Un mal de gorge persistant me faisait craindre de ne plus pouvoir
remplir les obligations de mon saint ministère.
Après une courte instruction d'un quart d'heure que j'avais faite avec
beaucoup de peine, je rentrais triste à la maison, quand un sentiment de
confiance envers Sr Thérèse ranima mon courage. Avec son portrait je
traçai le signe de la croix sur ma gorge. Immédiatement je remarquai un
parfum exquis de violettes qui s'exhalait de l'image, et dès le
lendemain j'étais complètement guéri.
Rd Père Ed. J.
101.
X., septembre 1910.
Etant allée rendre visite à Mme X., je la trouvai dans une très
grande affliction. Son mari, âgé de 35 ans, était bien malade depuis 7
mois, perdu au dire des médecins... Je lui conseillai de lire la vie de
Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la prier, ce qu'elle fit.
Le 15 mars, le malade ayant reçu une relique de Sr Thérèse de
l'Enfant-Jésus, une neuvaine fut commencée à la petite sainte. Il se
trouvait alors à toute extrémité, et ce que sa femme demandait, ce
n'était plus sa guérison mais sa conversion: depuis l'âge de 20 ans, il
avait laissé toute pratique religieuse!
Le 19 mars, cinquième jour de la neuvaine, il était mourant, dans le
coma, il râlait; son corps était tout noir par la décomposition et
sentait comme un mort de trois jours.
Sa femme, au désespoir, priait tout haut: «Mon Dieu! disait-elle, et
dire qu'il meurt sans s'être converti!... pourtant j'ai tant prié!...»
Tout à coup, le mourant ouvre les yeux, s'assied sur son lit, reste un
moment comme en contemplation et dit: «C'est elle... oui... c'est bien
elle!... Je suis guéri!»
Il demande un prêtre, se confesse et communie à la grande édification de
chacun. Il était radicalement converti.
«Commençons une neuvaine pour remercier Sr Thérèse, dit-il, elle m'a
guéri... Ah! je n'ai plus qu'un désir: c'est de vivre en bon chrétien,
c'est de réparer tant d'années passées loin de Dieu!»
Il ne souffrait plus et avait repris toutes les fonctions de la vie;
c'était une guérison bien réelle, il ne lui restait plus qu'une grande
faiblesse.
Mais cette guérison, ou plutôt ce retour à la vie ne lui avait été
accordé qu'afin de lui permettre de revenir à Dieu avec toute sa
lucidité d'esprit et toute la force de sa volonté; quinze jours plus
tard, les crises le reprenaient. Sa femme et les religieuses rappelées
en toute hâte, craignirent pour sa foi, mais elle n'en reçut aucune
atteinte; au contraire, de converti qu'il était pendant les quinze jours
de retour à la santé, il devint un saint dans sa maladie qui devait
durer six semaines encore. Alors, il donna les plus beaux exemples de
patience et de résignation, craignant de prendre ce qui pouvait le
soulager. Pour n'en citer qu'un exemple: «J'ai tant à expier, disait-il
à la religieuse qui voulait lui faire une piqûre pour calmer d'extrêmes
douleurs, ne serait-ce pas mieux de souffrir?...»
Un mois après l'événement, sa femme lui ayant demandé s'il avait vu la
petite sainte: «Non, dit-il, je ne l'ai pas vue; mais elle était là, je
la sentais, je ne saurais expliquer comment...» Et après une hésitation:
«J'ai vu, ajouta-t-il, la sainte Face de Nôtre-Seigneur.» Plus tard
lorsqu'on lui montra une image de la sainte Face, peinte au Carmel de
Lisieux: «C'est ainsi que je l'ai vue», dit-il. Les religieuses m'ont
dit qu'il avait dû la revoir plusieurs fois. Quelques jours avant sa
mort, comme il venait de dicter ses dernières volontés et qu'il voyait
tous les visages attristés: «Pourquoi tant vous désoler?» dit-il. Puis,
après avoir hésité un moment... «Il faut que je vous fasse une
confidence: Je sais que je vais au Ciel.» Alors il demanda qu'on mît
avec lui sa relique et recommanda à la religieuse de prier bien haut
quand il ne pourrait plus parler, afin qu'il pût s'y unir. Il fit de
tout cœur le sacrifice de sa vie, disant «qu'il n'avait désiré vivre
qu'afin de pouvoir réparer». Le matin de sa mort, il s'efforçait encore
de s'unir aux prières.
Sept personnes de la famille et le valet de chambre se convertirent et
firent leurs Pâques, tant cette conversion les avait touchés.
Sr X.
102.
