Fiamma, non moins impatiente que le comte de voir arriver la fin d'une
discussion où elle avait parlé cependant avec lenteur et gravité, courut
chez la mère Féline. Elle la trouva triste et malade; elle lui dit
qu'elle avait aperçu de loin Simon sur la route de Guéret, et demanda
s'il reviendrait le soir, quoique, à voir son attirail, elle eût bien
observé qu'il allait faire une longue absence. Le ton dont madame Féline
lui répondit qu'il ne reviendrait pas même le lendemain lui fit
comprendre qu'elle ne s'était pas trompée dans ses conjectures. Fiamma
depuis plusieurs jours avait compris la douleur de Simon et n'avait
cherché qu'une occasion pour la faire cesser. Cette impatience d'avoir
une explication avec le marquis avait été remarquée et interprétée en
sens contraire par l'infortuné Simon. Il était parti une heure trop tôt.
Le coeur de Fiamma se brisait en songeant aux tortures qu'il avait dû
éprouver et qu'il éprouvait sans doute encore; mais, d'un autre côté, ce
départ étant devenu une chose nécessaire, elle devait maintenir son
jeune ami dans sa résolution courageuse. Il lui restait à chercher un
moyen de lui donner des consolations sans affaiblir ce courage: elle y
songea un instant; c'était une position délicate que la sienne vis-à-vis
de Jeanne. Il était facile de voir dans les traits et dans les manières
de la vieille femme qu'elle avait deviné récemment le secret de son fils
et qu'elle croyait ses douleurs sans remède.
«C'est le jour des départs, lui dit tout d'un coup Fiamma, sans paraître
comprendre l'importance de celui de Simon. Mon cousin vient de partir
tout à l'heure!
--De partir! sainte Vierge! s'écria la vieille femme avec la vivacité de
l'amour maternel; votre cousin est parti, chère demoiselle? Chère
enfant! et comment donc si vite?
--C'est un petit secret que je ne veux confier qu'à vous, ma chère
vieille mère, répondit Fiamma;» et, approchant son escabeau de la chaise
de Jeanne, elle lui parla ainsi en baissant la voix d'un petit air
mystérieux: «Vous saurez que le cher cousin s'était mis en tête de
m'épouser.
--Je le savais bien, interrompit Jeanne, nous en parlions avec Simon
tous les soirs...
--Vous en parliez? qu'en disait-il?
--Il me demandait s'il ne me semblait pas que ce jeune homme fût
amoureux de vous, et s'il était possible que, la chose étant, vous ne
vous en aperçussiez pas... Je vous demande pardon de nos réflexions, ma
petite, cela ne nous regardait pas; mais, moi, je vous aime tant que je
ne puis me lasser de parler de vous et d'y penser.
--Eh bien! mère Féline, vous ne vous trompiez pas si vous supposiez que
je m'en étais aperçue. Il y avait huit jours que je savais le beau
secret de mon cousin et que je m'attendais à une déclaration, lorsque
j'ai trouvé l'occasion de prévenir ses frais d'éloquence et de lui
déclarer, moi, que je ne voulais me soumettre ni à l'amour ni au
mariage.
--Il paraît que vous avez parlé clairement et prononcé sans appel,
puisqu'il est parti tout de suite?
--Une heure après! Voyez comme l'amour est chose facile à guérir! À
l'heure qu'il est, je suis sûre qu'il est à l'auberge de Guéret et qu'il
se regarde dans un beau miroir de poche pour s'assurer que l'air de nos
montagnes n'a pas altéré la fraîcheur de ses lèvres et la rondeur de ses
joues. Mais pourquoi secouez-vous la tête, mère? On dirait que, dans
votre jugement, l'amour est une chose plus sérieuse que cela?
--Quant à moi, je n'ai pas connu ses douleurs dans ma jeunesse, répondit
Jeanne. J'aimai Pierre Féline, mon cousin, et je l'épousai. Nous étions
pauvres tous deux; j'étais une paysanne comme lui; il n'y eut ni
obstacles ni retards. Quand il est mort, j'étais vieille déjà; alors
j'étais habituée au malheur, j'avais enterré successivement onze
enfants, et, sans mon Simon, je n'avais plus qu'à mourir. La douleur est
le fait de la vieillesse; je ne me révoltai pas d'être éprouvée après
avoir été heureuse. Cependant, si j'étais appelée aujourd'hui à voir
périr mon Simon, mon dernier bonheur, ma seule consolation!... Ah! Dieu
me préserve seulement d'y songer!
