Que ton impuissance ne te désole pas. Lorsque le matin nous ne sentons
aucun courage, aucune force pour pratiquer la vertu, c'est une grâce,
c'est le moment de mettre _la cognée à la racine de l'arbre_[190], ne
comptant que sur Jésus seul. Si nous tombons, tout est réparé dans un
acte d'amour, et Jésus sourit! Il nous aide sans en avoir l'air; et les
larmes que lui font verser les méchants sont essuyées par notre pauvre
et faible amour. L'amour peut tout faire; les choses les plus
impossibles lui semblent faciles et douces. Tu sais bien que
Notre-Seigneur ne regarde pas tant à la grandeur des actions, ni même à
leur difficulté, qu'à l'amour avec lequel nous les accomplissons.
Qu'avons-nous à craindre?
Tu voudrais devenir une sainte, et tu me demandes si ce n'est pas trop
oser. Céline, je ne te dirai pas de viser à la sainteté séraphique des
âmes les plus privilégiées, mais bien _d'être parfaite, comme ton Père
céleste est parfait_[191]. Tu vois donc que ton rêve, que nos rêves et
nos désirs ne sont pas des chimères, puisque Jésus nous en a fait
lui-même _un commandement_.
Lettre IIIe.
Janvier 1889.