Strasbourg (Alsace), 17 septembre 1910.
Notre petit garçon, François, âgé de 5 ans, languissait depuis deux
jours lorsque le médecin nous déclara, dans la nuit du 13 au 14 août
1910, qu'il était atteint d'une broncho-pneumonie; il avait à ce moment
une très forte fièvre. Dans la journée du 14, ma tante, Mme K., me
remit une petite relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus afin que je
la mette à l'enfant. Je le fis avec une grande confiance; aussi deux
heures après, la fièvre qui, le matin, était encore de 38°5, tomba à
37°4, et le soir, quand le médecin revint, le thermomètre ne marquait
plus que 37°3.
Le médecin, qui venait trois fois par jour, tant il jugeait le cas
grave, me dit alors: «Ce n'est pas possible que le thermomètre ne marque
que 37°3, vous vous êtes trompée.» A son tour il vérifia, c'était bien
cela. Il n'en revenait pas et ajoutait: «Ne vous faites pas illusion,
c'est une nouvelle crise qui se prépare...» Moi, j'étais sûre de la
guérison miraculeuse, et je ne m'étais pas trompée. _La fièvre ne revint
plus_: notre petit était sauvé! L'enfant qui avait perdu tout appétit et
trouvait tout amer, a commencé, le 15 déjà, à bien manger; le poumon
était dégagé, et la toux diminuait. Dès ce jour, il était tout à fait
remis.
Ce qu'il y a d'extraordinaire dans les faits que je vous relate, c'est
que le mal a été coupé pour ainsi dire _instantanément_, qu'il n'y a pas
eu un mieux progressif, mais _subit_.
Mme N.
103.
Carmel de X. (Alsace), 29 septembre 1910.
Il y a un lien très fort entre mon âme et Sr Thérèse de
l'Enfant-Jésus. Dans des affaires personnelles, elle m'a exaucée d'une
manière _sensible_ et je l'ai même _vue_ une fois passer devant moi en
souriant. Une autre fois, il y a 6 ans, alors que tout était à redouter
pour notre pauvre France, je me vis transportée, en un songe mystérieux
que je n'oublierai jamais, dans une sorte d'oratoire où se trouvait un
grand Christ et à ses pieds une religieuse plongée dans la prière. Elle
pleurait et, à mesure que ses larmes tombaient à terre, je les voyais se
transformer en diamants...
M'approchant alors, je pus voir le doux visage de la sainte et je
reconnus Sr Thérèse: «C'est pour la France, n'est-ce pas?» lui
demandai-je. Elle leva vers moi son regard plein de larmes: «_Oui_,
dit-elle, _Jésus ne veut plus attendre, il va sévir_». Elle se remit à
prier, et je pleurai et priai avec elle. Soudain elle se releva et dit
d'un accent que je n'oublierai jamais: «_Jésus m'a promis de ne pas
punir encore._»
Je le répète, cette vision a laissé dans mon âme un inoubliable
souvenir.
Sr X.
104.
Carmel de St-Ch. (France), 3 octobre 1910.
Mme X., après une maladie dont elle se croyait à peu près remise, eut
une de ses jambes qui enfla démesurément et devint noire comme du
charbon. Pendant vingt-quatre heures, elle en souffrit atrocement. Ne
trouvant de soulagement en aucun des moyens essayés, elle mit sur sa
jambe malade une image-vêtement de notre vénérée Sœur. Aussitôt
enflure et douleur disparurent.
105.
Congrégation des Sœurs de Ste-Marie. T. (M.-et-L.),
5 octobre 1910.
Depuis treize ou quatorze ans, je souffrais d'ulcères de l'intestin avec
entérite membraneuse. Les douleurs, plus ou moins vives, étaient
presque continuelles. Je ne pouvais supporter aucune fatigue sérieuse
sans être obligée de me mettre au lit. J'avais parfois des crises aiguës
qui duraient trois ou quatre semaines, quelquefois plus.
Tous les remèdes et traitements ne m'ont jamais procuré qu'un
soulagement momentané; aussi, ces deux dernières années, je n'en faisais
plus aucun, je me contentais de prendre des calmants quand les douleurs
devenaient plus fortes.
Depuis que notre Rde Mère Supérieure nous a fait connaître Sr
Thérèse de l'Enfant-Jésus, je me suis sentie attirée vers elle... Et,
voyant un jour une petite plante prise sur sa tombe, il m'a semblé
qu'elle m'apportait ma guérison.
