21 décembre 1908.

C'est un devoir de reconnaissance qui m'amène aujourd'hui près de vous.

Ayant obtenu par l'intermédiaire de la petite Sr Thérèse une grâce

signalée, je me fais une joie de venir vous la raconter:

Depuis un certain temps, j'allais voir un pauvre malade. Elevé dans la

religion, cet homme, sans devenir sectaire, était devenu plus

qu'indifférent; il avait beaucoup lu, et, de ses lectures, il avait

retiré avec l'incroyance la volonté de se faire enterrer civilement;

cette volonté, il l'avait manifestée à ses enfants.

C'est dans ces dispositions que je le trouvai il y a deux mois. Je ne

fis d'abord que des visites d'ami; quand j'en arrivai aux visites de

prêtre, quand je parlai du bon Dieu, de l'Eternité, un sourire sceptique

et des paroles de dénégation accueillirent mes premières tentatives

d'apostolat. Je revins souvent sur la question et toujours ce fut la

même réponse: «_J'ai trop lu, mon cher Monsieur, pour ne pas savoir la

fausseté de toutes les religions._» Un miracle seul pouvait sauver cette

âme, et ce miracle c'est à l'ange de Lisieux que je le réclamai. Je

priai, je fis prier; une neuvaine fut entreprise. Elle n'était pas

terminée qu'une nuit le pauvre malade, de lui-même, en pleine

connaissance, me fit demander: «_Va me chercher Monsieur l'abbé_»,

dit-il à sa femme. Et, cette demande, il la réitéra depuis 1 h. jusqu'à

6 h. du matin. A 6 h., la femme, vaincue par cette persistance, vint me

chercher. J'arrivai en toute hâte et en toute joie surtout. Le malade

m'accueillit tout heureux; il se confessa, reçut l'Extrême-Onction. Le

loup était devenu agneau, l'impie d'autrefois était devenu subitement un

chrétien repenti. Oh! ils seront pour moi inoubliables ces instants de

retour subit et convaincu vers Dieu. Longtemps j'entendrai dans mon

cœur la voix, maintenant éteinte, de ce pauvre malade qui, en

embrassant son Christ, lui disait avec une réelle piété: «_Seigneur,

avez pitié de moi qui vous ai offensé!... Seigneur, je vous aime!... Mon

Dieu, pardonnez-moi!..._»

Oui, Dieu t'a pardonné, cher ami! Plus heureux que nous, tu jouis

maintenant, peut-être, de Celui que tu ne connaissais plus, de Celui

que, pendant les huit jours qui suivirent ta conversion, tu prias avec

tant d'humilité confiante! Tu me pardonneras d'avoir levé le voile sur

tes derniers instants: il s'agissait de glorifier celle qui se fit

auprès de Dieu ton avocate et ton sauveur...

L'abbé M.

28.

Collège de X., États-Unis, 11 janvier 1909.

Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même · 第 232 / 403 题