot est bientôt arrêté par un

instructeur parlementaire, qui lui donne une leçon de politique, pour se

consoler des petites misères de la députation, il prépare, pendant

plusieurs semaines, une improvisation; et il fait imprimer dans le

_Moniteur_ le discours que l'hilarité générale l'a empêché de prononcer.

Dès-lors Paturot a atteint l'apogée de sa fortune et de sa puissance:

car il reçoit la confession d'un ministre; mais une crise ministérielle

renverse toutes ses espérances. La débâcle financière suit de près la

débâcle politique. De la Chambre, Paturot passe à la Bourse, où il perd

des sommes considérables; les escompteurs achèvent sa ruine. La prison

pour dettes, les philanthropes, le Mont-de-Piété, une faillite, les

créanciers, tels sont les derniers orages de cette vie agitée, les types

et les institutions dont se moque avec autant d'esprit que de bon sens

l'auteur de cette satire sociale et politique, M. ***, à qui l'Académie

des Sciences morales et politiques réserve le premier de ses trente

fauteuils qui deviendra disponible.

Lettres de Marguerite d'Angoulême, reine de Navarre, soeur de François

1er, publiées d'après les manuscrits de la Bibliothèque du Roi; par F.

GÉNIN, professeur à la Faculté des Lettres de Strasbourg. 1 vol. in-8,

de 485 pages.--Paris, _Jules Renouard_. (Publication de la Société de

l'histoire de Fiance.)

_Nouvelles lettres de la reine de Navarre, adressées au roi François

Ier, son frère_, publiées d'après le manuscrit de la Bibliothèque du

Roi; par F. GÉNIN. 1 vol. in-8, de 300 p.

Le premier volume contient cent soixante-onze lettres, datées de 1521 à

1549, et adressées à Anne de Montmorency, grand-maître, puis connétable

de France, à François Ier ou à d'autres personnages célèbres du temps,

tels que Mélancthon, Érasme, l'évêque de Meaux, Guillaume Briconnet, un

certain comte de Hohenlohe, doyen du grand chapitre de Strasbourg,

ardent schismatique, qui s'efforçait d'introduire en France la réforme

de Luther, etc, etc. Les époques et les événements qui tiennent le plus

de place dans cette correspondance sont: la captivité de François Ier à

Madrid, après la bataille de Pavie, en 1525; la réforme, la persécution

contre l'hérésie nouvelle, qui fit brûler Berquin en 1529, Alaman, en

1530, la grande affaire des placards, la mort de Louise de Savoie (1531),

l'empoisonnement du dauphin François par Montécuculli(1536), la guerre

contre Charles-Quint, dont la Provence et la Picardie furent le théâtre

(1530 et 1537).

L'éditeur a classé les lettres dont les originaux, autographes pour la

plupart, ne portaient aucune date. Il y a joint des notes nombreuses,

soit pour éclaircir les passages obscurs, soit pour relever les erreurs

historiques que dément la correspondance de Marguerite.

Parmi les pièces justificatives inédites, on remarque une épître de

Marot à la reine de Navarre.

La notice sur Marguerite d'Angoulême est un essai biographique assez

étendu (100 pages), dans lequel l'auteur, s'appuyant sur des témoignages

contemporains et sur des preuves irrécusables, présente sous un nouvel

aspect le caractère de cette princesse vertueuse et savante, calomniée

par les romanciers et les commentateurs de Marot. M. Génin fait voir que

les amours de Marot avec la reine de Navarre sont une chimère ridicule

sortie du cerveau de l'abbé Lenglet du Fresnoy, et accueillie avec une

confiance aveugle par des éditeurs tels que M. Auguis, qui sont tombés,

sans s'en apercevoir, dans les contradictions et les impossibilités les

plus grossières. Marguerite, la reine de Navarre, soeur de François Ier,

a payé injustement pour Marguerite, reine de Navarre, femme de Henri IV.

Le second volume renferme cent cinquante lettres à François 1er et un

supplément à la _Notice_ (24 pages), où l'auteur discute un document

mystérieux fourni par cette nouvelle correspondance. Il s'agit de savoir

s'il a existé entre Marguerite et François 1er une tendresse _plus que

fraternelle_. Le secret de cette nature, après trois siècles

d'intervalle, est bien difficile à découvrir, surtout dans une lettre

dont les phrases sont voilées d'une obscurité calculée. Cette seconde

correspondance, toute confidentielle et adressée au roi exclusivement,

offre un intérêt plus vif et plus serré que la première.

