X.

120.

Hospice de Cl. (Seine), 30 décembre 1910.

Nous avons été témoin de la guérison d'une jeune fille de 17 ans,

atteinte d'hydrarthrose du genou droit, en traitement ici depuis quatre

mois, sans aucune amélioration, et qui devait, d'après l'avis du

docteur, subir une grave opération.

Malade depuis l'enfance, elle a déjà été opérée plusieurs fois et a été

longtemps traitée dans les hôpitaux pour des humeurs froides.

Dans l'attente de son admission à l'hôpital Necker (Paris), nous eûmes

la pensée de vous écrire pour demander des reliques de Sr Thérèse de

l'Enfant-Jésus. A leur arrivée, la pauvre malade pleine de confiance

commença pieusement une neuvaine avec son infirmière, et nous

appliquâmes sur le genou un sachet contenant un morceau du rideau du lit

d'infirmerie de la petite sainte.

Dès le premier jour, qui était le 10 décembre 1910, la malade fut prise

de vomissements violents, ce qui nous parut étrange, car elle a un très

bon estomac et montrait d'habitude un excellent appétit. Les

vomissements durèrent ainsi jusqu'au 13. La pauvre enfant souffrait

beaucoup aussi d'un violent point de côté. Chaque jour l'infirmière lui

lisait, pour l'encourager, quelques guérisons dues à l'intercession de

Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Alors sa confiance se ranimait; elle

voulait être toute seule et priait continuellement l'angélique sainte.

Elle affirme que, dans la nuit du 13 au 14, Sr Thérèse lui dit en

songe: «_Je te guérirai_» (la malade ordinairement ne rêvait jamais).

La journée du 14 fut fort pénible; les douleurs s'accentuèrent. Pas de

changement le 15. Le vendredi 16 décembre 1910, septième jour de la

neuvaine, le calme se fit, la malade sentit un grand mieux et, pleine de

joie, se mit à chanter. Le samedi matin, au réveil, ne ressentant plus

aucune douleur, elle sauta hors de son lit en s'écriant: «Je suis

guérie!»

Nous examinâmes son genou: tout avait disparu. A midi, elle mangea sans

aucun malaise. Le médecin arriva le lendemain, il regarda le genou, le

tâta et s'écria: «C'est renversant! plus rien! Elle est guérie!

renvoyez-la chez elle.»

Depuis, la miraculée se porte parfaitement et marche sans aucune

fatigue.

SR TH., _supérieure_.

121.

Asile des Petites Sœurs des Pauvres, Lisieux, 30 décembre 1910.

_Guérison d'un cancer à la langue._

Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus a exaucé la prière d'un de nos bons

vieillards (car bien qu'âgé de 60 ans seulement, il paraissait en avoir

80) qui lui demandait sa guérison.

Ferdinand Aubry--c'est le nom du privilégié de la petite Sainte--est

entré dans notre asile au mois de mai 1910. Dès ce moment nous avons

remarqué sur sa langue des taches qui nous firent craindre pour plus

tard un cancer. Il commençait déjà à souffrir un peu. Aux mois d'août et

septembre, les douleurs augmentèrent; il ne pouvait plus manger de

viande ni prendre d'aliments chauds.

Le 22 septembre, la langue se trouvait très envenimée; le lendemain 23,

la Sœur infirmière s'aperçut que le mal commençait à ronger les

chairs. Le 24, M. le docteur V. vint le voir. Il trouva en effet la

langue dans un état très grave. Selon notre conviction il était atteint,

soit de gangrène, soit d'un cancer; mais nous pensions plutôt que

c'était un cancer, à cause des taches que nous avions constatées à son

entrée à l'asile.

Le docteur ordonna de l'envoyer à l'hôpital, car, disait-il, nous

n'avions pas ici les tubes et ce qu'il fallait pour le soulager dans les

horribles souffrances qui l'attendaient; il voulait en même temps nous

épargner le spectacle de sa mort qu'il prévoyait devoir être affreuse.

