13 juillet 1897.

Votre âme est trop grande pour s'attacher aux consolations d'ici-bas!

C'est dans les Cieux que vous devez vivre par avance, car il est dit:

«_Là où est votre trésor, là aussi est votre cœur._»[262] Votre

unique trésor, n'est-ce pas Jésus? Puisqu'il est au Ciel, c'est là que

doit habiter votre cœur. Ce doux Sauveur a, depuis longtemps, oublié

vos infidélités; seuls vos désirs de perfection lui sont présents pour

réjouir son cœur.

Je vous en supplie, ne restez plus à ses pieds; suivez ce premier élan

qui vous entraîne dans ses bras; c'est là votre place, et je constate,

plus encore que dans vos autres lettres, qu'il vous est interdit d'aller

au Ciel par une autre voie que celle de votre petite sœur.

Je suis tout à fait de votre avis: le Cœur de Jésus est bien plus

attristé des mille petites imperfections de ses amis que des fautes,

même graves, que commettent ses ennemis. Mais, mon frère, il me semble

que c'est seulement quand les siens se font une habitude de leurs

indélicatesses et ne lui en demandent pas pardon, qu'il peut dire: «_Ces

plaies que vous voyez au milieu de mes mains, je les ai reçues dans la

maison de ceux qui m'aimaient._»[263]

Pour ceux qui l'aiment et qui, après chaque petite faute, viennent se

jeter dans ses bras en lui demandant pardon, Jésus tressaille de joie.

Il dit à ses anges ce que le père de l'enfant prodigue disait à ses

serviteurs: «_Mettez-lui un anneau au doigt et réjouissons-nous._»[264]

Ah! mon frère, que la bonté et l'amour miséricordieux du Cœur de

Jésus sont peu connus! Il est vrai que, pour jouir de ces trésors, il

faut s'humilier, reconnaître son néant, et voilà ce que beaucoup d'âmes

ne veulent pas faire...

Lettre VIIIe.

1897.

_Ce qui m'attire vers la Patrie des Cieux, c'est l'appel du Seigneur,

c'est l'espoir de l'aimer enfin comme je l'ai tant désiré, et la pensée

que je pourrai le faire aimer d'une multitude d'âmes qui le béniront

éternellement._

Jamais je n'ai demandé au bon Dieu de mourir jeune: cela m'aurait paru

de la lâcheté; mais lui, dès mon enfance, a daigné me donner la

persuasion intime que ma course ici-bas serait courte.

Je le sens, nous devons aller au Ciel par la même voie: la souffrance

unie à l'amour. Quand je serai au port, je vous enseignerai comment vous

devez naviguer sur la mer orageuse du monde: avec l'abandon et l'amour

d'un enfant qui sait que son père le chérit, et ne saurait le laisser

seul à l'heure du danger.

Oh! que je voudrais vous faire comprendre la tendresse du Cœur de

Jésus, ce qu'il attend de vous! Votre dernière lettre a fait tressaillir

doucement mon cœur. J'ai compris jusqu'à quel point votre âme est

sœur de la mienne, puisqu'elle est appelée à s'élever à Dieu par

_l'ascenseur de l'amour_, et non à gravir le rude escalier de la

crainte. Je ne m'étonne pas de voir que la familiarité avec Jésus vous

semble difficile: on ne peut y arriver en un jour; mais j'en suis sûre,

je vous aiderai beaucoup plus à marcher dans cette voie délicieuse,

quand je serai délivrée de mon enveloppe mortelle; et bientôt vous

direz, comme saint Augustin: «_L'amour est le poids qui m'entraîne._»

Lettre IXe.

Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même · 第 124 / 403 题