L'_Avertissement_ de ce second volume porte une accusation très-grave

contre M. Champollion-Pigeac, conservateur en chef des manuscrits de la

Bibliothèque royale. Lorsque M. Génin travaillait à son premier volume,

il découvrit par hasard l'indication de cette correspondance dont les

catalogues ne parlaient pas. M. Champollion nia audacieusement pendant

plusieurs mois l'existence de ce manuscrit, lequel, après l'impression

du volume, fut, grâce à un second hasard, trouvé caché _dans l'armoire

où M. Champollion-Pigeac serre ses papiers (p. VIII.) Encore, M.

Champollion ne voulait-il pas se dessaisir du volume! Il fallut que,

sur la plainte de M. Génin, le ministre de l'Instruction publique donnât

un ordre formel. Cet _avertissement_ fut réimprimé tout du long dans un

journal, avec le défi à M. Champollion de répondre. M. Champollion en

effet garda le silence. Mais il vient de solliciter et d'obtenir pour

son fils, M. Aimé Champollion, la commission de publier un choix de

pièces inédites du règne de François Ier. L'abus d'autorité que lui

reproche M. Génin se réduit donc à un trait de prévoyance paternelle;

mais il est bon que le public studieux qui fréquente les bibliothèques

soit mis sur ses gardes et sache à qui il a affaire.

_Histoire et description des voies de communication aux États-Unis, et

des tracaux d'art qui en dépendent_; par MICHEL CHEVALIER. 2 gros vol.

in-4º, avec un atlas in-fol. renfermant 25 gravures sur acier.--Paris,

1840, 1841 et 1843. _Gosselin_.

M. Michel Chevalier a divisé cet important ouvrage en six parties. Dans

la première il jetait un coup d'oeil rapide sur la topographie et sur le

climat des États-Unis; puis, traitant des premiers essais de travaux

publics, il donnait un aperçu général des divers plans qui ont été

proposés pour un système général de communications.--La seconde partie

était consacrée à l'étude des lignes tracées de l'est à l'ouest au

travers des Alleghanys, ou entre le littoral de l'Atlantique et la

vallée centrale de l'Amérique du Nord.--La troisième comprenait les

communications entre le bassin du Mississipi et celui du Saint-Laurent.

Avec cette troisième partie se terminait la première moitié du second

volume, publié en 1841.

La seconde moitié du tome deuxième, mise en vente le mois dernier,

complète la troisième partie, et traite en outre des communications du

nord au midi, le long de l'Atlantique (quatrième partie), des lignes qui

rayonnent autour des métropoles (cinquième partie) et des lignes

établies autour des mines de charbon (sixième partie). A une

récapitulation générale des canaux et des chemins de fer de l'Amérique

du Nord succède enfin un intéressant appendice sur la construction des

ponts en Amérique.

Le plus grand éloge que l'on puisse faire d'un pareil travail, c'est

d'essayer de prouver son importance et son utilité. Or si, pour se

rendre compte de la richesse comparative de l'Union-Américaine en voies

de communication perfectionnées, on rapproche les nombres exposés dans

la récapitulation générale de M. Michel Chevalier des chiffres qui

représentent la superficie territoriale et la population du pays, on

arrive aux résultats ci-après:

L'étendue territoriale de l'Union-Américaine étant de 26,700 myriamètres

carrés, et la population, telle que l'a constatée le recensement de

1840, de 17,069,453 habitants, la longueur des canaux et des chemins de

fer, qui correspond à un myriamètre carré et a un million d'habitants,

sera exprimée par les chiffres suivants:

1º En comptant les 24,794 kilom. 50 que possédera l'Union après

l'achèvement des travaux en cours d'exécution:

Canaux. Chem. de fer. Totaux.

Kilom. par myriamètre carré. » 41 » 59 1 »

Kilom. par million d'habitants. 597 » 836 » 1,453 »

2º En comptant seulement les lignes ou portions de ligne présentement

achevées et livrées au commerce:

Canaux. Chem. de fer. Totaux.

Kilom. par myriamètre carré. » 26 » 28 » 54

Kilom. par million d'habitants 409 » 399 » 808 »

En tenant compte des canaux ou des chemins de fer pour lesquels, au 31

décembre 1842, avait été obtenu un vote législatif accompagné d'une

allocation de fonds, la France possède 4,3.0 kilomètres de canaux

achevés ou à achever, et 1.7.10 kilomètres de chemins de fer dont près

de la moitié est terminée ou près de l'être. C'est un total de 6,075

kilomètres répartis sur une superficie de 5,277 myriamètres carrés que

recouvrait, en 1840, une population de 34.500.000 âmes.