Aussi le dimanche de la Passion, 28 mars 1909, me sentant prise de
douleurs aiguës, j'en appliquai une feuille sur la partie malade, et je
commençai avec grande confiance une neuvaine à Sr Thérèse. Au cours
de la neuvaine je me trouvai mieux; mais le dernier jour, lundi des
Rameaux, je fus reprise, pendant la Messe, de douleurs si vives que je
me demandais si je pourrais aller faire la sainte Communion.
Je priai alors Sr Thérèse avec plus d'insistance et de confiance que
jamais, et aussitôt les douleurs disparurent pour ne plus revenir.
J'étais complètement guérie!
Depuis dix-huit mois, j'ai pu supporter la marche et le travail sans
fatigue.
J'ai reçu en même temps de Sr Thérèse des faveurs spirituelles que je
n'estime pas moindres que ma guérison miraculeuse.
Sr M.
Suivent les signatures de la Supérieure et de plusieurs
religieuses.
106.
Paris, 9 octobre 1910.
Depuis un an, mon fils âgé de 9 ans 1/2 souffrait de violents maux de
tête. Le samedi matin, 28 mai, il se plaignit d'une douleur dans
l'oreille gauche; malgré cela, je l'envoyai à l'école comme d'habitude.
En revenant à midi, il souffrait horriblement, il avait le délire et,
pendant trois jours, il ne fit que crier, appelant le petit Jésus à son
secours. Alors, le docteur me dit qu'il fallait voir un spécialiste.
Je conduisis mon enfant à l'hôpital le 31 mai; les docteurs déclarèrent
qu'il avait une mastoïdite double,--le mal avait gagné l'autre oreille
et il ne pouvait plus poser sa tête sur l'oreiller--qu'une intervention
chirurgicale était nécessaire et qu'il fallait le trépaner.
Ah! ma Révérende Mère, comment vous dire notre désespoir! Ce petit
enfant, c'est notre seul bonheur, nous n'avons plus que lui, le bon Dieu
nous a déjà repris deux petits anges; allait-il encore nous prendre
celui-ci?... Je courus à l'église Sainte-Marie des Batignolles; un
prêtre était de garde; je lui dis ma peine, mon désespoir. Alors ce bon
prêtre, que je ne connaissais pas, me réconforta en me disant de
demander avec confiance à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus la guérison de
mon petit Edmond. Tous les jours, à sept heures, j'assistais à la Messe,
et avec quelle confiance je priais Sr Thérèse!... puis j'allais voir
mon enfant.
De jour en jour, l'opération a été remise; le dépôt qu'il avait dans la
tête s'écoula de lui-même par les oreilles, et le 10 juin, j'avais le
bonheur de ramener chez nous mon fils entièrement guéri.
Mme G.
107.
Lisieux, 21 octobre 1910.
Notre enfant, âgé aujourd'hui de dix ans et demi, était malade depuis
l'âge de sept ans, d'une coxalgie tuberculeuse. Pendant que nous
habitions Lisieux, il reçut les soins de docteurs dévoués, qui furent
obligés de constater leur impuissance; l'un d'eux nous conseilla d'aller
à Paris chez un spécialiste, lequel, après consultation de l'enfant, ne
nous cacha pas ses craintes. Il nous dit que le cas était très grave et
qu'il en voyait rarement de pareils. Le petit avait des douleurs si
aiguës qu'il ne faisait que crier, ce que le docteur n'avait pas encore
vu jusque-là.
Après l'avoir endormi pour lui redresser le côté, car il avait une
déviation de la colonne vertébrale, il lui mit un appareil en nous
disant de revenir tous les quatre mois, car il fallait cette durée pour
que le docteur se prononçât.
A cause des inondations de Paris, nous ne retournâmes qu'au mois de
février cette année 1910, voir ce spécialiste. L'enfant s'était encore
affaibli et était maigre comme un squelette, et il lui était survenu une
entérite aiguë qui aggravait beaucoup son état. Il souffrait de plus en
plus et ne pouvait prendre que très peu de nourriture et difficilement.
Sa respiration était si faible et il était d'une telle pâleur, que
souvent, la nuit, je me levais pour m'assurer, quand il dormait, s'il
vivait encore; mais son sommeil était rare, car cet appareil de plâtre
le faisait beaucoup souffrir.
Cela dura jusqu'au mois d'avril; ayant entendu parler des miracles
obtenus par votre petite sainte, j'en entretins M. l'abbé X., vicaire de
St-J., lorsqu'il vint voir notre petit Ernest, et il nous conseilla
de l'invoquer pour obtenir la guérison de notre enfant. Puis il dit à
celui-ci: «Prie bien la petite sainte du Carmel, elle opère beaucoup de
miracles, et même elle apparaît quelquefois pour guérir les petits
enfants malades comme toi, qui ont confiance en elle.» Et mon petit
Ernest se mit à la prier de tout son cœur. Seulement il s'étonnait de
ne pas la voir apparaître et il dit à M. l'abbé: «J'ai prié la petite
sainte pour qu'elle vienne me guérir, mais je ne l'ai pas encore vue.»