--Et pourquoi auriez-vous cette affreuse pensée? Simon est d'une bonne
santé.
--Hélas! pas trop!
--Mais il a la force d'âme qui commande au corps de vivre.
--Il n'a bien que trop de force d'âme comme cela! elle le ronge! Mais
parlons de vous, Fiamma.
--Non, parlons de lui, mère Jeanne. Moi, je suis forte, bien portante,
tranquille, délivrée de mon cousin; occupons-nous de Simon. Il est parti
triste, j'ai vu cela ces jours-ci. Je ne vous demande pas ce qu'il
avait; je m'en doute.
--Vous vous en doutez? s'écria Jeanne en relevant sa tête inclinée par
l'âge, et en fixant ses yeux encore vifs et beaux sur Fiamma.
--Sans doute, répondit la jeune hypocrite; je sais combien sa profession
lui est antipathique, et je sais pourtant qu'il n'y a plus à reculer. Il
m'a confié ses dégoûts, ses ennuis, ses craintes pour l'avenir.
--En effet, c'est là ce qui le tourmente, répondit Jeanne, et je suis
fâchée qu'il ne vous ait pas parlé avant de partir; mais il avait tant
de chagrin de nous quitter qu'il a craint de manquer de force s'il nous
faisait ses adieux.
--Je comprends tout cela, reprit Fiamma; cependant je trouve qu'il est
parti un peu brusquement; je lui aurais donné du courage s'il m'eût
consultée.
--Oui, certes, dit Jeanne, s'il vous eût vue aujourd'hui, il serait
parti moins malheureux.
--Il faudra qu'il revienne causer avec nous, dit Fiamma; mais pas avant
quelques jours, afin de ne pas perdre le fruit de ce grand effort. En
attendant ne pourriez-vous lui écrire, mère Féline?
--Hélas! je ne lui écris jamais, et pour cause.
--Oh bien! sainte femme, vous ne savez pas écrire; je pose les deux
genoux devant vous, illettrée sublime!
--Qu'est-ce que vous dites-la, mon enfant? vous vous moquez de moi!
--Je baise le bas de ta robe, sainte Geneviève-des-Prés, paysanne sur la
terre, reine dans les cieux! Mais voyons, je vais écrire à Simon sous
votre dictée...
--Eh bien oui! mais non; j'ai bien des petits secrets à lui dire, dans
lesquels vous êtes de trop, mignonne.
--En vérité! eh bien! je vais lui écrire de ma part, et vous lui
porterez ma lettre.
--Bonté divine! que lui écrirez-vous donc?
--Rien d'important ni d'efficace pour le consoler, malheureusement.
L'avenir seul peut apporter le remède à ses maux; mais je lui parlerai
de mon amitié, de celle de son parrain, de celle de Bonne... Je lui
dirai qu'il se doit à nous tous, à vous surtout, sa mère chérie... qu'il
faut espérer, prendre courage, soigner sa santé, surmonter ses peines,
vivre enfin, et nous aimer comme nous l'aimons.
--Écrivez donc tout cela, cher ange, et je le porterai moi-même; car
j'ai quelque chose en outre à lui dire.
--Quoi donc? dit malicieusement Fiamma.
--Rien qui vous concerne, dit la vieille femme.
--Oh! je le crois!» reprit l'enfant avec un sourire.
Elle se plaça dans un coin pour écrire, et la vieille se prépara au
départ; elle mit son jupon rayé, sa cape de molleton blanc et ses mitons
de laine tricotée.
«Mais, comment irai-je? s'écria-t-elle tout d'un coup; il a emprunté le
cheval de M. Parquet pour s'en aller, et la mule de mademoiselle Bonne
est en campagne.
--Je vous prêterai Sauvage.
