Carmel de Cracovie, 20 mai 1906.
Le 19 mai, le R. P. K. est venu dire chez nous une messe d'action de
grâces, où le frère Boron a communié. Ce dernier a dit qu'il se sent
tout rajeuni, tout renouvelé, et mieux portant qu'il ne l'a jamais été.
7.
Nancy (Meurthe-et-Moselle), 11 septembre 1906.
Gabrielle-Marie-Antoinette Barroyer, née le 4 août 1896, est tombée
malade en décembre 1900. Des suites d'un fort rhume et d'une rougeole
infectieuse lui est venue la terrible maladie appelée tuberculose. Du
nez et des yeux, il sortait un pus dont l'odeur nauséabonde était si
repoussante qu'il fallait vraiment la tendresse et le dévouement de ses
parents pour procéder au nettoyage si minutieux de ces parties malades.
En mars et avril 1901, le mal empira et le péritoine se contamina comme
les yeux et le nez; le ventre devint très gros et très dur: il se
couvrit de boutons énormes d'où s'écoulait également du pus. La petite
malade eut des crises très violentes qui formèrent des nœuds sur le
dessus de la main droite et au pied gauche. C'était la tuberculose qui
gagnait les extrémités. A partir de ce jour, on ne put lever la pauvre
enfant que pour la mettre dans une longue voiture, où elle passait ses
journées au grand air, dans le jardin.
Vers la fin de cette année 1901, les douleurs des yeux, du nez et du
ventre semblèrent diminuer d'intensité; mais les grosseurs, celle de la
main droite surtout, augmentèrent d'une manière effrayante. Le docteur
nous dit que c'était la tuberculose qui se localisait, qu'il fallait
absolument une opération. Après avoir au préalable essayé toutes sortes
de remèdes sans aucun résultat, l'opération fut fixée au mois de mai
1902; elle réussit bien, mais la maladie était restée; et, après de
grandes souffrances, la grosseur reparut avec une nouvelle vigueur, un
peu en dessous de l'ancienne.--En avril 1903, on recommença de nouveau
l'opération, on enleva un petit bout de l'os du dessus de la main, os
fonctionnant avec le grand doigt et qui se putréfiait; mais on ne fut
pas plus heureux que la première fois; et, toujours après quantité de
soins de toute nature, on recommença une troisième opération en mars
1904. Ce fut en vain; le mal revint ensuite, plus intense encore que les
fois précédentes; on brûla, pendant de longues séances, au crayon de
nitrate d'argent; rien ne fit.
Un jour, je demandai à voir la main de ma pauvre petite fille, on refusa
d'abord, puis on céda enfin à mes instances; mais quelle douleur
j'éprouvai à ce triste spectacle: on aurait dit deux énormes lèvres d'un
bleu noirâtre, toutes tuméfiées. Ce jour-là, on m'avoua qu'il fallait
recommencer un quatrième grattage de l'os. Il faut être mère pour
comprendre tout ce que renfermait d'inquiétudes pour nous le sort de
notre chère enfant.
Quand enfin mon cher cousin, M. l'abbé Renard, touché de notre
affliction, ému de voir souffrir ainsi ce petit ange, nous proposa de
faire une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Nous acceptâmes
cette nouvelle espérance, car depuis longtemps nous avions adressé
neuvaines sur neuvaines à différents saints de notre choix; mais Dieu
voulait se manifester pour la gloire et l'honneur de sa jeune et si
dévouée servante, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Mon cousin nous
apporta une relique de cette angélique sœur, et chaque soir, pendant
la neuvaine, nous l'appliquions sur la main malade. Est-il besoin de
dire la foi, l'espérance que nous avions en adressant notre prière à
Dieu par l'intercession de sa fidèle épouse? Mais ce n'est pas à nos
prières seulement que nous devons d'avoir fléchi le bon Dieu; mon cher
cousin priait et faisait prier légion de belles âmes avec nous.
Dès le quatrième jour de la neuvaine, un mieux très sensible fut
constaté par le médecin et on conclut que l'opération ne serait
peut-être pas nécessaire. Le huitième jour, nouvelle visite du docteur;
non seulement le mieux se maintenait, mais cette fois, il nous dit qu'on
n'opérerait pas. La bonne sœur Charles, qui soignait ma petite fille,
me demanda ce que nous faisions, car la rapidité de cette belle
amélioration l'avait frappée. Nous lui donnâmes notre recette. «Ah! ne
vous arrêtez pas, nous dit-elle, et faites une autre neuvaine, je me
joindrai à vous.» Nous recommençâmes immédiatement une autre supplique,
dans les mêmes conditions que la précédente. A la fin de cette seconde
requête, ma petite Gabrielle fut guérie complètement. Je lui laissai
néanmoins un petit linge sur la main pendant une partie du mois de
juillet de la même année 1904, parce que la peau reformée était encore
trop fine, mais, après cela, je lui laissai la main libre, et depuis
elle se fortifie et l'enfant aussi.
Nous gardons une profonde reconnaissance à Dieu et à Sr Thérèse de
l'Enfant-Jésus, que nous continuons d'invoquer en notre particulier, en
attendant que nous puissions la prier comme une sainte.