Je suis un séminariste âgé de 23 ans. Après de nombreux crachements de
sang et hémorragies violentes, j'étais arrivé à un tel degré
d'affaiblissement que je dus m'aliter le 28 août 1906. Deux médecins
jugèrent mon état très grave: une caverne profonde s'était formée au
poumon droit, les bronches étaient très endommagées, et l'analyse des
crachats révéla la présence du bacille de la tuberculose. Les médecins
s'avouèrent impuissants et me condamnèrent.
Alors, mes parents, éplorés, sollicitèrent ma guérison de Notre Dame de
Lourdes par l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, et je
passai à mon cou un sachet des cheveux de cette petite sainte. Les
premiers jours de cette neuvaine, mon état s'aggrava: j'eus une
hémorragie si violente que je pensai mourir; on appela en toute hâte un
prêtre; mais, bien que l'on m'engageât à faire le sacrifice de ma vie,
je ne pouvais m'y résoudre et j'attendais avec confiance la fin de cette
neuvaine. Le dernier jour, aucun mieux ne s'était produit. Alors le
souvenir de Thérèse se présenta à mon cœur, la parole qui a si
nettement esquissé sa grande âme me pénétra d'une confiance indicible:
«_Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre._» Je pris au mot
la jeune Carmélite. Elle était au ciel, oh! oui, j'en étais sûr; j'étais
sur la terre, je souffrais, j'allais mourir: _il y avait du bien à
faire_, il fallait qu'elle le fît. Serrant donc fortement contre ma
poitrine la chère relique, je priai la petite sainte avec tant de force,
qu'à la vérité, les efforts mêmes, faits en vue de la vie, eussent dû me
donner la mort.
Nous recommençâmes une neuvaine, demandant cette fois ma guérison à
Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus elle-même, avec promesse, si elle nous
exauçait, d'en publier la relation. Dès le lendemain la fièvre baissa
subitement, et, les jours suivants, après l'auscultation, le médecin
conclut au rétablissement d'une façon aussi catégorique qu'il avait
affirmé la fin. De la caverne du poumon il n'y avait plus trace;
l'oppression avait cessé et l'appétit revenait sensiblement. J'étais
guéri.
Mais en même temps qu'elle renouvelait mes forces physiques, Thérèse
accomplissait aussi en mon âme une transformation merveilleuse. En un
jour, elle a fait en moi le travail de toute une vie.
Je m'arrête, ma Révérende Mère, Dieu m'a mis au cœur une telle
reconnaissance que je ne saurai jamais l'exprimer. Aidez-moi à lui
rendre grâce.