--Oh! oh! non pas, je ne suis pas lasse de vivre tant que j'aurai mon
Simon!
--Comment donc faire? dit Fiamma; chercher un cheval dans le village?
Cela va nous retarder. Il est déjà quatre heures. Et si nous n'en
trouvons pas, il faudra que Simon passe cette soirée dans la tristesse!
--Et cette nuit, dit Jeanne, oh! c'est cette nuit que je redoute pour
lui; la dernière a été si terrible!
--Pauvre Simon! dit Fiamma. Allons, mère Féline, il n'y a qu'un moyen.
Vous monterez sur Sauvage; il est doux comme un mouton quand je suis
avec lui. Je le tiendrai par la bride, et je vous conduirai à pied
jusqu'à la ville.
--Il y a trois lieues! Je ne le souffrirai jamais. Prenez-moi en croupe.
--Sauvage n'est pas habitué à cela; il pourrait nous jeter toutes deux
par terre; d'ailleurs il est si petit que nous serions fort mal à l'aise
sur son dos. Allons, je cours le chercher; êtes-vous prête?
--Je ne me laisserai jamais conduire par vous.
--Il le faut pourtant bien; ce sera charmant, nous aurons l'air de la
_Fuite en Égypte_.
--Mais que va-t-on dire? Il ne faut pas nous montrer ainsi dans le
village.
--Traversez-le à pied, et attendez-moi au grand buis, à l'entrée de la
montagne; nous irons par la Coursière, nous ne rencontrerons personne.
Allons, partez; j'y serai aussitôt que vous.»
Un quart d'heure après, ces deux femmes cheminaient sur le sentier
sinueux de la montagne, Jeanne assise sur le petit cheval et enveloppée
dans sa cape. Fiamma marchait devant elle, un petit manteau espagnol
jeté sur l'épaule, la bride passée au bras, et de temps en temps parlant
à Sauvage pour le calmer; car il était fort ennuyé d'aller ainsi au pas,
et de n'être pas sollicité à caracoler de temps en temps. Cependant, le
sentier devenant de plus en plus difficile et escarpé, la nuit
commençant à tomber, l'instinct de la prudence le rendit calme et
attentif à tous ses pas. Quoique Fiamma marchât comme un Basque,
franchissant les roches et se débarrassant des broussailles avec plus de
légèreté que Sauvage lui-même, il était sept heures du soir lorsqu'elle
aperçut les lumières de la ville. Elle engagea sa vieille amie à mettre
pied à terre pour descendre le versant rapide de la dernière colline; et
tandis que Sauvage les suivait de lui-même comme un chien, elle soutint
Jeanne de son bras robuste, et la conduisit jusqu'aux premières maisons.
Là, elle lui remit sa lettre pour Simon, et, après l'avoir embrassée,
elle remonta sur son cheval.
«Bon Dieu! dit Jeanne, si je ne craignais pas les mauvaises langues, je
vous emmènerais avec moi coucher à la ville. Voilà le vent qui se lève;
il fait noir comme dans l'enfer, et si la neige venait à tomber! Hélas!
je suis effrayée de vous voir partir ainsi, seule, à cette heure, par ce
froid mortel.
--Allons, bonne mère, ne craignez rien; donnez-moi votre bénédiction,
elle me préservera de tout danger. Je vous salue, je vous aime, et,
comme une véritable héroïne de roman, je m'élance à cheval dans la nuit
orageuse.»
Jeanne, transie de froid, resta pourtant immobile à l'entrée de la rue
jusqu'à ce qu'elle eût cessé d'entendre le galop de Sauvage sur la terre
durcie par la gelée. «O neige! ne tombe pas, murmura la vieille femme en
se signant; lune blanche, lève-toi vite; et vous, sainte Vierge, veillez
sur elle!»
Lorsqu'elle arriva au domicile de maître Parquet, elle fut enchantée
d'apprendre de la servante que l'avoué était au café, et que Simon était
seul dans l'étude. Elle entra, et le vit appuyé contre le poêle, la tête
dans ses mains. Le bruit des petits sabots plats de sa mère le fit
tressaillir. Avant qu'elle eût parlé, il avait reconnu son pas encore
égal et ferme. Il s'élança dans ses bras, et pour la première fois de sa
vie il s'abandonna au besoin de se laisser consoler par la tendresse
maternelle. Un torrent de larmes coula de ses yeux sur le sein de la
vieille Jeanne.