Nous pensions bien, nous aussi, qu'elle serait cruelle, car nous avions

soigné déjà un vieillard atteint de cette maladie. En attendant son

transfert, le docteur approuva que nous prenions des précautions

sérieuses, comme celle de laver son linge à part. Il aurait voulu que

nous l'isolions des autres vieillards à cause de l'odeur infecte qu'il

exhalait. Il nous conseilla aussi de lui procurer sans tarder la sainte

Communion afin qu'il pût la faire encore une fois avant de mourir, car

le mal faisait des progrès rapides; il jugea même prudent de dire à

Monsieur l'Aumônier de ne lui donner qu'une parcelle de la sainte

hostie.

Dès le lendemain 25, on fit communier le malade. Quelques instants plus

tard, nous lui donnâmes une image et une relique de Sr Thérèse de

l'Enfant-Jésus en lui disant d'avoir confiance en elle, et de lui faire

une neuvaine pour obtenir sa guérison.

Nous avions confiance nous-mêmes, car cette petite Sainte si pure aime

les pécheurs, et nous savions que les antécédents de ce pauvre homme

n'empêcheraient pas sa céleste charité de s'exercer sur lui. Il avait

vécu de longues années loin du bon Dieu, adonné au vice abrutissant de

l'ivrognerie. A son arrivée ici, nous avions agi avec lui selon notre

coutume en pareil cas, ne le sevrant pas tout à coup, mais l'habituant

peu à peu à la sobriété; et, sa bonne volonté et son courage aidant, il

avait fini par se corriger tout à fait.

Quand je lui fis connaître la petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, je

lui lus le passage de sa vie où elle parle d'un pauvre vieillard à qui

elle porta l'aumône et qui lui inspira une si vive compassion qu'elle se

souvint de lui le jour de sa première Communion. Le bon Ferdinand en fut

touché; cette petite Sainte qui aimait les pauvres et les vieillards

l'avait conquis. Aussi fit-il sa neuvaine, selon son expression, «_avec

deux cœurs_». Tous les vieillards, émus d'une vive pitié, s'unirent à

sa neuvaine en récitant la «prière pour demander la béatification de

Sr Thérèse».

Ce même jour, 25 septembre 1910, deux Petites Sœurs allèrent en

pèlerinage à la tombe de la Servante de Dieu, à la même intention; et,

le lendemain, M. l'Aumônier offrit le saint sacrifice de la Messe pour

demander à Dieu la béatification de l'angélique Sr Thérèse et, par

son intercession, la guérison de notre malade.

Le lendemain, lundi 26, l'infirmière, en pansant le pauvre homme,

arracha avec un linge un lambeau de chair pourrie qui pendait de la

langue. Elle en fut très impressionnée, car le mal parut encore plus

visible; le bout de la langue avait disparu, et le reste continuait à se

ronger. Le cou était très enflé. A chaque pansement, on voyait les

progrès du mal. L'infirmière déclara plusieurs fois qu'il était

impossible, à moins d'un miracle, que le malheureux guérisse.

Le mercredi 28, nous allâmes au Carmel demander un pétale de roses avec

lesquelles Sr Thérèse avait embaumé et caressé son crucifix sur son

lit de mort. Au retour, nous posâmes la relique auprès du malade.

Revenant un instant après, nous fûmes surprises de ne rien retrouver

dans le petit sachet authentiqué; nous lui demandâmes ce qu'il avait

fait du précieux pétale: «Mais, ma Sœur, je l'ai mangé!» répondit-il

d'un ton résolu et qui révélait sa foi profonde.

A partir de ce moment nous constatâmes une légère amélioration. Pour lui

il ne disait rien, mais il ne souffrait plus. Nous l'apprîmes le 2

octobre lorsque, à notre grande surprise, il nous déclara tout à coup:

«Je suis guéri!--Mais depuis quand?--Depuis trois ou quatre jours!»

Le lendemain, 3 octobre 1910, dernier jour de la neuvaine, nous priâmes

notre docteur de venir voir notre miraculé. Nous le prévînmes de la

guérison, mais il crut que nous nous trompions. Lorsqu'il arriva près du

bon Ferdinand, celui-ci tout heureux ouvrit la bouche, et le docteur

s'écria: «Il est guéri, sa langue est cicatrisée!»

Alors, d'une voix rendue à peine intelligible à cause de l'absence du

morceau de langue que la gangrène avait fait disparaître, le vieillard

demanda: «Ma langue va-t-elle repousser?--Oh! pour ça non, mon ami; n'y

comptez pas, c'est bien impossible!» lui répondit le docteur étonné de

cette foi naïve.

