C'est un devoir de reconnaissance qui m'amène aujourd'hui près de vous.
Ayant obtenu par l'intermédiaire de la petite Sr Thérèse une grâce
signalée, je me fais une joie de venir vous la raconter:
Depuis un certain temps, j'allais voir un pauvre malade. Elevé dans la
religion, cet homme, sans devenir sectaire, était devenu plus
qu'indifférent; il avait beaucoup lu, et, de ses lectures, il avait
retiré avec l'incroyance la volonté de se faire enterrer civilement;
cette volonté, il l'avait manifestée à ses enfants.
C'est dans ces dispositions que je le trouvai il y a deux mois. Je ne
fis d'abord que des visites d'ami; quand j'en arrivai aux visites de
prêtre, quand je parlai du bon Dieu, de l'Eternité, un sourire sceptique
et des paroles de dénégation accueillirent mes premières tentatives
d'apostolat. Je revins souvent sur la question et toujours ce fut la
même réponse: «_J'ai trop lu, mon cher Monsieur, pour ne pas savoir la
fausseté de toutes les religions._» Un miracle seul pouvait sauver cette
âme, et ce miracle c'est à l'ange de Lisieux que je le réclamai. Je
priai, je fis prier; une neuvaine fut entreprise. Elle n'était pas
terminée qu'une nuit le pauvre malade, de lui-même, en pleine
connaissance, me fit demander: «_Va me chercher Monsieur l'abbé_»,
dit-il à sa femme. Et, cette demande, il la réitéra depuis 1 h. jusqu'à
6 h. du matin. A 6 h., la femme, vaincue par cette persistance, vint me
chercher. J'arrivai en toute hâte et en toute joie surtout. Le malade
m'accueillit tout heureux; il se confessa, reçut l'Extrême-Onction. Le
loup était devenu agneau, l'impie d'autrefois était devenu subitement un
chrétien repenti. Oh! ils seront pour moi inoubliables ces instants de
retour subit et convaincu vers Dieu. Longtemps j'entendrai dans mon
cœur la voix, maintenant éteinte, de ce pauvre malade qui, en
embrassant son Christ, lui disait avec une réelle piété: «_Seigneur,
avez pitié de moi qui vous ai offensé!... Seigneur, je vous aime!... Mon
Dieu, pardonnez-moi!..._»
Oui, Dieu t'a pardonné, cher ami! Plus heureux que nous, tu jouis
maintenant, peut-être, de Celui que tu ne connaissais plus, de Celui
que, pendant les huit jours qui suivirent ta conversion, tu prias avec
tant d'humilité confiante! Tu me pardonneras d'avoir levé le voile sur
tes derniers instants: il s'agissait de glorifier celle qui se fit
auprès de Dieu ton avocate et ton sauveur...
L'abbé M.
28.
Collège de X., États-Unis, 11 janvier 1909.