«Vous avez fui votre mère, et votre mère court après vous, lui dit-elle
avec l'accent grondeur de la tendresse. Autrefois vous n'eussiez pas agi
ainsi, votre mère était votre seul amour; à présent j'ai une rivale, un
ange que j'aime aussi, mais que j'aime moins que vous. Pourquoi
l'aimez-vous plus que moi?
--Oh! ma bonne vieille, ma sainte mère! ne me faites pas de reproches,
répondit Simon; je suis trop malheureux. N'empoisonnez pas cet instant
où la seule vue de vos cheveux blancs suffit à me donner de la joie au
milieu de mon désespoir. Ne croyez pas que je vous aime moins que par le
passé. Tant que je vous aurai, je pourrai tout supporter; quand vous
mourrez, je mourrai.
--Tais-toi, enfant. Il y a quelqu'un qui saura bien te consoler!...
Tais-toi, écoute. Le cousin est parti; on ne l'aime pas, on ne veut pas
de lui; il ne reviendra pas.
--Grand Dieu! ma mère, ne me trompez-vous pas pour me consoler?» s'écria
Simon.
Et il se fit raconter les moindres détails de l'entrevue de Fiamma avec
sa mère. Il était si ému, si oppressé, qu'il écoutait à peine la réponse
à ses mille questions, tant il avait hâte d'en faire de nouvelles! Il ne
comprenait pas la plupart du temps, et se faisait répéter cent fois la
même chose. Ce ne fut qu'au bout d'une heure de conversation qu'il
comprit la manière dont Fiamma avait accompagné sa mère; et alors
seulement Jeanne, rassurée sur le désespoir de son fils, sentit se
réveiller ses inquiétudes pour Fiamma, et laissa échapper ces mots:
«O mon Dieu! je ne m'effraye pour elle ni de la nuit ni de la solitude;
elle a un bon cheval, elle est brave et forte comme lui; mais s'il
venait à tomber de la neige avant qu'elle fût rentrée! C'est si
dangereux dans nos montagnes!»
Simon pâlit et fit signe à Jeanne d'écouter. Le vent sifflait avec
violence autour de cette maison bien close et bien chauffée. Simon pensa
au froid qui devait glacer les membres de Fiamma durant cette nuit
rigoureuse; l'angoisse passa dans son coeur, il courut ouvrir la fenêtre:
des flocons de neige, amoncelés sur la vitre, tombèrent à ses pieds. Un
cri sympathique partit de son sein et de celui de sa mère; puis ils
restèrent immobiles et pâles à se regarder en silence.
Simon courut seller le cheval de M. Parquet, et bientôt il fut sur le
sentier de la montagne, courant à toute bride sur les traces de Sauvage.
Hélas! la neige les avait couvertes. Jeanne n'avait pas dit un mot pour
l'empêcher de partir. Mais, quand elle se trouva seule, le poids d'une
double inquiétude tombant sur son coeur, elle leva les bras vers le ciel
et lui demanda de ne pas voir lever le jour si son fils ne devait pas
revenir. Cependant elle se rassura peu à peu en voyant que la neige
n'épaississait pas. Simon rentra à deux heures du matin. Il avait été
loin sans atteindre la trace de Fiamma. Elle avait été rapide comme le
vent et les nuages. Mais la neige ayant cessé de tomber et la lune
s'étant levée dans tout son éclat, il avait reconnu la piste de Sauvage,
et, un peu en arrière, celle de plusieurs loups qui avaient dû le suivre
assez longtemps; car il avait remarqué ces traces jusqu'à l'entrée du
village de Fougères. Là les sabots du cheval s'étaient montrés délivrés
de leur sinistre cortège, et il avait espéré atteindre la brave amazone,
mais en vain. Il avait conduit sa monture à la cabane pour la faire
reposer un instant, et, pendant ce temps, il s'était glissé dans les
cours du château. Il avait vu, à la lueur des flambeaux, Sauvage fumant
de sueur, entre deux palefreniers empressés à le frotter et à
l'envelopper de couvertures. Il avait même entendu dire à un de ces
laquais: «Diable! voilà une drôle de promenade! Heureusement que M. le
comte est couché. Sa toux nerveuse l'occupe plus que sa fille.» L'autre
avait répondu: «C'est bon! cela ne nous regarde pas. Mademoiselle n'est
pas ce qu'elle paraît, ni monsieur non plus. Mademoiselle est bonne, il
ne faut pas parler d'elle. Monsieur a le diable au corps, il faut avoir
soin d'en dire du bien.»