Mais la petite Sainte ne voulut pas se contenter d'avoir miraculeusement

guéri son vieux protégé, elle lui obtint encore la merveille

extraordinaire qu'il désirait; sa langue se mit aussitôt à repousser,

et, à la fin d'octobre, elle avait repris l'aspect normal d'une langue

parfaitement saine.

Notre vieillard était atteint de paralysie; aussi en lui faisant

demander la guérison de sa langue, l'avions-nous engagé à demander en

même temps celle de son autre maladie. Mais il ne l'avait pas voulu,

disant que, pourvu qu'il ne meure pas de son cancer, tout le reste lui

était égal. Il ne tenait pas à la vie et préférait même mourir dans les

bonnes dispositions où il était.

Après être resté quelque temps dans un état stationnaire qui permit à de

nombreux témoins d'admirer en lui la puissance d'intercession de la

petite Sainte du Carmel, il s'affaiblit graduellement. Il put cependant

encore, le 8 décembre, aller en voiture jusqu'au cimetière pour

remercier sa céleste bienfaitrice; mais ce fut sa dernière sortie.

Quelques jours plus tard, le 18 décembre 1910, il rendait doucement son

âme à Dieu après avoir reçu les derniers sacrements avec une grande

piété.--Il était dans une parfaite tranquillité d'âme. Un des soirs qui

précéda sa mort, il dit: «Je suis si faible, je crois que je vais mourir

cette nuit; pour ne pas déranger Monsieur l'Aumônier, on pourrait me

donner tout de suite l'Extrême-Onction.»

Pendant son agonie, on l'encourageait par la pensée d'aller voir au ciel

son angélique protectrice; alors il demanda dans une pensée d'humilité:

«Mais, vais-je pouvoir entrer dans l'«appartement» où elle est?»

La nuit de sa mort, à onze heures et demie, l'infirmière voulut lui

donner de l'eau bénite. Le malade lui prit la main et fit un geste qui

indiquait son désir d'être aidé à faire le signe de la croix; il fixait

en même temps avec attention le portrait de Sr Thérèse attaché au

bénitier et paraissait ne pouvoir en détacher les yeux. On l'exhortait à

avoir confiance en Dieu, lui promettant l'assistance de sa céleste

bienfaitrice au moment de sa mort. En entendant le nom de Sr Thérèse

de l'Enfant-Jésus, il eut comme un tressaillement d'allégresse; son

regard mourant s'illumina tout à coup et se dirigea en haut vers un

certain point de la chambre. Il y avait dans ce regard comme une

assurance de salut!!!

Encore une remarque sur l'organe guéri: avant de mettre le corps dans le

cercueil, un docteur voulut examiner la langue, et nous pûmes voir avec

lui qu'elle était restée belle et saine.

Puisse-t-elle chanter maintenant les miséricordes du Seigneur!

Sr X., _supérieure_.

122.

X., France, janvier 1911.

A la suite d'une fièvre typhoïde je fus prise, vers la fin de 1908, de

vives douleurs au bras gauche qui annonçaient la carie des os. Une large

plaie suppurante s'était formée au poignet et un jour, en baignant mon

bras, je vis avec frayeur un petit fragment d'os s'en détacher.

Le médecin déclara l'urgence d'une opération: il s'agissait de mettre

l'os à nu et de nettoyer la partie atteinte afin d'arrêter--si c'était

possible--les progrès du mal.

Un retard forcé me permit d'aller, le 15 avril 1909, me recommander aux

prières du Carmel de X. Là on m'engagea à prier Sr Thérèse de

l'Enfant-Jésus et on me remit une de ses reliques. Je l'appliquai sur

mon mal et elle y resta pendant la neuvaine que je commençai dès le

lendemain, 16 avril, en union avec le Carmel.

Au jour fixé pour l'opération, le médecin arrive avec ses instruments de

chirurgie, il stérilise la lancette qui doit fouiller mon pauvre bras

tandis que je le débande. J'entre dans la salle d'opération, le docteur

s'approche, regarde ma plaie: elle est cicatrisée; il s'écrie: «Mais

c'est guéri, il n'y a pas besoin d'opération!» En effet je ne souffrais

plus!

Près de deux ans se sont écoulés depuis et jamais la moindre douleur n'a

reparu.

Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même · 第 304 / 403 题