Notre tendresse d'enfant s'est changée en union bien grande de pensées
et de sentiments. Jésus nous a attirées ensemble, car n'es-tu pas à lui
déjà? Il a mis le monde sous nos pieds. Comme Zachée, nous sommes
montées sur un arbre pour le voir; arbre mystérieux qui nous élève bien
au-dessus de toutes choses; alors nous pouvons dire: _Tout est à moi,
tout est pour moi: la terre est à moi, les cieux sont à moi, Dieu est à
moi, et la Mère de mon Dieu est à moi._»[210]
A propos de la sainte Vierge, il faut que je te confie une de mes
simplicités: parfois je me surprends à lui dire: «Savez-vous, ma Mère
chérie, que _je me trouve plus heureuse que vous_? Je vous ai pour Mère,
et _vous n'avez pas comme moi de sainte Vierge à aimer_!... Il est vrai
que vous êtes la Mère de Jésus, mais vous me l'avez donné; et lui, sur
la croix, vous a donnée à nous comme notre Mère; ainsi nous sommes plus
riches que vous! Autrefois, dans votre humilité, vous souhaitiez de
devenir la petite servante de la Mère de Dieu; et moi, pauvre petite
créature, je suis, non pas votre servante, mais _votre enfant_! Vous
êtes la Mère de Jésus et vous êtes _ma Mère_!»
Céline, qu'elle est donc admirable notre grandeur en Jésus! Que de
mystères il nous a dévoilés en nous faisant monter sur l'arbre
symbolique dont je te parlais tout à l'heure! Et maintenant, quelle
science va-t-il nous enseigner? Ne nous a-t-il pas tout appris?
Ecoutons:
«_Hâtez-vous de descendre, il faut que je loge aujourd'hui chez
vous._»[211]
Eh quoi! Jésus nous dit de descendre! Où donc faudra-t-il aller?
Autrefois, les Juifs lui demandaient: «_Maître, où logez-vous[212]?_» et
il leur répondait: «_Les renards ont leurs tanières, les oiseaux du ciel
leurs nids: et moi, je n'ai pas où reposer la tête._»[213] Voilà
jusqu'où nous devons descendre afin de pouvoir servir de demeure à
Jésus: _être si pauvres que nous n'ayons pas où reposer la tête_.
Cette lumière m'a été donnée pendant ma retraite. Notre-Seigneur désire
que nous le recevions dans nos cœurs; sans doute, ils sont vides des
créatures, mais hélas! le mien n'est pas vide de moi-même, et c'est pour
cela qu'il m'est commandé de descendre. Oh! je veux descendre bien bas,
afin que dans mon cœur Jésus puisse reposer sa tête divine, et que là
il se sente aimé et compris.
Lettre XIVe.