Simon était revenu à Guéret par la grande route. C'était le plus long,
mais il y avait moins de dangers et de difficultés. En attendant, M.
Parquet s'était fait raconter toute l'histoire, et, quoique madame
Féline eût caché le secret de Simon, il avait tout compris et tout
deviné d'avance. Ils soupèrent tous trois ensemble, et, tout en buvant
la presque totalité du vin chaud qu'il avait fait préparer pour son
filleul, M. Parquet parla ainsi:
«Enfant, tu es amoureux de mademoiselle de Fougères, et tu ne lui
déplais pas. Elle a fait voeu de célibat, tu as fait voeu de ne lui parler
jamais de ton amour, M. de Fougères ne consentira jamais à te la donner;
voilà trois obstacles à ton mariage. Cependant ces trois-là ne pèsent
pas une once si tu viens à bout de lever le quatrième; et celui-là,
c'est ta misère et ton obscurité. Il faut sortir d'incertitude; il faut
plaider d'aujourd'hui en huit. Si tu n'as pas de talent, il faut en
acquérir; si tu en as, il n'y a plus qu'un peu de patience à prendre, un
peu d'argent à gagner, et mademoiselle de Fougères est à toi.»
Simon, dont le coeur frémissait durant ce discours, supplia son cher
parrain de ne point le leurrer de ces chimères. Mais M. Parquet était un
optimiste absolu après boire.
«Cela sera comme je te dis, s'écria-t-il avec colère; tu as du talent,
j'en suis sûr. Quand j'avance une chose pareille on doit me croire. Tu
seras un jour célèbre, et par conséquent riche et puissant. C'est assez
reculer, il faut sauter; il faut jeter ton anneau ducal dans
l'Adriatique; il faut être le doge de notre dogaresse. Tu as tout ce
qu'il faut dans ta cervelle et dans ta poitrine, dans ton âme et dans
tes poumons pour être orateur. Dans huit jours la question sera résolue,
ou bien il faudra poser une nouvelle question sans se rebuter.»
Simon, craignant que le vin chaud et les divagations décevantes de son
parrain ne vinssent à lui porter à la tête, alla se coucher. En se
déshabillant, il trouva dans son gilet la lettre que sa mère lui avait
remise de la part de Fiamma, et que, dans son effroi à l'aspect de la
neige et dans les agitations qui en avaient été la suite, il n'avait pas
pu lire. A ce surcroît de bonheur, il baisa la lettre avec effusion; il
l'ouvrit d'une main tremblante. Il croyait y trouver une amicale
semonce; il n'y trouva que ces mots:
«Simon, travaillez. Je vous aime.»
Pendant que, brisé de fatigue, mais heureux comme il ne l'avait jamais
été de sa vie, il s'endormait dans un bon lit, sa mère, conduite
galamment par l'avoué jusqu'à la porte de la meilleure chambre de la
maison, lui adressait quelques reproches.
«Vous échauffez trop la tête de mon pauvre enfant, lui disait-elle. Vous
lui promettez comme certaines des choses presque impossibles. Au premier
obstacle, vous le verrez perdre courage pour s'être trop vite flatté; et
ce sera votre faute, voisin.
--Ne craignez donc rien, répondit M. Parquet; il lui faut un aiguillon.
L'ambition s'est endormie; il faut se servir de l'amour pour l'aider à
poser hardiment les fondements de sa destinée. Il importe peu qu'il
épouse sa belle, pourvu qu'il épouse sa profession.»