Si tu savais le cadeau que papa m'a fait la semaine dernière!... Je
crois que si je te le donnais en cent, et même en mille, tu ne le
devinerais pas. Eh bien! ce bon petit père m'a acheté un petit agneau
d'un jour, tout blanc et tout frisé. Il m'a dit, en me l'offrant, qu'il
voulait, avant mon entrée au Carmel, me faire le plaisir d'avoir un
petit agneau. Tout le monde était heureux, Céline était ravie. Ce qui
surtout m'avait touchée, c'était la bonté de papa en me le donnant; et
puis, un agneau, c'est si symbolique! il me faisait penser à Pauline.
Jusqu'ici tout va bien, tout est ravissant; mais il faut attendre la
fin. Déjà, nous faisions des châteaux en Espagne, nous nous attendions à
voir notre agneau bondir autour de nous, au bout de deux ou trois jours;
mais hélas! la jolie petite bête est morte dans l'après-midi. Pauvre
petite! à peine née, elle a souffert, puis elle est morte.
Elle était si gentille, elle avait l'air si innocent que Céline a fait
son portrait; puis, papa a creusé une fosse dans laquelle on a mis le
petit agneau qui semblait dormir; je n'ai pas voulu que la terre le
recouvrît: nous avons jeté de la neige sur lui et puis tout a été
fini...
Tu ne sais pas, ma chère marraine, combien la mort de ce petit animal
m'a donné à réfléchir. Oh! oui, sur la terre il ne faut s'attacher à
rien, pas même aux choses les plus innocentes, car elles nous manquent
au moment où nous y pensons le moins. Seul ce qui est éternel peut nous
contenter.
Lettre IIe.
_Pendant sa retraite de Prise d'Habit._