Le royaume-uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande est en possession

de 8.500 kilomètres de canaux tous achevés, et de 3,600 kilomètres de

chemins de fer, presque tous dans le même état, distribués sur une

superficie de 3,120 kilomètres carrés, sur laquelle était répandue, en

1840, une population de 27,000,000 d'âmes.

Ainsi la proportion relative à la population, celle qui peut le plus

exactement exprimer la puissance productive comparative de chacun des

trois pays en voies de communication perfectionnées, représente aux

États-Unis, pour les canaux, quatre fois celle de la France, et, pour

les chemins de fer, dix-sept fois. Comparativement à la Grande Bretagne,

où les voies perfectionnées ont acquis un beaucoup plus grand

développement que chez nous, la richesse de l'Union-Américaine excède

celle du Royaume-Uni, pour les canaux, dans le rapport de trois et demi

à un, et, pour les chemins de fer, dans celui de six et demi à un.

Il est vrai qu'aujourd'hui les États-Unis sont arrêtés dans leur

magnifique essor créateur, tandis que l'Angleterre et la France

poursuivent imperturbablement leur oeuvre, et personne ne saurait

prévoir en quel instant ils pourront le reprendre quand ils seront en

mesure de terminer ce qu'ils avaient commencé avec un si admirable

ensemble.

_Journal des Economistes_ revue mensuelle de l'économie politique, des

questions agricoles, manufacturières et commerciales.--Paris, année

1842.--3 beaux volumes in-8. Prix: 30 fr. par an.--_Guillaumin_.

Le succès toujours croissant qu'obtient ce recueil prouve qu'il s'appuie

sur une idée juste et qu'il satisfait à un besoin réel. A aucune époque,

en effet, il ne fut plus utile d'étudier, avec une entière liberté

d'esprit, les questions d'intérêt public livrées à la discussion

quotidienne, et dans lesquelles il se mêle aujourd'hui tant de passion

et de calcul personnel. Au milieu du choc et de la divergence des

opinions, la voix de la science peut seule être prépondérante, et ainsi

s'explique la faveur qui s'est attachée, dès son début, à une

publication créée sous les auspices et avec le concours des plus

éminents économistes que possède la France, dans l'Institut et hors de

l'Institut.

Le _Journal des Économistes_ a commencé à paraître au mois de décembre

1842. Il forme déjà quatre beaux volumes in-8º, qui se vendent au prix

d'abonnement. Ses rédacteurs habituels sont MM. Rossi, Blanqui, Louis

Reyhaud. Horace Say, Wolowski, H. Passy, M. Pix, Moreau de Jonnès, Ramon

de la Sagra. H. Dussard, etc. Comme on le voit par ces noms, il puise au

sein même de l'Institut une partie importante de sa rédaction; mais il

s'adresse en outre, sans esprit d'exclusion, à tous les hommes qui

honorent et cultivent la science. Il a constamment tenu d'ailleurs plus

qu'il n'avait promis. Chacune de ses livraisons voit se réaliser quelque

amélioration nouvelle. Ainsi, une _chronique_ mensuelle résume

maintenant le mouvement des faits économiques. On y trouve toutes les

nouvelles qui peuvent intéresser le commerce l'industrie et

l'agriculture, des détails sur les projets de loi à l'état

d'élaboration; enfin une revue rapide et substantielle de ce qui s'est

accompli ou préparé dans la région des affaires. La bibliographie et le

bulletin ont également reçu des développements nouveaux.

_Fables_ de S. LAVALETTE, illustrées par GRANDVILLE.--Paris, _Hetzel_.

L'annonce d'un nouveau recueil de fables arrache toujours à ceux qui la

lisent une exclamation involontaire. «Comment, s'écrie-t-on malgré soi,

peut-on faire des fables après La Fontaine?» mais M. Viennet l'a dit

avec raison: «Il y a bien long-temps qu'on n'écrirait plus en France si

on avait peur d'aller se heurter contre un inimitable. Qui aurait osé

prendre la plume après les grands auteurs du siècle de Louis XIV? Quel

homme de talent, je ne dis rien de ceux qui n'en ont pas, ils osent

tout, je parle de ceux dont le génie ou l'esprit n'étouffe point le sens

commun, quel écrivain enfin eût osé faire des tragédies après Corneille

et Racine, des comédies après Molière et Regnard, des sermons après

Bossuet et Bourdaloue, des épîtres après Boileau, des fables après La

Fontaine? Qui aurait osé imprimer ses lettres après madame de Sévigné?»

