Vous vous souvenez de mon pèlerinage à Lisieux, vous vous rappelez dans
quel état de découragement je me présentai à vous. Vous m'avez promis
alors de prier pour moi, et vous l'avez fait certainement car le même
jour, sur la tombe de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, tandis que je
sanglotais le front appuyé sur la croix, subitement le calme, la paix,
l'abandon succédèrent à une angoisse mortelle; quand je dis paix, je
veux parler d'un état de quiétude que je n'ai jamais ressenti, même aux
heures divines de mes ordinations, et qui, depuis lors, ne m'a jamais
quitté.
En même temps, une lumière subite inonda mon âme et la transforma. Sr
Thérèse me faisait comprendre et m'obtenait la force de vouloir suivre
la voie du renoncement total et continu. Ce fut un vrai miracle.
A cette même heure, ma mère, restée dans ma paroisse, reçut cette
inspiration: «_Inutile de te préoccuper, ton fils est guéri._» Elle
ouvrit alors au hasard un livre de piété qu'elle tenait à la main, et ce
fut le portrait de Thérèse qui s'offrit à ses regards. Elle le couvrit
de larmes de joie.
Depuis lors, je suis comme sur un rivage béni, en possession d'une paix
inexprimable.
Mais tout cela, ma Révérende Mère, n'est que le prélude des faveurs
admirables dont je suis l'objet de la part de notre angélique Sœur.
Je sens à tout moment l'assistance de quelqu'un qui féconde et conduit
merveilleusement mon ministère et mes labeurs, et me fait demeurer avec
Notre-Seigneur dans une ineffable intimité. Mes plus grosses difficultés
sont réduites à néant comme par enchantement. Malgré l'opposition
humainement insurmontable des méchants, le bien s'accentue tous les
jours davantage.
Parfois, au moment de monter en chaire, je change subitement mon sujet
d'instruction, une force mystérieuse m'inspire et me dicte des paroles
que je trouve étranges; il me serait souvent impossible de me les
rappeler ensuite pour les mettre par écrit. Et après, l'on me fait cette
réflexion: «Mais ce que vous nous avez dit, c'est divin!»
Enfin, ma Révérende Mère, je dois vous avouer que non seulement je sens
la présence de Sr Thérèse, mais aussi que je l'ai _vue_--sous les
traits de sa photographie, celle qui se trouve au commencement de
l'_Histoire d'une âme_.
La première fois, j'étais dans une grande tentation de découragement;
l'angoisse dont elle me délivra sur sa tombe me revenait. Je disais le
bréviaire dans mon jardin; tout à coup, à bout de forces, je m'arrêtai
et m'écriai tout haut: «Thérèse! Thérèse!»..... Et je la vis apparaître
devant moi; elle souriait et me dit avec une autorité toute céleste:
«CONFIANCE!» et elle disparut, ayant mis fin par ce seul mot à mon
tourment intime.
La seconde fois, je revenais de visiter un confrère; chemin faisant, je
songeais aux mille obstacles que l'impiété fait surgir contre moi dans
mon ministère paroissial, et le découragement me saisit de nouveau avec
une telle violence que je fus tenté de rebrousser chemin. Alors, avec la
simplicité et l'insistance d'un enfant, j'appelle ma libératrice... Que
vois-je? Comme un ange elle plane dans les airs, étendant son blanc
manteau sur ma paroisse, tandis que j'entends ces paroles: «_Ce n'est
pas vous seulement que je protège, je protège aussi votre peuple. Soyez,
en paix, je dirigerai tout, je serai votre bouclier._»
Confus des tendresses du Ciel, je me mis à pleurer et rentrai chez moi
l'âme inondée de joie et de confiance.
Dans une autre circonstance, l'appelant à mon secours, je la vis se
précipiter sur le démon et le terrasser, puis elle me couvrit de son
manteau avec une sollicitude de mère. A ce moment, j'avais
l'intelligence de la grandeur du prêtre. Oui, cette âme privilégiée est
terrible aux démons «comme une armée rangée en bataille».
Lorsqu'elle est auprès de moi, je perds conscience des personnes et des
choses, je ne vois plus les objets qui m'environnent, je ne vois
qu'elle, toute baignée de lumière, la physionomie rayonnante de grâce
divine, de tendresse et de force. Ces visions très rapides ne durent que
le temps de faire naître un sentiment profitable à mon âme et glorieux à
Dieu.
* * * * *
Depuis quelque temps, au commencement du saint Sacrifice, je lui demande
de me suivre dans l'oblation divine, et, ô merveille! elle m'apparaît
avec une dignité et une majesté célestes. Elle me fait alors comprendre
l'amour infini de Jésus pour l'homme pécheur, et je me sens pénétré de
tendresse pour les âmes.
Ah! ma Révérende Mère, vous le voyez, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus
s'est chargée de moi. Au ciel seulement on saura tout ce que je lui
dois. Elle m'a donné l'attrait de la vie cachée et oubliée, elle me fait
vivre dans la pratique constante du renoncement absolu; elle m'a révélé
le vrai sens de l'humilité du cœur; maintenant détaché de tout, je
comprends que je suis l'instrument indigne entre les mains de Dieu, et
j'ose dire que mon amour pour Jésus est devenu un feu qui me consume.
Je supplie à genoux mes confrères, qui ne me connaîtront jamais, de
mettre toute leur confiance en cette élue de Dieu. Qu'ils me croient:
_Sr Thérèse aime les prêtres comme elle aimait Jésus sur ta terre._
Le prêtre, n'est-ce pas Jésus avec son autorité et sa miséricorde? ON NE
CONNAÎT PAS ASSEZ LA PUISSANCE ET LE ZÈLE DE CETTE SAINTE CARMÉLITE POUR
LA SANCTIFICATION DES PRÊTRES. _Elle a daigné me le faire comprendre,
non seulement par sa sollicitude à mon égard, mais par une vision
spéciale où elle me montrait le Ciel, m'excitant à travailler avec elle
à la sanctification de mes frères dans le sacerdoce._
Oui, Sr Thérèse sera le salut des prêtres. C'est la mission qui lui a
été confiée par le Seigneur!
* * * * *
La main sur le saint Evangile, je jure que tout ce que j'ai dit dans
cette relation est conforme à la vérité.
X., _curé_.
Suivent les attestations du directeur et du confesseur de ce
prêtre.
_Les Carmélites de Lisieux demandent aux personnes qui reçoivent
des grâces attribuées à l'intercession de sœur Thérèse de
l'Enfant-Jésus, de bien vouloir, sans tarder, les faire connaître à
leur monastère._
_Elles remercient des relations déjà envoyées, ainsi que des dons
offerts en reconnaissance des grâces obtenues,--dons de toute
nature, gardés précieusement et discrètement, jusqu'au jour où il
sera permis de les exposer et de s'en servir:--ex-voto de marbre
blanc, objets d'art, dentelles de prix, bijoux d'or, pierreries,
etc.; dons en argent, faits en vue du Procès de Béatification._
[Illustration]
[Illustration: Exhumation de la Servante de Dieu, Thérèse de
l'Enfant-Jésus. (6 septembre 1910.)
Après avoir retiré le cercueil de l'ancienne tombe où l'on voit la
croix, S. G. Mgr Lemonnier, évêque de Bayeux et Lisieux, bénit la
nouvelle tombe et permet à la foule de dénier devant le cercueil. Mgr de
Teil, Vice-Postulateur, écrit, le procès-verbal; à ses pieds on voit la
palme retrouvée intacte.]