MA RÉVÉRENDE ET CHÈRE MÈRE,

Merci!... Ah! c'est un grand _merci_ que je vous dois... Pendant trois

jours, grâce à vous, j'ai vécu avec un Ange!

Que Dieu est admirable! quelle nouvelle _invention_ de sainteté, j'ose

dire, inconnue jusqu'à ce jour! Quelle révélation est faite au monde!

C'est bien un _genre_ de sainteté suscité par l'Esprit-Saint pour

l'heure présente où tant d'âmes, même chrétiennes, ne voient dans les

sacrifices du cloître que les horreurs de la Croix.

Quelle gloire pour le Carmel et quelle espérance pour tous!

Cette petite étoile, sous le souffle d'en haut, est sortie de sa petite

nuée; et déjà elle brille comme un _arc-en-ciel_, annonçant la fin des

orages... _fleur des roses_... _lis de la vallée_; _encens du Carmel_:

ARCUS REFULGENS INTER NEBULAS... FLOS ROSARUM, LILIUM... THUS... Ce

parfum virginal embaume le Calvaire de toutes les fleurs du Carmel.

De plus, cette HISTOIRE D'UNE AME, en offrant un modèle accompli de la

paternité chrétienne, fera autant de bien à la société qu'au cloître.

C'est la famille surtout qui a besoin d'être sanctifiée, et elle le

sera: Joachim et Anne ont donné avec joie leur _Marie_ au Seigneur.

Le Carmel, lui, a ses anges; et combien de jeunes âmes accourront sur la

montagne sainte, aux rayonnements de ce nouvel astre qui monte au

firmament!

J'en ai l'intime conviction, cette petite étoile deviendra de plus en

plus radieuse dans l'Eglise de Dieu... Ce n'est encore que l'_étoile du

matin au milieu d'une petite nuée_: STELLA MATUTINA IN MEDIO NEBULÆ.

Mais un jour, elle remplira la Maison du Seigneur: IMPLEBIT DOMUM

DOMINI. Si Dieu l'a envoyée en nos jours de _ténèbres_, en nos _jours de

nuages et de tourbillons_, croyons bien que c'est pour nous apporter la

lumière, la paix, l'espérance, le ciel!

Non, au ciel, aucune des aspirations de cette vierge apostolique n'est

oubliée; et le divin Epoux, en faisant de sa _petite reine_ une grande

Reine, a déjà remis en sa main le sceptre de sa toute-puissance.

C'est maintenant que, dans les bras de son Amour, elle lui répète avec

un charme qui le ravit: «_Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la

terre._»--Quelles grâces pourrait-il lui refuser?

Aussi l'ai-je invoquée avec je ne sais quel irrésistible attrait. Mes

forces, je veux les ranimer aux énergies de sa vertu, et réchauffer mon

cœur aux flammes de ce Séraphin. Je l'ai priée, cette privilégiée de

Marie, de venir à mon aide quand j'adresse à la Vierge Immaculée la

prière qui fut la sienne:

«Toi qui vins me sourire au matin de ma vie,

Viens me sourire encor, Mère, voici le soir...»

Je m'arrête... mais, que ne faudrait-il pas dire de ses poésies, si

gracieuses, si fraîches, si limpides; j'ajoute, si _célestes_! on

croirait une lyre touchée par la main d'un ange.

Il a été dit en cette fin de siècle: «_La poésie est morte._» Non, elle

n'est pas morte, elle est immortelle; fille du ciel, avec sa sœur la

prière, elle s'élèvera toujours du cloître vers Dieu en aspirations

brûlantes, en harmonieux élans!...

Et vous, ma Révérende et chère Mère, priez pour moi cette triomphante

fille de Thérèse, priez-la de m'obtenir du divin Epoux le bonheur et la

grâce d'aller célébrer avec elle la gloire de la Trinité Sainte.

_In Christo Jesu._

P. LOUIS TH., _Passionniste_.

Extraits de plusieurs autres Lettres de personnages éminents.

J'espère fermement qu'un jour (et plût à Dieu que ce fût bientôt), cette

enfant sera vénérée sur nos autels.

Comme dans les écrits de l'insigne Réformatrice du Carmel, on respire

dans ceux de sa fille le plus délicieux mysticisme,--non un mysticisme

vague, aérien et sentimental--mais un mysticisme solide, légitime,

«_avec sa croix et ses épines_», comme disait Bossuet au sujet de saint

François de Sales. L'âme de sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, comme

celle de sainte Thérèse de Jésus, ne vivait que du pur amour, de

l'ardente charité, et voilà pourquoi elle se nourrissait de souffrance

et n'aspirait qu'au martyre, qui est l'expression suprême de l'amour et

de la souffrance.

On peut dire de l'une et de l'autre, avec autant de vérité, qu'elles

furent martyres mystiques, qu'elles moururent de leur pur amour.

Béni soit le Seigneur, dont la main toujours ouverte et bienfaisante

fait resplendir encore de nos jours, dans le jardin de son Eglise, ces

extraordinaires et merveilleuses fleurs!

Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même · 第 27 / 403 题