Le 25 avril, malgré que je sois moi-même très souffrante et obligée de
garder le lit, je me sentis poussée d'aller au cimetière; mon mari
voulait s'y opposer, ayant peur que je fasse une imprudence; mais je
partis quand même, et là, sur la tombe de Sr Thérèse, je la suppliai
de bien vouloir m'obtenir, avec l'aide de Notre-Dame de Lourdes, la
guérison de notre enfant si malheureux. Je rapportai deux fleurs que je
fis baiser au petit malade. Nous priions tous en famille la chère petite
sainte. L'enfant souffrait toujours, on ne pouvait le toucher pour le
mettre sur la chaise longue sans qu'il jette des cris. Mais, voilà que
le 15 mai, jour de la Pentecôte, après avoir soupé, il s'écria devant
plusieurs personnes qui étaient là avec nous: «Oh! comme j'ai chaud!»
Sa tante lui dit: «Découvre-toi, mon petit Ernest», mais il répondit:
«Non, je vais me lever car je ne souffre plus, ça ne me fait plus mal».
Alors il se leva et vint nous trouver, et fit le tour de la table.
O ma Mère! je ne croyais pas à un tel bonheur et aussitôt je dis devant
tout le monde: «Oh! Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus m'a exaucée, mon
petit Ernest est guéri!...» Tous étaient stupéfaits de le voir se tenir
debout, lui qui, le matin, criait encore. A partir de ce moment il se
levait tous les jours, marchant comme il pouvait avec son lourd appareil
et descendant même l'escalier.
Mais votre petite sainte ne voulait pas seulement la guérison de notre
enfant, elle voulait aussi la guérison de nos âmes, et cela fut obtenu à
la fin d'une neuvaine que nous faisions à Sr Thérèse pour qu'elle
affermisse la guérison de notre enfant.
En lisant quelques traits de la vie de cette véritable sainte, une
transformation s'opéra en nous, et après quatorze ans d'oubli de Dieu,
mon mari et moi nous approchâmes du sacrement de Pénitence la veille de
la Fête-Dieu, ainsi que de la sainte Table, en suppliant Notre-Seigneur,
par l'intercession de sa petite épouse, que notre enfant fût bien guéri
et bien fort pour que lui aussi puisse faire sa première Communion.
Le docteur X., émerveillé de ce qui était arrivé à notre petit Ernest,
ne voulut pas se charger de retirer son appareil; il préféra me renvoyer
pour cela au spécialiste de Paris, afin qu'il pût, lui aussi, constater
la guérison. Je ne pus y aller qu'au mois de juin, mais ce docteur ne
voulut pas croire mon enfant guéri et refusa d'enlever l'appareil,
disant qu'il lui fallait le porter encore plusieurs années, si,
toutefois, il arrivait à le guérir. Je lui dis: «Vous voyez bien,
docteur, que mon enfant est guéri puisqu'il marche.» Alors, devant la
clinique entière, il me dit: «Cet enfant n'est pas guéri, il en est loin
et je ne retire pas l'appareil, ou alors je ne réponds pas des suites
fâcheuses qui en résulteront.» Le petit, intimidé et effaré, ne voulait
plus qu'on le touche et pleurait. Voyant tout cela, je dis au docteur
que je voulais lui parler seule. Je sortis de la salle avec lui et, une
fois dans son cabinet de consultation, je lui avouai, bien émue, ce que
j'avais fait, comment cette guérison avait été obtenue par la prière et
comment mon mari et moi étions revenus à Dieu. Ce docteur, qui est
pratiquant, me crut alors et me dit: «Cela est autre chose!» Et,
rentrant dans la salle, il dit à ses aides: «Messieurs, coupez
l'appareil!» Puis, se tournant vers moi, il me dit: «L'enfant marche
avec son appareil, maïs je ne serais pas surpris qu'il y ait un abcès,
et certainement il y en a un; nous allons voir.»
Certes, je n'en croyais rien, puisque l'enfant ne souffrait pas depuis
ce jour béni de la Pentecôte!... Enfin, un interne coupa le plâtre après
m'avoir dit: «Vous avez tort.»