M. S. Lavalette a eu ce courage; il a osé faire des fables après La

Fontaine, après Florian, et après M. Menuet. Il a publié un charmant

recueil de cinquante apologues, écrits avec une pureté remarquable et

pleins d'une malice charmante. Les portraits des principaux personnages

de ces petits drames satiriques ont été dessinés par Grandville, qui,

dans cette spécialité, laissera une réputation aussi effrayante pour ses

successeurs que peut l'être celle de l'inimitable La Fontaine pour les

fabulistes présents et futurs.

_Notice statistique sur la Guyane française_, avec une carte.--Paris,

_Didot_, 1843.

La Société d'études pour la colonisation de la Guyane française vient de

publier une _Notice statistique sur la Guyane française_, extraite de

l'ouvrage général sur la statistique de nos colonies, imprimé en 1837-38

par le département de la Marine. Cette notice contient sur l'état

présent, les ressources et les conditions climatériques de la Guyane,

tous les renseignements désirables, on y a joint une carte où la

circonscription de la Guyane française est tracée d'après les termes du

traité d'Utrecht, sur lequel s'appuient les prétentions de la France

dans la contestation des limites pendantes avec le gouvernement

brésilien.

_Bruits du Siècle_, poésies, par LÉON MAGNIER.--Paris, 1843. _Comptoir

central de la librairie_.--Se vend au profit des salles d'asile de

Saint-Quentin.

L'auteur des _Bruits du Siècle_,--c'est lui-même qui le déclare,--n'a

pas la prétention d'être l'écho de toutes les voix, de réfléchir tous

les rayons; il n'a pas la présomption de se croire une voix ou un

flambeau: seulement il a écouté quelques plaintes, il a écouté quelques

chants, et, pendant de rares loisirs que lui laissait la rédaction d'un

journal de province, il a écrit les pièces du recueil qu'il offre

maintenant, avec assez d'indifférence à la publicité.

Les _Bruits du siècle_ sont agréablement varies: il y a des _chants_.

des _satires_ et des _plaintes_, des _bruits guerriers_, des voix

_philosophiques_ et _religieuses_, des _voix d'utopistes_, et enfin des

_floscules_. Le tout réuni forme environ 6,000 vers. M. Léon Magnier

termine ainsi:

Tout m'a manqué: le temps et le calme et l'étude.

L'art qui n'éclaira pas ma sombre solitude,

Et je ne puis, au front d'un monument coquet,

M'en venir avec joie attacher le bouquet.

Pourquoi M. Léon Magnier se juge-t-il si sévèrement? Quelques unes des

pièces de son nouveau recueil sont aussi remarquables par la pensée et

le sentiment que par le style. Que M. Léon Magnier se défie surtout de

son extrême facilité, qu'il élague les premiers jets de son inspiration,

qu'il polisse ses vers, et il parviendra «à construire un solide édifice

sur lequel il pourra graver son nom.»

Modes.

[Illustration.]

Comme mode nouvelle, les robes sont encore assez pauvres. Sinon les

amazones à revers et les redingotes _à la vieille_, tout ce qui parait

n'est qu'un essai incertain; et malgré l'impatience des innovateurs,

nous sommes forcé de dire que la plupart des robes de ville se feront

très-certainement à jupes unies.

Par jupes unies, je comprends la robe ronde, ouverte ou fermée; si on

sort de cela, ce sera seulement par des garnitures connues: les volants

ou les biais devant ou autour du jupon.

La redingote à la vieille a le corsage en coeur, garni d'un bouillon

aplati, qui descend par-devant dans toute la hauteur de la jupe, tout

droit ou en Mathilde. L'amazone à revers est fermée, à revers abattu, ou

un peu décolletée, à revers à châle. La première tient de l'amazone de

drap, l'autre est plus habillée.

La place nous a manqué dans notre dernier numéro, pour le dessin d'une

toilette d'enfant dont nous donnions le détail: nous réparons

aujourd'hui cette lacune, en y ajoutant une observation à propos de

cette manche demi-longue. Les modes à deux fins sont commodes pour les

enfants: cette manche, dont le bouffant figure une manche de dessous,

peut devenir facilement une manche courte, et se porter avec des

mitaines: robe de promenade et de dîner tout à la foi?

[Illustration.].

L'Illustration, No. 0009, 29 Avril 1843 · 第 28 / 31 题