III.

Quelques jours avant celui où le comte de Fougères était attendu dans

son domaine, on vit, dès le matin, mademoiselle Bonne faire charger un

mulet des plus beaux fruits de son jardin, fruits rares dans le pays, et

que M. Parquet soignait presque aussi tendrement que sa fille. Le digne

homme était parti la veille. Bonne monta en croupe, suivant l'usage,

derrière son domestique. On attacha le mulet chargé de vivres à la queue

du cheval que montaient la demoiselle et son écuyer en blouse et en

guêtres de toile. Dans cet équipage, la fille vous voilà-t-il pas en

route pour courir à sa rencontre, lui préparer son dîner et le saluer

avec tout le respect d'une humble vassale? Combien de temps allez-vous

nous dérober la présence de cet astre resplendissant? Songez à

l'impatience...

--Taisez-vous, monsieur Simon, interrompit Bonne avec un peu d'humeur.

Toutes ces plaisanteries-là sont fort méchantes. Croyez-vous que mon

père et moi soyons les humbles serviteurs de qui que ce soit?

Pensez-vous que votre monsieur le comte soit autre chose pour nous qu'un

client et un hôte envers lequel nous n'avons que des devoirs de probité

et de politesse à remplir?

--A Dieu ne plaise que j'en pense autrement! répondit Simon avec plus de

douceur. Cependant, voisine, il me semble que votre père n'avait pas

jugé convenable, ou du moins nécessaire, de vous emmener hier avec lui.

D'où vient donc que vous voilà en route ce matin pour le rejoindre?

--C'est que j'ai reçu un exprès et une lettre de lui au point du jour,

répondit Bonne.

--Si matin? répliqua Simon d'un air de doute.

--Tenez, monsieur le censeur! dit Bonne en tirant de son sein un billet

qu'elle lui jeta.

--Oh! je vous crois, s'écria-t-il en voulant le lui rendre.

--Non pas, non pas, repartit la jeune fille; vous m'accusez de courir

au-devant d'un homme malgré la défense de mon père, je veux que vous me

fassiez des excuses.

--A la bonne heure, dit Simon en jetant les yeux sur le billet, qui

était conçu en ces termes:

«Lève-toi vite, ma chère enfant, et viens me trouver. M. de Fougères

n'est point un freluquet; ou, s'il l'est, son équipage du moins ne me

donne pas de crainte. En outre, il m'a amené une dame que je suis fort

en peine de recevoir convenablement. J'ai besoin de ta présence au

logis. Apporte des fruits, des gâteaux et des confitures.

Simon(#18205) · 第 10 / 26 题