Je viens vous relater, avec une reconnaissance bien profonde, le fait
d'une protection merveilleuse dont j'ai été l'objet de la part de votre
angélique Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.
Le 22 septembre 1908, étant à New-York avec notre Révérende Mère, nous
eûmes à traverser, pour reprendre le train, un croisement de voies
ferrées encombré de voitures, de tramways, d'automobiles, etc. Je crus
que notre Mère était passée et je voulus la suivre, mais elle avait vu
venir, sans avoir eu le temps de m'en prévenir, un tramway électrique
qui me heurta en plein front et me fit tomber. Lorsque le mécanicien
parvint à l'arrêter (après un trajet de 5 ou 6 mètres), tout le monde me
croyait écrasée et la foule se pressait autour de moi; mais je me
relevai sans le moindre mal! Notre Mère s'était approchée, pâle comme sa
guimpe... On nous entourait, on voulait m'aider à marcher. Des
«reporters» de journaux demandaient mon nom. Notre Mère disait: «C'est
une religieuse exilée de France, le bon Dieu a fait un miracle en sa
faveur.» Alors on nous laissa passer avec une sorte de respect, bien que
la foule augmentât toujours. Pour nous soustraire à une ovation, nous
entrâmes dans une maison où l'on nous reçut avec la plus grande bonté et
je dis à notre Mère: «_C'est la petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus
qui m'a préservée: je l'ai sentie au moment de l'accident._» Et sortant
de ma poche une de ses petites photographies que j'avais dans un carnet,
je la baisai avec reconnaissance. Depuis, elle ne me quitte plus.
Je ne puis dire quelle impression de surnaturel nous avait envahies.
Cependant, les «reporters» nous avaient suivies pour demander des
détails. Ils me regardaient avec ébahissement, ne semblant pouvoir
admettre que je n'eusse pas été blessée; car sous ces lourdes machines,
appelées ici «streets cars» et beaucoup plus volumineuses que nos
tramways français, il y a tout un attirail de chaînes qui devraient au
moins blesser ceux qui sont dessous. Le mécanicien avait dit à notre
Mère que j'avais été enfermée entre les roues avec tant de précision,
que c'est comme si la mesure de mon corps avait été prise. Plusieurs
journaux ont dû relater le fait.
Enfin, lorsque la foule fut presque dispersée, nous nous dirigeâmes vers
la gare, marchant assez vite pour ne pas être suivies de nouveau. Quand
nous fûmes installées dans notre compartiment, notre Mère encore tout
émue me demanda: «N'avez-vous pas mal à la tête?--Pas du tout, pas plus
que si j'étais tombée sur un lit de plumes.--Ne portiez-vous pas vos
lunettes bleues quand vous êtes tombée?--Oui, je les avais et les ai
remises inconsciemment dans ma poche en me relevant: les voici, elles
sont intactes. Je ne sais vraiment, ni comment je suis tombée, ni
comment je me suis relevée; tout ce que je puis dire, c'est qu'il m'a
semblé pendant quelques instants être dans un autre monde, une puissance
surnaturelle agissait.»
Nous convînmes, notre Révérende Mère et moi, de ne parler de cet
événement qu'à M. l'Aumônier, pour lui demander une messe d'action de
grâces. Cependant, notre Mère crut de son devoir de tout raconter au
docteur du couvent. Il vint, me croyant du moins couverte de blessures;
mais... rien, pas même une égratignure! et il partagea notre sentiment
que cette protection tenait du miracle.
Veuillez, ma Révérende Mère, avec toute votre communauté, m'aider à
remercier celle qui a été pour moi ce que l'ange Raphaël a été au jeune
Tobie, et croyez à mes sentiments à jamais dévoués en Nôtre-Seigneur.
Sr M., née C. de V.,
Sr X., _Prieure_.
29.
Carmel de X., janvier 1909.
Une de nos Sœurs souffrait depuis dix ans de peines morales qui la
torturaient et lui faisaient délaisser la sainte communion des semaines
entières. Elle fit plusieurs neuvaines à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus
qu'elle aime beaucoup. Il y a trois semaines, un soir, pendant l'oraison
de 5 h., s'y étant rendue encore plus bouleversée que jamais et tout à
fait découragée, elle redoubla de ferveur et de supplication auprès de
Thérèse, priant devant son image et baisant sa sainte relique.
