Depuis de longues années, ma domestique souffrait de malaises d'estomac
allant toujours s'aggravant. Finalement, le docteur dit: «Il n'y a plus
qu'une chance de prolongement de vie: l'opération.»
La malade, ne pouvant plus se nourrir, s'y résigna. Il y avait
rétrécissement et affection grave au pylore. C'était l'affaire de
quelques jours, de quelques semaines au plus.
L'opération eut lieu un vendredi. Le dimanche j'allai voir la malade que
je trouvai dans un état épouvantable. Des vomissements de sang à pleine
cuvette l'avaient réduite à ce qu'il y a de pire: physionomie sans vie,
yeux ternes. Comme voix, un souffle à peine perceptible, inconscience
presque complète. Comme nourriture, une seule chose possible: de la
glace trempée dans du lait. On croyait si bien à sa mort, que les
démarches étaient faites auprès des municipalités pour obtenir les
pièces nécessaires à l'inhumation.
Mais la fille de la malade m'avait envoyé une petite relique de Sr
Thérèse de l'Enfant-Jésus, me demandant avec instance de la faire
appliquer à sa mère. Je la confiai à la religieuse qui la soignait, et
elle lui fut appliquée.
A partir de ce moment, je reçus chaque jour des nouvelles de plus en
plus rassurantes. Au cours de la neuvaine, la malade avait
considérablement repris. Elle mourait de faim et avait grand'peine à
s'en tenir au régime exigé.
Quinze jours après, je la ramenai chez moi. Depuis longtemps elle a
repris son travail, ne sent point de malaises, mange bien, en un mot se
sent guérie.
L'abbé B., _curé_.
58.
X., Turquie d'Asie, 18 octobre 1909.
Je soussigné, pour la plus grande gloire de Dieu et la glorification de
ses saints, déclare ce qui suit:
Au mois de juin dernier, ma belle-sœur, se trouvant dans son
cinquième mois, reçut un sérieux coup de la part de son premier enfant
âgé de deux ans qui, tout en s'amusant, se précipita sur elle. Il
s'ensuivit des douleurs tellement vives que le docteur, appelé en toute
hâte, déclara qu'il y avait à craindre sur l'heure un terrible accident
ou bien que l'enfant naîtrait estropié.
Je recommandai aussitôt la chère malade et son enfant aux prières des
religieuses carmélites de cette ville, qui demandèrent à Dieu la
guérison de la mère en même temps que le parfait état de l'enfant, par
l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, morte en odeur de
sainteté au Carmel de Lisieux. En même temps, elles me remirent pour la
malade un morceau de vêtement de ladite sainte.
Aussitôt que la relique fut appliquée sur le mal, les douleurs cessèrent
et la mère se leva le lendemain pour reprendre ses occupations
habituelles.
Depuis, tout marcha bien et jamais plus douleur ne reparut. La mère
était sauvée... Restait à examiner l'état de l'enfant.
Ce fut une fillette qui vint au monde le 13 octobre, dans un parfait
état de santé et nullement estropiée, au grand étonnement du docteur. En
signe de reconnaissance, toute la famille a décidé à l'unanimité que
l'enfant portera le nom entier de «Thérèse de l'Enfant-Jésus».
Abbé X.
_Aumônier du Carmel de X._
59.
Rome, 30 octobre 1909.
En lisant la brochure des faveurs attribuées à l'intercession de Sr
Thérèse de l'Enfant-Jésus, j'ai pensé qu'un petit chapitre y manquait:
celui de ma guérison spirituelle qui, à mon avis, est un grand miracle.
Je vais le dire le plus brièvement possible:
Ma pauvre âme répondait en tout au portrait de ce qu'on pourrai appeler
d'une manière générale, l'_âme moderne_: ténèbres de l'esprit et
sentimentalité maladive et non moins pénible du cœur.
J'avais reçu une de ces formations si communes de nos jours, où tout est
superficiel, où, comme le disait un religieux éminent, l'on croirait
trouver l'élément du semi-pelligianisme. C'est une étude continuelle,
énervée de soi, et un oubli complet de la grâce. Il arrive alors que les
meilleures volontés succombent, se croyant seules à lutter contre la
mauvaise nature.
Il faut connaître cet état par expérience, ma Révérende Mère, pour
pouvoir s'en faire une idée exacte. Aujourd'hui que Sr Thérèse de
l'Enfant-Jésus a donné la paix à mon âme, je puis jeter un regard sur ce
passé et en comprendre toutes les misères.
Ce que j'ai souffert pendant ma première année de noviciat, je renonce à
vous en parler. Je crois tout dire en vous assurant que ce fut un
martyre perpétuel.
Le scrupule avait formé en moi comme une seconde nature, mon esprit
voyait tout en noir. C'était la nuit, nuit horrible, nuit que je sentais
et que je me voyais impuissant à éviter. On ne marche pas impunément
dans les ténèbres, dans un chemin composé d'une suite de précipices;
aussi ma pauvre âme tomba à diverses reprises dans des abîmes de
misères. Jésus le permit sans doute pour mieux manifester un jour la
puissance de sa petite épouse, car le salut devait me venir par elle.
Je souffrais toujours beaucoup lorsque «l'Histoire d'une âme» arriva
providentiellement dans notre monastère. Je voulus la lire à mon tour,
et cette lecture produisit en mon esprit une telle impression qu'un
rayon d'espérance vint éclairer les ténèbres de mon âme.
Sachant que je ne pouvais garder le livre, je m'empressai de prendre des
notes car je crus voir là comme l'aurore de ma délivrance. C'était bien
cela en effet. Cette petite «reine» venait d'étendre son royaume jusque
dans ma pauvre âme, et elle agit en vraie souveraine dans le royaume
qu'elle venait de conquérir. Elle commença en moi un travail de
transformation qui, en peu de temps, allait remplacer une vie de trouble
et de souffrances par une autre toute de paix et de joie sainte.
La première parole qui sortit des lèvres de mon vénéré Père Abbé, en
constatant par lui-même l'action toute divine de cette élue de Dieu sur
moi, fut un conseil pressant de vous le faire savoir afin que cela pût
servir à la gloire de celle que j'appelle ma libératrice, la vraie mère
de mon âme...
Rd P. X.
60.
N. (Aube), 2 novembre 1909.
Le 2 août dernier, mon petit garçon, âgé de cinq ans, fut atteint d'une
péritonite à la suite de la rougeole. Malgré les soins du médecin,
l'enfant s'affaiblissait de jour en jour de sorte qu'on craignait pour
la poitrine. Il avait une forte fièvre, un point douloureux au côté et
était devenu d'une extrême maigreur.
Au bout de deux mois, le médecin ayant déclaré qu'il n'y avait ni
médecin, ni médicament capable de le guérir, on eut recours à un
spécialiste qui ne fit que confirmer le diagnostic du docteur, ne nous
cachant pas que l'enfant était perdu, et que la seule chose à tenter
était le grand air et la suralimentation. Nous comprenions qu'un miracle
seul pouvait le sauver.
Madame la Supérieure du Carmel de X. nous conseilla de faire une
neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, dont elle avait éprouvé pour
elle-même la puissante intercession.
Dieu nous a exaucés! Le huitième jour de notre neuvaine, le cher enfant
se lève, l'appétit revient, et l'obstruction intestinale disparaît,
c'est une véritable résurrection.
Quelle reconnaissance ne devons-nous pas à Sr Thérèse! Que Dieu nous
accorde sa prompte béatification afin qu'elle soit connue et aimée de
tous!