Le côté et la jambe de mon fils apparurent très beaux, tandis qu'au mois
de février la peau était toute tuméfiée. Alors le docteur dit: «Oui, il
y a un abcès, et un très grave»; et il fit une ponction pour vider
l'abcès qui s'était formé et qui était la preuve de la coxalgie
tuberculeuse. Il retira deux seringues de pus en me disant: «C'était
mortel. Vous avez bien fait de venir et d'insister pour faire enlever
l'appareil; cet abcès profond serait venu à la peau et aurait causé un
ulcère qu'on n'aurait pu guérir; mais, à présent, il faut de toute
nécessite remettre un nouvel appareil».
Aussitôt je m'écriai: «Non, non, je ne veux pas d'appareil, je suis
certaine que mon enfant est guéri.--Eh bien, allez, dit le docteur d'un
air mécontent; mais votre enfant va endurer de si cruelles souffrances
que d'ici deux jours vous reviendrez, s'il n'est rien survenu avant.»
Il voulait dire: «Si votre enfant n'est pas mort», car il pensait, nous
a dit la sœur directrice de la clinique, qu'il ne ferait pas le
voyage.
L'enfant avait le côté sensible, c'est vrai, mais l'avoir eu si
longtemps immobilisé, ce n'était pas extraordinaire!
Je ne dis rien et partis en gardant toute ma confiance. Je me rendis
chez une tante, ma seconde mère, qui est femme de chambre au Luxembourg.
La dame de la maison fit donner à mon petit Ernest un consommé de
bouillon, une aile de poulet, une tartine de confiture, un gâteau et
deux verres de vin qu'il trouva excellents.
Le voyage de Paris à Lisieux se fit sans qu'il ressentît aucune douleur;
il dormit paisiblement dans le wagon, ce que le docteur apprenant, il
n'en revenait pas; car il croyait bien apprendre sa mort ou qu'il avait
souffert d'une manière épouvantable, plutôt qu'une chose aussi
miraculeuse!
Au mois d'août nous retournâmes à Paris, et le docteur trouva à peine
une demi-seringue de pus dans l'abcès qui s'était formé _sans
occasionner la moindre souffrance_. «C'est vraiment merveilleux, dit-il,
un cas pareil! en si peu de temps, s'asseoir et se mettre à genoux! Cela
me surpasse!»
Nous y retournâmes encore fin septembre et, après examen de quatre
docteurs, on ne trouva plus rien: ni abcès, ni ankylose; l'articulation
de la hanche se faisait très bien; ces messieurs étaient stupéfaits:
«Mais, où tout cela est-il passé en si peu de temps?» disaient-ils; ils
ne trouvaient même plus la place de l'ancien abcès.
Or, ma bonne Mère, dans l'état où était le petit, il fallait compter au
moins six ans, si toutefois on avait pu le guérir.
Encore un fait que je dois vous dire. D'abord il faut que vous sachiez
qu'Ernest n'osait pas se risquer à marcher sans deux petits bâtons. Le
15 août, en rentrant de la grand'messe, il se mit tout à coup à fixer un
objet invisible; sa figure était illuminée. Puis il se mit à marcher
sans bâtons, très droit, pendant cinq minutes; on aurait cru que
quelqu'un le tenait par les épaules; mon mari et moi, nous nous
demandions ce qu'il avait. Il nous dit: «_C'est ma petite Mère Thérèse
qui me tient comme cela et qui me fait marcher sans m'appuyer; je ne la
vois pas, mais je la sens derrière moi._» Et comme i! fixait toujours le
mur, les yeux comme éclairés d'une céleste vision, nous lui dîmes:
«Mais, que vois-tu, mon petit Ernest?» Il s'écria: «_Oh! ma petite Mère
est partie!_» En effet, tout était fini... Mais que nous étions
heureux!.....
A partir de ce jour béni, il marcha sans se tenir et beaucoup mieux;
l'appétit revint tout à fait; maintenant il mange très bien et dort de
même, marche sans appui et va tous les jours à l'école. Sa jambe encore
bien faible le fait boiter, mais j'ai confiance en la petite Sr
Thérèse pour lui enlever cette faiblesse. L'autre jour, en jouant, il
est tombé et ne s'est aperçu de rien, malgré que le docteur nous ait
prévenus qu'il fallait éviter la moindre chute qui, pour lui, serait
très grave.
Voilà, ma révérende Mère, comment Sr Thérèse protège son petit
enfant. Aussi est-ce avec une profonde reconnaissance que nous vous
adressons, mon mari et moi, cette relation et que nous serions heureux
si elle pouvait aider à glorifier Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et de
la Sainte Face. C'est là notre plus grand désir!
Suivent les signatures de la mère, du père et de l'enfant, avec
l'attestation d'un des médecins.
108.