Tout à coup, en un clin d'oeil, dit-elle, son cœur se trouva rempli
de paix et de consolation, avec l'assurance, comme le sentiment intime,
que la «Petite Thérèse» avait passé près d'elle et lui avait ôté comme
un lourd vêtement. Elle ne pouvait _même_ plus se rappeler ce qui avait
tant de fois tourmenté sa pauvre âme! «Alors, dit-elle encore, j'aurais
voulu pouvoir communier deux fois au lieu d'une!» Elle est toute changée
depuis ce jour de grâces, et son visage, autrefois si triste, ne reflète
plus qu'une joie profonde.
C'est en reconnaissance de cette inestimable faveur que notre Révérende
Mère vous envoie une offrande pour la béatification tant désirée.
Sr G.
30.
Saint-H. (Vendée), 18 janvier 1909.
Mon fils Louis, né le 27 septembre 1908, était très fort et se portait
très bien, lorsque le jeudi, 8 octobre, dans l'après-midi, il fut pris
d'une forte fièvre accompagnée d'une sueur abondante. Il ne dormit point
la nuit suivante et ne cessa de crier. Le lendemain, ses petites mains
étaient fermées, sans qu'il fût possible de les lui ouvrir. La
sage-femme, le trouvant très mal, nous dit d'aller chercher le médecin.
Celui-ci déclara qu'il était atteint du tétanos et ne nous laissa aucun
espoir de guérison. Il nous dit cependant d'essayer de mettre l'enfant
dans les bains; mais la maladie ne fit qu'augmenter. Bientôt mon petit
garçon devint raide comme un cadavre, sa bouche était fermée, à peine si
l'on pouvait faire couler entre ses lèvres quelques gouttes d'eau ou de
lait, il était absolument impossible de passer la cuiller. Ses bras
étaient allongés, ses mains fermées, ses poignets tournés à l'envers et
repliés, de sorte que ses petites mains touchaient aux bras. Son dos et
son estomac étaient contrefaits, on aurait dit deux bosses de chaque
côté. Ses jambes étaient serrées l'une contre l'autre; bientôt la droite
passa par-dessus la gauche et tourna. Enfin, tous les membres étaient
contractés. Le pauvre petit ne pouvait faire aucun mouvement, il n'avait
point de sommeil et ne cessait de crier jour et nuit. Sa maigreur était
telle qu'on aurait dit un squelette. Sa peau avait, au toucher, la
dureté d'une pierre. Dans les crises il devenait tout bleu.
Le médecin revint la semaine suivante; il fut surpris de le trouver dans
un état pareil et nous dit: «Pour moi, cet enfant est perdu, il ne
vivra pas et la mort est préférable, car, s'il survit, il restera en cet
état. Jamais encore, de ma vie de médecin, je n'ai vu pareille chose.»
Toutes les personnes qui voyaient mon enfant me plaignaient beaucoup.
Cinq semaines s'écoulèrent ainsi. Je priais et faisais prier,
accompagnant mes supplications de toutes sortes de promesses, sans rien
obtenir. Touchées de mon extrême affliction, les demoiselles
institutrices m'envoyèrent, le dimanche 15 novembre, une image de Sr
Thérèse de l'Enfant-Jésus, à laquelle était attachée une relique, me
disant qu'elles allaient prier et faire prier leurs petites filles, et
nous recommandant de commencer une neuvaine à la petite sainte. Le soir
même, nous commencions la neuvaine; chaque jour je faisais toucher
l'image à mon enfant, demandant à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus sa
guérison ou sa mort. J'ajoutai que, s'il devait être plus tard un
mauvais chrétien, je préférais le voir mourir.
La petite sainte ne fut pas sourde à nos prières. Le jeudi suivant,
cinquième jour de la neuvaine, je pus faire plier le bras gauche de mon
petit enfant, puis son autre bras. Bientôt il reprit le sein, et, à
Noël, il était complètement guéri. Aujourd'hui, on ne le reconnaît plus,
tant il est beau et fort! Il rit et commence à gazouiller; les personnes
qui le voient n'en reviennent pas et croient bien à un miracle.
A sa naissance, mon petit Louis avait à la tête une bosse qui lui
restait encore après sa guérison. Je fis alors toucher à sa tête l'image
de Sr Thérèse, et depuis la bosse diminue de jour en jour.
Ma reconnaissance est bien grande envers Sr Thérèse de
l'Enfant-Jésus, de même que ma confiance. Je demande à cette chère
petite sainte de m'accorder maintenant toutes les grâces nécessaires à
mon état, que mon mari et mes enfants soient toujours de bons chrétiens.
Je lui demande de m'accorder cette grâce encore, de voir au moins l'un
de mes enfants se consacrer à Dieu.